"Tous sur l'enfant lune !"

Première d’une série de quatre, la rencontre hier soir à Madrid aura donné quelques certitudes aux deux entraîneurs. Et du boulot.

N’en déplaise au mouvement d’humeur sur les forums (« on va saturer, quatre clasicos… »), l’affrontement entre les deux meilleures équipes d’Espagne, et d’Europe, désolé Sir Alex, s’est avéré passionnant. Pas vraiment spectaculaire, le clasico comptant pour le championnat a permis aux deux équipes de s’étalonner tactiquement. Surtout à celle de José Mourinho, qui n’avait rien compris au match aller.

Combat tactique

Le suspense le plus intense résidait dans la composition choisie par le coach portugais. Ambitieux à l’aller, il avait vu son équipe prendre l’eau. Cette fois-ci, Mourinho ne s’est pas trompé en alignant une équipe bien plus défensive, avec seulement trois attaquants (voire deux tant Di Maria a fait partie du bloc défensif de huit madrilènes). « The Special One » fit monter Pepe au milieu, accompagné de Khedira et de Xabi Alonso. Raul Albiol gagnait là une place de titulaire, aux côtés de Ricardo Carvalho. Marcelo et Sergio Ramos complétaient la défense sur les flancs. Choisissant de se passer de Mesut Özil, sûrement jugé trop faible dans le travail défensif, Mourinho laissa le trio habituel, Cristiano Ronaldo, Benzema et Di Maria, ce dernier jouant à gauche pour bloquer les montées de Dani Alves.

En revanche, Pep Guardiola ne changea en rien les habitudes du Barça. L’unique surprise fut la titularisation de Carles Puyol, huit semaines et demi sans jouer et de retour contre le Real. On devine là que Gabriel Milito ne satisfait pas l’entraîneur catalan. La meilleure équipe possible, Guardiola avait prévenu. Qui est cet homme qui s’est glissé dans le maillot de David Villa alors ?

La rencontre fut vite rendue difficile aux Barcelonais par des Madrilènes très agressifs, n’hésitant pas à aller à la faute pour arrêter la circulation adverse. Le positionnement de Pepe était très intéressant. Plus haut que Xabi Alonso et Khedira, le Portugais pressait très près les relayeurs barcelonais. De manière fascinante, les milieux merengues ne bloquèrent pas particulièrement Xavi et Iniesta, mais surtout Sergio Busquets. Les transmissions de la perche catalane perdirent en précision et les passes imprécises se multiplièrent. Encore plus que d’habitude, les Catalans firent tourner, frôlant les 80% de possession, notamment parce qu’ils ne trouvaient pas de solution ! Les latéraux de la capitale devaient être extrêmement concentrés pour empêcher Villa et Pedro de trouver des ouvertures. Sergio Ramos et Marcelo furent excellents dans le replacement défensif. Après vingt minutes sans opportunités, la défense madrilène se déchira en jouant mal le hors-jeu. Messi se présenta face à Casillas mais le lob finit dans les mains du portier.

À la récupération, les Madrilènes n’essayaient pas de relancer proprement. Seuls devant, Benzema et Cristiano Ronaldo partaient à la pêche aux ballons. Dès la perte de balle barcelonaise, le Real balançait devant, dans l’espoir d’un rebond favorable, d’un contrôle réussi de leurs deux offensifs. Plus qu’une stratégie offensive, ce saut du milieu de terrain devait éviter toute perte de balle trop proche du but de Casillas. Chaque fois que les Catalans récupérèrent, ils durent remonter quatre-vingt mètres, et faire face à un bloc replacé et compact. Messi chassé par Pepe – le Portugais a couru un marathon hier -, l’accélération si meurtrière ne vint pas. Pedro introuvable, Villa pas dans un bon soir, les solutions offensives se raréfiaient pour le Barça. Le Real en profita pour sortir, et se procurer des occasions. Une frappe gentille de Benzema d’abord, que Valdes détourna en corner (nombreux hier pour les Merengues). Une tête de Cristiano Ronaldo sur corner, puis Di Maria qui oublie ses partenaires au centre (30ème). Entre temps, David Villa avait réclamé un penalty pour un fauchage de Casillas. L’arbitre ne siffla rien.

Laissant les Madrilènes ressortir rapidement, les Barcelonais prirent le risque de concéder l’ouverture du score. Si Leo Messi eut une belle occasion à la 44ème en sollicitant deux relais, puis en frappant sur Casillas dans un angle fermé, c’est Madrid qui se procura la meilleure chance de cette première période, une minute plus tard. Sur un corner au deuxième poteau, Sergio Ramos renvoya la balle au premier, offrant à Cristiano Ronaldo une balle de but. Le Portugais cadra sa tête mais Adriano vint sur la ligne sauver son équipe, paumée sur à peu près tous les coups de pied arrêtés. Fin de la première période et le Real rivalisait avec le Barça. Stérile, la domination catalane était résumée par une frappe à vingt-cinq mètres de David Villa à la 40ème : molle, lointaine, et sans danger. Les idées de Mourinho semblaient fonctionner et le nombre d’occasions penchait presque plus en faveur des joueurs de la capitale.

Raul Albiol change tout…

Rien n’incitait les Madrilènes à changer de plan donc. Cinq minutes après la reprise, le peuple catalan laissa échapper un ouf de soulagement lorsque le coup franc de Cristiano Ronaldo atterrit sur le poteau. Une trajectoire illisible sur laquelle Valdes était battu. Les Madrilènes prenaient confiance. Une minute après, sur une balle anodine dans la surface, Raul Albiol est pris par David Villa. Strangulation et dernier défenseur, l’habituel remplaçant cause un penalty et prend un rouge. Paradoxalement, c’est sur une vulgaire relance en pleine axe que le Barça trouve la faille. Ruinant les plans de Mourinho. Pensa-t-on.

Leo Messi transforma le penalty. Le temps de la réflexion de José Mourinho, Pepe recula en défense. Le match flirta avec le chaos dix minutes plus tard, sur une frappe de Xavi caressant la barre (la transversale, pas de fantasmes) de Casillas. Puyol, de nouveau blessé, fut remplacé par Keita et Busquets passa en défense. Pedro sortit également, remplacé par Afellay. Mourinho trouva la solution à la 67ème. Özil avait remplacé Benzema quelques minutes plus tôt, le match ne se prêtant pas aux qualités du Français. Xabi Alonso et Di Maria laissèrent leur place à Adebayor et Arbeloa. Le premier pour mettre en danger des Catalans fébriles sur les coups de pied arrêtés, le second pour permettre à Pepe de remonter au milieu.

…Puis c’est au tour d’Özil

Parti pour perdre à nouveau le Clasico, Madrid paraissait trop faible offensivement pour trouver la solution. Özil, dont l’entrée avait été discrète, se fit de plus en plus présent. Le Barça répéta le même dernier quart d’heure que contre Arsenal à l’Emirates. Lâchant le ballon à son adversaire, reculant, les Catalans montrèrent une nouvelle fois leur incroyable incapacité à rester solides une fois la possession abandonnée. Un coup franc à vingt-cinq mètres d’abord, raté par C. Ronaldo. Sur une percée de Marcelo dans la surface, dont Özil était à l’origine, Dani Alves commit une faute pas énorme mais existante. Penalty que réussit Cristiano (82ème). Le Portugais inscrivit son premier but contre le Barça.

Égalisation étonnante, mais pas venue de nulle part. L’apport d’Özil fut considérable. Inarrêtable, l’Allemand éclaira le jeu madrilène en trente minutes. À la 90ème, après avoir résisté à plusieurs barcelonais, il lança Adebayor sur le côté. Le Togolais remit le cuir à Khedira en retrait, Valdes fut vigilant sur la frappe de l’autre allemand du Real. Jouant en contre (!), le Barça se procura aussi des opportunités, toutes ratées par un David Villa maladroit jusqu’au bout. 1-1 score final, la série de défaites madrilènes face au rival est terminée.

Et les trois autres ?

Cependant, mercredi (finale de Coupe du Roi), il faudra gagner, à moins de viser les tirs aux buts. Guardiola ne changera probablement rien, et espérera une meilleure forme de David Villa, qui aurait pu tuer le match. Le coach catalan devra néanmoins trouver une solution pour réduire l’influence de Pepe – énorme mais un carton jaune aurait été mérité et l’aurait empêché d’être si agressif – et permettre à Messi de mieux s’exprimer. L’Argentin a prouvé qu’il pouvait faire la différence, même face à plusieurs merengues.

En face, Mourinho devra faire un choix. La présence d’Özil paraît désormais indispensable tant le meneur madrilène a bonifié le jeu de son équipe. De qui se séparer alors ? Sûrement pas de Pepe, trop important dans le combat au milieu. Sortir Di Maria, moyen hier, revient à poser une autre question : Özil est-il capable d’orienter le jeu merengue ET de bloquer Dani Alves ? Mourinho ne va pas se reposer. Et dire qu’il en reste encore deux autres…génial. Que les mécontents se taisent, ces quatre clasicos consécutifs proposent un duel gigantesque.