« En Allemagne, nous avons une certaine propension à nous enthousiasmer sur les joueurs étrangers. Nous vénérons Wayne Rooney comme un dieu, tout comme Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Mais nous avons notre propre Messi. Notre Messi, c’est Özil. »

Ce sont les propos de Horst Hrubesch, entraîneur des moins de 21 ans allemands avec qui Özil a été champion d’Europe en 2009. La comparaison est flatteuse, et pas forcément juste. L’Allemand ne s’appuie pas tout à fait sur les mêmes qualités que l’Argentin. Il s’appuie sur des qualités qui deviennent de plus en plus rares. Retour sur sa jeune carrière.

Deutschland-time

Özil est né à Gelsenkirchen le 15 octobre 1988. Logique qu’après avoir écumé les petits clubs de la région, le bonhomme se retrouve à Schalke 04 à 17 ans. Un club qui le laissera chauffer le banc pendant deux saisons. Mesut est agacé par ses dirigeants et ne prolonge pas. Il signe au Werder Brême en janvier 2008, un club qui a vu passer Micoud, et qui compte Diego dans son effectif à ce moment-là. Parfait pour l’épanouissement d’Özil donc.

C’est lors de la saison suivante que le futur madrilène explose. Toutes compétitions confondues, il marque cinq buts, peu pour son rôle d’ailier au Werder. Mais son talent n’est pas là. Mesut est plus souvent à la passe. Il en donne vingt décisives, et notamment sept en Coupe de l’UEFA, qui emmèneront le Werder jusqu’en finale. Une finale perdue dans les prolongations face au Shakhtar Donetsk. La finale de Coupe d’Allemagne elle, sera gagnée. Victoire 1-0 face à Leverkusen, but…d’Özil. Brême finit dixième du championnat 2008-2009.

Sa progression continue la saison suivante. Le départ de Diego lui laisse plus de place pour s’exprimer. Il marque presque deux fois plus de buts (9) et fait autant de passes décisives (21) que la saison précédente. Le Werder Brême finit troisième avec la deuxième meilleure attaque du championnat mais ne parvient pas à garder sa Coupe d’Allemagne. Défaite 4-0 en finale face à un Bayern que seule l’Inter arrivera à stopper.

Révélation mondiale

Le grand public apprend son existence en juin 2010. Il est sélectionné par Joachim Löw. Des rumeurs ressortent, affirmant que la fédération allemande aurait payé les passeports du joueur, l’arrachant à la Turquie…une polémique en retard (le joueur ayant découvert l’équipe A début 2009…) qu’Özil fait vite disparaître. Pour le premier match de l’Allemagne, face à l’Australie, il impressionne. Un jeu toujours juste, une élégance rare, une vision du jeu exceptionnelle. 4-0, Mark Schwarzer, le gardien australien, s’en souvient encore. C’est dit, avec Thomas Müller, Mesut représente la nouvelle génération allemande. Entouré par Podolski, Klose et Schweini, des joueurs en état de grâce, Özil se régale. Après une défaite 2-1 face à la Serbie, il qualifie son équipe en marquant une volée superbe face au Ghana, unique but de la rencontre.

Les démonstrations allemandes continuent en huitièmes et en quarts, et Özil en est un des artisans. S’il n’est pas directement décisif, il organise parfaitement le jeu de son équipe. Une victoire 4-1 contre l’Angleterre où la relation entre lui et Müller devient un calvaire pour Ashley Cole. Une autre 4-0 contre une Argentine surclassée, tactiquement et techniquement. L’Allemagne égaye une Coupe du Monde bien triste. La route s’arrête en demi-finales, contre l’Espagne, encore trop forte pour la nouvelle Nationalmannschaft. Mesut Özil finit la compétition avec un but et trois passes décisives. Il aura montré quelques lacunes, notamment physiquement, finissant les matchs souvent sur les rotules.

Comme un Nemo dans l’eau

José Mourinho, débarqué au Real Madrid après son triplé interiste, a suivi attentivement la Coupe du Monde. Et en bon prédateur, il a repéré les meilleures proies. Le Real ne fait plus rêver, et si Florentino Perez le fait venir pour gagner des titres, un nouvel épisode Capello ne sera pas accepté. Les Merengues doivent gagner, et doivent bien jouer, pour ne pas rester dans l’ombre d’un Barça déjà dans l’Histoire. Mourinho recrute un duo allemand, Khedira – Özil. Si le premier montrera son utilité aux côtés de Xabi Alonso, c’est bien le second qui va changer le Real, tenu jusqu’alors par un bouffeur de ballons en la personne de Cristiano Ronaldo.

L’Allemand ne tarde pas à s’affirmer comme indispensable. Il simplifie un jeu souvent compliqué par Cristiano et Di Maria, proclamés artistes du football. Mais les véritables artistes du Real se nomment Xabi Alonso et Mesut Özil. X.Alonso s’occupe du premier relais, Özil du dernier. Jamais trop de touches de balle, toujours une projection vers l’avant et cette volonté de ne pas ralentir le jeu. Si C. Ronaldo marque autant de buts, c’est aussi grâce à l’énorme travail de l’Allemand, qui cherche toujours à mettre ses partenaires dans la meilleure position.

Özil est rapidement surnommé « Nemo » dans le vestiaire madrilène à cause de ses gros yeux. Sa vision du jeu lui vient peut-être de ses globes oculaires protubérants… A l’inverse d’ailiers madrilènes cherchant absolument à éliminer leurs adversaires, Özil ne le fait qu’en cas d’extrême nécessité, dans le but d’avancer. Il n’en est pas moins un très bon dribbleur, très fort dans un petit périmètre, et plein de classe.

Au basket, ses statistiques lui vaudraient un double-double. Déjà dix buts et quinze passes décisives cette saison, dans un club où l’adaptation prend d’habitude une saison et dans un pays où la presse est intransigeante. Ses inspirations rappellent parfois Guti, la constance en plus.

Pour parfaire encore le tableau, Özil n’est ni un mercenaire ni un idiot. L’Inter avait formulé une proposition encore plus alléchante que celle du Real (le montant du transfert deux fois supérieur à celui proposé par le Real). 30 millions contre 15. Rien à faire, quand « Nemo » a appris que les Madrilènes étaient intéressés, il n’a pas hésité. Il voulait jouer au Real, le club de son idole, Zidane. Quand on lui demande pourquoi il a choisi l’Allemagne et pas la Turquie, il répond simplement qu’il est Allemand, et qu’il est heureux d’être un modèle d’intégration. Enfin, il voyage via des compagnies low-cost (voir le dernier So Foot). Dire qu’il aurait pu finir pongiste…

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