4-0, ça vaut bien une partouze. On plaint celui en dessous d'Adebayor.

On disait le Real Madrid amoindri, touché par sa défaite en championnat synonyme de titre pour le Barça. Affaibli par les blessures de Karim Benzema et de Cristiano Ronaldo. Et si c’est pour retrouver les Catalans en demi, autant perdre avant, non ?

Mais le Real Ligue des Champions ne ressemble pas au Real Liga. Plus rapide, plus précis, plus efficace. Meilleur, bien meilleur…ce Real-là est à craindre. Le vainqueur de FC Barcelone – Shakthar Donetsk, quel qu’il soit, peut commencer à douter.

Il faut malgré tout nuancer la perfomance madrilène. Deux événements ont grandement facilité la tâche de Merengues à plein régime. L’absence d’Aaron Lennon d’abord. Un coup de bluff pensa-t-on dans un premier temps. La feuille de match absolument vierge de tout nom de Beatles, la théorie de la blessure devint plus probable. Puis c’est sur le terrain qu’est intervenu le deuxième coup dur pour Harry Redknapp. Les deux cartons jaunes de Peter Crouch en quinze minutes, le bloc très bas de Tottenham perdant son repère, sa tour de contrôle, son appât à ballons.

Attaque-éclair

Les deux équipes alignées au coup d’envoi rimèrent donc avec surprises. Le côté gauche madrilène était intégralement présent, à priori pas à 100% avec les récentes blessures de Marcelo et de Ronaldo. Le reste de l’équipe demeurait classique, Adebayor remplaçant Benzema. Enfin, le Real pouvait compter sur Casillas et sur sa défense habituelle, Carvalho – Pepe au centre, Ramos à droite (et Marcelo à gauche si vous suivez). En face, Tottenham était ainsi dépourvu de sa fusée Aaron. Jenas récupérait une place de titulaire, sans remplacer poste pour poste Lennon. Grossièrement, il y avait trois gars au milieu, Modric, Sandro et Jenas, un mec à gauche, Bale, et deux l’un derrière l’autre devant, Van der Vaart derrière Crouch. Pas si grossièrement, puisque l’équipe londonienne fut aussi bien organisée que je la décris. Les Spurs ne dérogeaient pas à leurs habitudes défensivement, le duo Dawson – Gallas au centre, Corluka à droite et Assou-Ekoto à gauche. Et Gomes dans les buts, littéralement : il passa son temps à chercher le ballon dans ses filets.

BOUM. C’est le début de match que réalisa le Real. Alors que les joueurs de Tottenham se demandaient encore comment ils pourraient se placer au milieu de terrain, les madrilènes ouvrèrent le score. Un corner d’Özil sur la tête d’Adebayor, alone in the box. Une tête qui bat Gomes mais pas Modric qui veillait au second poteau, sauf que les deux compères se chamaillent pour le rôle du héros. Résultat, un cafouillage, et 1-0. Le plan de contre-attaque de Redknapp, déjà compliqué par l’absence de Lennon, tombe à l’eau. Et personne ne plongea pour le sauver.

Le match ressembla de plus en plus à un exercice d’attaque-défense, que l’attaque avait bien commencé, mais peinait à conclure. Le but encaissé ne changea en rien les envies anglaises. Tous derrière, sauf Crouch et Van der Vaart. Une stratégie qui avait fonctionné face à Milan, pourquoi ne pas la répéter ? Même avec l’absence de leur meilleur contre-attaquant, les Spurs pouvaient compter sur le trio Bale-Crouch-Van der Vaart pour tromper une défense centrale portugo-portugaise pas si solide. Le siège madrilène était accepté par des londoniens prêts à exploser en contre. Mais le trio perdit vite une unité, son éclaireur. Au quart d’heure, Peter Crouch lâche son deuxième tacle inutile et dangereux. Deuxième carton jaune, dehors le géant. Marcelo serre les poings, et il peut, lui qui avec l’absence de Lennon et l’expulsion de Crouch a carte blanche offensivement, plus besoin de revenir ! Et comme face à Lyon, le latéral brésilien livra une belle copie.

Fermez les portes !

La forteresse londonienne ne fut pas renforcée par son général. Redknapp ne pouvait se passer d’un autre offensif, il n’avait déjà plus d’attaquant. À Bale et Van der Vaart de faire l’exploit. Pendant que les gardes de la forteresse tenaient le coup, le duo gallo-néerlandais passa près du miracle. Sur une touche anodine, Bale envoie une « Rory Delap » sur Van der Vaart, oublié par une défense madrilène qui n’avait pas révisé la règle du hors-jeu. Hélas, Rafael, au si beau prénom, rata son contrôle, son contrôle suivant, bref, tout. Casillas put dégager. Le danger revint une fois par le biais de Gareth Bale, qui chauffait ses jambes en claquant les poumons de Sergio Ramos. La frappe du Gallois ne toucha que les filets extérieurs.

Ainsi Tottenham tenait. Le pont-levis restait fermé à toute tentative d’incursion espagnole, tenu par Gallas et Dawson, solides. Le plus dangereux fut, comme contre Lyon, Marcelo, qui compensait la faible performance en première période d’un Ronaldo aimanté par le but, gâchant de nombreux ballons. Corluka et Assou-Ekoto gardaient des flancs anglais finalement peu inquiétés. Mi-temps. Le quatuor offensif madrilène semblait malade, même si Di Maria lâchait quelques étincelles avec ses crampons, et le feu s’alluma en deuxième période. Et au milieu ? Xabi Alonso devrait être un modèle, autant que Xavi et Iniesta. Özil, qui vient d’avoir l’honneur d’être raconté sur le site, était moyen, et il resta moyen en deuxième.

Trop de portes !

Mais comme dans tout siège sans révolte des assiégés, l’agresseur accentue sa domination, travaille ses percées, perfectionne ses offensives. Et épuise les résistants. Au retour de la pause, Harry Redknapp tenta bien d’apporter de l’explosivité à son équipe en remplaçant Van der Vaart par Defoe, mais ce qu’il fit, c’est une offrande à ses adversaires. Incapables de sortir de leur camp, les défenseurs de Tottenham (ils étaient sept) n’avaient aucun joueur sur lequel s’appuyer. Bale et Defoe sont des fusées, mais sans rampe de lancement, ils ne produisent que des faux décollages. À force de frapper, les canonniers madrilènes, Ronaldo en tête, creusèrent une brèche dans la muraille londonienne. Concentrés dans l’axe, les Spurs laissaient le champ libre à Marcelo sur le flanc gauche. Un centre sur Adebayor, qui plaça idéalement sa tête, contre-pied sur Gomes. 2-0 à l’heure de jeu, doublé pour Adebayor, lui qui devait limiter la casse en l’absence de Benzema. Pas mal, même si dans le jeu, le Togolais ne soutient pas la comparaison. Lassana Diarra remplaça Khedira quelques minutes plus tard.

Et quand une brèche apparaît, il faut la couvrir. Corluka se réveilla et s’accrocha au maillot de Marcelo pour ne pas le laisser s’échapper. L’attention anglaise concentrée sur le duo Marcelo – Ronaldo (13 tirs pour ce dernier), le côté droit madrilène en profita. Di Maria, peu visible jusque là, envoya une mine dans la lucarne de Gomes, du gauche évidemment. 72ème, 3-0 et des fortifications qui s’effritent. Adebayor, ovationné, fut remplacé par Higuain. Malgré l’entrée de Bassong, pour sauver ce qu’il restait à sauver, Cristiano cadra enfin ses frappes, et à sa douzième, il fut enfin satisfait. Servi par Kaka, entré à la place du buteur Di Maria, le Portugais trompa Gomes d’une volée parfaite. Le dernier rempart de la forteresse battu pour la quatrième fois, les madrilènes, encore impressionnants d’efficacité hier soir, pouvaient enfin mettre une main sur le butin : un ticket pour les demi-finales. La deuxième main est déjà prête à le rapporter à la maison.

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