Bien sûr que non, on ne se moque pas de vous.

L’affaire des quotas de la FFF a offert une nouvelle occasion à Chantal Jouanno de tester son autorité. Suspension de François Blaquart (directeur technique national à la FFF), ouverture d’une enquête. Le gouvernement français aime toujours autant intervenir sur un terrain qu’il peine à maîtriser. Une omniprésence liée à l’incompétence de la Fédération…

Merci Thierry

L’amour du gouvernement Sarkozy et des politiques pour le football français ne date pas de Knysna, mais de la qualification des Bleus pour la Coupe du Monde. Ce barrage retour face à l’Irlande, le 18 novembre 2009. Un match nul 1-1, obtenu grâce à une main de Thierry Henry. S’en suivit une déferlante de déclarations toutes plus mielleuses que les autres. « Dans un monde idéal, il faudrait rejouer le match » déclara François Bayrou. « Je trouve ca très triste de s’être qualifié sur cette tricherie » lâcha la très assidue Christine Lagarde. La démagogie de nombreux politiques fut oubliée grâce à des déclarations encore plus tapageuses des « people » et particulièrement de Christophe Dechavanne. Le présentateur jugea la qualification de « tricherie monumentale » et s’enfonça dans le ridicule « On refait le match et si on ne peut pas le refaire, l’honnêteté serait de leur redonner le point volé par la main de Thierry Henry ». Oui, il aurait fallu redonner le point – la victoire vaut un point évidemment, surtout en match aller-retour – aux Irlandais, qui auraient ainsi fini premier des barrages. Grandiose Christophe. Quel justicier. La FFF ne dit rien.

Quelques mois plus tard, alors que les politiques avaient arrêté toute forme de démagogie autour du football, les joueurs ne descendent pas du bus. La porte ouverte à une deuxième campagne des politiques, au pouvoir ou pas. Roselyne Bachelot court au chevet des Bleus pour les consoler, eux qui auraient pleuré pendant qu’elle les maternait. Oui, Roselyne « croit avoir vu des larmes dans les yeux de certains au moment de son allocution… ». « De rire peut-être », répondit Raymond dans une récente interview. Montrant pour une fois une certaine pertinence. L’ex ministre des sports, qui deux jours plus tôt, après la défaite contre le Mexique, avait toujours une foi solide en la qualification, se transforme en nounou. Pauvres gosses. Deux jours plus tôt, Roselyne déclarait aussi « le temps de la réflexion va venir et c’est à la fédération française de faire ce bilan » en réponse à une question portant sur les difficultés de l’équipe de France. Mais quelle fédération ? Jean-Louis Valentin, directeur général délégué, démissionne et s’enfuit à grandes foulées pendant que les joueurs boudent. Jean-Pierre Escalettes, déjà en retard lors de l’affaire Anelka, facilite les vannes sur son âge. La Fédération est impuissante face à un groupe que le sélectionneur a constitué, comme le déclarera son ancien président quelques mois plus tard. Un sélectionneur reconduit par la même Fédération en 2008, après l’échec de l’Euro, et malgré un comportement digne d’un adolescent (courage Estelle).

Thérapie de groupe

Les joueurs rentrés en France après une autre défaite contre l’Afrique du Sud (22 juin), les règlements de compte peuvent commencer. Nicolas Sarkozy prévoit des états généraux du football. Roselyne Bachelot juge la démission de Jean-Pierre Escalettes inéluctable, et les joueurs de l’équipe de France comme « des caïds immatures » et « des gamins apeurés ». Ce ne sont donc plus les pleurnichards traumatisés à qui elle avait arraché des larmes. La FIFA réagit et demande au gouvernement français de ne pas faire acte d’ingérence. Autrement dit, ne pas intervenir dans le licenciement ou la nomination d’individus à la FFF. Encore autrement dit, de la fermer et de laisser la Fédération réaliser son auto-critique. Un magnifique vœu de Jerôme Valcke, secrétaire général de la FIFA. Irréalisable cependant, l’auto-critique n’étant pas l’activité favorite d’un conseil général en déambulateur. Le 24 juin, le président invite Thierry Henry à l’Elysée, ou Thierry Henry demande à voir le président, le doute demeure. Dans tous les cas, un joueur qui a perdu son statut de capitaine et de cadre en équipe de France rencontre le Président de la République. Rama Yade qui adore critiquer le gouvernement où elle officie et qui avait été une des rares à soutenir l’ancien Gunner après sa main, découvre la muselière. Idem pour Bachelot, dont la transformation en Wonderwoman avait agacé à peu près l’univers entier. Finalement, les plus grands bouleversements s’opèrent au gouvernement, et non à la Fédération, bien heureuse d’éviter l’ingérence qui aurait coupé trop de têtes.

Le vendredi 2 juillet 2010, lors de la réunion du conseil fédéral, Jean-Pierre Escalettes annonce officiellement sa démission. Le seul fusible de l’affaire Knysna à la Fédération. Le 17 août 2010, c’est au tour des joueurs. La Commission Fédérale de Discipline de la FFF suspend quatre joueurs : Anelka pour dix-huit matches, Evra pour cinq, Ribéry pour trois et Toulalan pour un seul. Jean-Pierre Escalettes peut continuer à regarder « Des Chiffres & des Lettres » tout seul dans son canapé, aucun de ses anciens collègues n’est viré. À la Fédération jusqu’à la mort !

Deux mois plus tard, le 29 octobre 2010 les états généraux du football s’ouvrent et se résument à une lutte de pouvoir entre le football professionnel et le football amateur. Le premier gagne un peu plus de pouvoir, sans trop léser l’autre. Tout le monde est content, personne n’est critiqué, l’illusion de réforme peut continuer grâce à des mesures trop administratives pour être décriées par les non initiés. Les anciens copains de Jean-Pierre restent en poste. À trop s’exprimer pendant la Coupe du Monde, lassant son public, le gouvernement se retrouve cantonné à un rôle d’observateur. Au revoir influence.

I’m Chantal and I do not approve this message

C’était sans compter sur la karatéka ministre des Sports depuis novembre 2010. Madame Jouanno aime se faire entendre et sort le mégaphone à chaque déclaration. Pour tacler le football, dans 90% des cas. Franck Ribéry et Patrice Evra ont purgé leurs peines ? Rien à faire, Chantal refuse leur retour : « Je suis certaine qu’il existe d’autres talents qui n’ont pas sali la France et qui attendent qu’on leur donne leur chance. » Laurent Blanc répondra en sélectionnant les deux. Mediapart sort un article qui fragilise la FFF et notamment François Blaquart et Laurent Blanc, les accusant de parler de quotas discriminatoires lors d’une réunion. Logiquement, Fernand Duchaussoy (qui n’était pas au courant de cette réunion évidemment) ouvre une enquête interne. La ministre suspend immédiatement François Blaquart, alors qu’aucune conclusion n’a été tirée. Rancunière, Chantal Jouanno aurait également souhaité suspendre Laurent Blanc. Démenti dans la journée par ses conseillers. La ministre, dans une grande inspiration sarkozyste, condamne rapidement.

Quand il s’agit d’un sujet qui ne lui permet pas de briller, la ministre est beaucoup moins renseignée. En témoigne sa tentative « habile » de sortir du traquenard du Petit Journal. Raté. Espérons qu’elle ne traite pas l’affaire des quotas aussi aveuglément. Pour elle, et pour la Fédération française de football, qui est déjà assez incompétente toute seule.