Le seul endroit qui restait encore inviolé...
Les spectateurs de la Veltins-Arena sont passés par les 5 stades du deuil. Premièrement, le choc. Schalke a tenu plus d’une heure sans défense mais avec Neuer en mode Thierry Omeyer. Le futur meilleur gardien mondial n’a pas pu résister à tous les assauts mancuniens. Les Allemands eurent du mal à rentrer dans le match, mais après 10 premières minutes poussives et délicates, le public a su relancer son équipe. Un bref moment, histoire que Jurado et Papadopoulos ne se noient pas trop tôt. Opérant plutôt sur contre, Manchester a laissé la possession pendant près d’une demi-heure à l’équipe de Ralf Rangnick, l’ex-entraîneur de la bulle Hoffenheim. Les débats furent équilibrés. Avant que Manchester ne remette le pied sur l’accélérateur.
Le choc, la colère et le caprice…
On n’énumérera pas tous les joueurs ayant eu une occasion, mais tout l’effectif aurait pu tenter sa chance, tant le nombre de tir est surélevé côté anglais (19 contre 10). La fin de la première mi-temps laissait entrevoir les 45 minutes suivantes : de la très grosse possession, du pressing offensif et des ailiers qui élargissaient le champs d’action. Frôlant, voire même dépassant, des statistiques typiquement barcelonaises (pendant les 2/3 du match, Carrick et ses coéquipiers avaient la mainmise sur le cuir), Manchester a appliqué son jeu aseptisé et froid. Le style catalan est à revoir, mais l’efficacité est bien là. Et l’on pourrait même s’avancer : MU a plutôt offert un bon spectacle, contrairement à ce qu’il produit en Premier League.
Chicharito, toujours impeccable dans son rôle de renard des surfaces, combine parfaitement avec Rooney, très gourmand sur les kilomètres et les courses. Alors si en plus le tout est accompagné de percées diaboliques de Giggs, la pauvre passoire qui fait office de défense allemande s’est fait emporter sur tous les fronts. Lorsque le back four n’est pas aspiré par Rooney, c’est sur la fougue et le talent d’Hernandez que Matip et Metzelder se cassent les reins. Ce sera pourtant l’éternel Gallois qui ouvrira le score, dans une longue course, bien aidé par une simple feinte de Rooney doublée d’une passe dans le dos du jeune Papadopoulos.
Le score ouvert, le choc passé, la Veltins-Arena franchit un nouveau palier, celui de la colère. Mais aussi de l’impuissance. Juste avant que les premiers espoirs ne s’envolent, Schalke comptait sur le talent de Raul qui, avant que le rouleau-compresseur ne s’enclenche, fit frissonner Patrice Evra et mit en colère Rio Ferdinand. L’Espagnol, pourtant excentré sur la droite, tente un extérieur tendu du gauche, le ballon est flottant, entre le tir et le centre, la confusion est totale. C’est ce qu’il cherchait. Prenant la direction dans un premier temps de la lucarne, le ballon finira sur le crâne de Vidic, brillant ce soir (lui, pas sa tête d’oeuf).
Troisième étape, le marchandage, le caprice. Les supporters ont beau avoir mis la pression sur les épaules de Van der Sar lors de ses interventions, essentiellement des tirs en force lointains, le Néerlandais rend une copie parfaite. Schalke doute, Manchester a déjà pris ses aises et accélère de nouveau. Le point de non-retour est franchi, la machine bleue est définitivement cassée. L’entrée en jeu de Kluge avait pourtant fait du bien à l’équipe, qui se réorganisait et paraissait un poil plus compacte dans l’axe. Loin s’en faut, les efforts furent vains.
Dépression et acceptation
Sur un dégagement aux six mètres, VdS alerte Valencia lancé sur son aile, qui remet instinctivement à Chicharito. Le « petit pois » (dixit Josse) paraît alors aimanté, les joueurs allemands à proximité étant instantanément attirés par la perle mejicana qui n’a plus alors qu’à jouer de son corps et d’une passe pour mettre Wayne dans des conditions optimales. 2-0, l’affaire est pliée, le public rentre alors dans la 4ème phase, celle de la dépression. Les joueurs aussi.
Un seul joueur sort du lot, Neuer. Sans défense mais toujours excellent sur ses interventions, il frôle la quasi-perfection, n’étant jamais très loin d’arrêter les ballons de Giggs et Rooney. Sur ses sorties ou ses duels, il suit toujours des yeux le ballon (la super-loupe de Canal sert au moins à ça) et reste le plus longtemps possible sur ses appuis. Manchester tient peut-être là son futur gardien.
Finalement, l’ultime stade du deuil européen sera celui de l’acceptation, une étape qui clôt de la plus belle des façons la confrontation : la communion des kops avec les joueurs. Pour une première en demi, c’est loupé, mais Schalke jouira jusqu’à la fin de la saison du titre du tombeur du champion sortant. Désormais, il va falloir se frotter à Old Trafford et son équipe invaincue avant de quitter la compétition la tête haute. Et sans regrets.




