Petit Messi est devenu grand

On savait la différence de niveau toujours là. On savait que le Barça était toujours au-dessus, emmené par des joueurs dans la forme de leur vie, par un Messi exceptionnel, accompagné de Villa et de Pedro, parfaits compléments de l’indispensable argentin. Mais hier, la différence a été abyssale. Et l’arbitre l’a rendue plus grande encore.

C’est l’histoire d’un robot. Construit pour appliquer les règles qu’on lui a enseignées, quel que soit le contexte. C’est l’histoire d’un match, si classe qu’on oublierait presque que Van Bommel existe. Jusqu’à ce que le robot soit sollicité. Vite, l’homme a fauté, il n’a pas respecté ma décision, il mérite sa punition, même si elle l’envoie hors du terrain. Il conteste, me signale qu’il n’avait pas entendu mon sifflet. Pourquoi l’écouter ? Je suis le chef, non ? Et j’ai toujours raison. Qu’il aille se faire foutre, cet enfoiré de surpayé.

Ce robot ne s’appelle pas Massimo Busacca. Il s’appelle l’arbitrage. Français, européen, mondial. Des cas similaires arriveront encore. Et le foot en souffrira encore. Comme une interminable moquerie de ce sport.

L’espoir de trois minutes

Le Barça méritait évidemment de gagner. La première mi-temps commença comme prévu, confiscation du ballon par les Catalans (76% de possession sur le match…), des Londoniens retranchés derrière et un Van Persie vagabondant seul devant, face à une défense centrale inédite Busquets – Abidal en l’absence des deux proprio du poste, Piqué et Puyol. Arsenal n’arrivait pas à sortir, et si Wilshere a une nouvelle fois délivré un match très intelligent, toujours juste dans ses choix, Fabregas ne l’a pas imité. Une ou deux passes vers Nasri, bien seul à tenter de passer le rond central, et c’est tout. Ah, et une belle talonnade à Iniesta dans le temps additionnel de la première période, qui enverra Messi s’amuser avec Almunia (rentré à la place de Szczesny, blessé à un doigt de la main gauche sur un coup franc d’Alves) une énième fois en deux ans. Contrôle, sombrero sur le gardien, volée. 1-0, juste avant la mi-temps. Dur à encaisser pour les Gunners tant ils s’étaient arrachés pour tenir le 0-0. Seule une frappe de Messi dans les bras d’Almunia concrétisa la domination barcelonaise avant le but. Plusieurs fois, le bloc de quatre, Wilshere – Diaby devant Koscielny – Djourou, avait allongé ses jambes pour intercepter une passe divine de Xavi/Iniesta/Messi vers Villa/Messi/Pedro/Alves.

La première période digérée, et ma pêche melba dégustée, il semblait impossible d’imaginer Arsenal marquer. Les gars de Wenger n’avaient pas tiré, et n’étaient même pas rentrés dans la surface. L’improbable arriva, puisque sans tirer, Arsenal égalisa. Nasri obtint un corner, le frappa et Busquets se trompa de sens, catapultant le ballon dans le but de son équipe. 53ème minute, 1-1, Arsenal provisoirement qualifié, la chance semblait être du côté anglais. Énervé, l’arbitre suisse décida de tuer la bonne étoile d’Arsenal. A la 56ème, Van Persie reçoit son deuxième ballon du match, seul face à Valdes. Il contrôle et frappe dans son enchaînement, à côté. Mais l’arbitre avait sifflé hors-jeu, et pour avoir joué après le coup de sifflet, le néerlandais reçoit son deuxième carton jaune. Van Persie ne comprend pas, il va voir son bourreau, lui montre le stade, 90 000 spectateurs qui crient face à un sifflet. Comment entendre ? Rien à faire, Busacca est sûr de lui, et Van Persie rentre au vestiaire.

Coup de gueule

Une décision idiote, qui prive Arsenal de son seul attaquant, et probablement de son meilleur joueur. Une décision contre l’esprit du foot, contre un match qu’on aurait pu voir finir de manière équitable, contre la chance qu’on parle seulement de jeu le lendemain et pas une nouvelle fois de l’arbitre. Mais monsieur en a décidé autrement. Il a décidé de faire un gros bras d’honneur à tous les amateurs de foot, que le match le plus ambitieux, entre les deux équipes qui s’approchent le plus de ce qu’on voudrait observer chaque week-end aurait un tournant purement arbitral. Le carton n’est pas illogique. Mais comment l’arbitre peut-il prendre le risque de donner un deuxième carton jaune et de changer à ce point un match pour une faute si petite, sans conséquences, que le joueur n’a peut-être pas commise intentionnellement ? Surtout, les Barcelonais auraient dû prendre quatre ou cinq cartons jaunes pour des fautes pareilles. Combien de fois après un hors-jeu, Messi envoie le ballon entre les jambes du défenseur qui vient récupérer la balle ? Cette règle est stupide, et son application hasardeuse encore plus.

L’heure de la défaite

L’expulsion de Van Persie poussa encore plus les Gunners à rester compacts derrière, solides. Mais contrairement au match aller, le Barça ne baissa pas de rythme. C’est même l’inverse qui se produisit. A la 69ème, Iniesta et Villa humilient le bloc jaune et servent Xavi qui trompe un Almunia bon hier soir. 2-1, Arsenal n’a plus d’attaquant, la seule solution pour Wenger : tenir jusqu’aux tirs au but ?! Soit tenir cinquante minutes. Impossible. Arsenal ne tiendra que deux minutes, jusqu’à ce que Koscielny fauche Pedro et offre un penalty à Messi, réussi. 3-1, avec un but, Arsenal se qualifierait. Le Barça confisque toujours le ballon. Wenger fait entrer Arshavin à la place du fantôme Rosicky, et Bendtner à la place de l’inexistant Fabregas. Mais rien ne change. Il n’y a qu’à la 87ème que Arsenal entrevoit la qualification. Wilshere sert Bendtner seul face à Valdes après une perte de balle d’Adriano. Mais le Danois rate son contrôle et Mascherano l’empêche de tirer. Le Barça gagne 3-1 et passe en quarts. Fin.

Toujours trop forts. Les Catalans étaient une classe au-dessus hier soir. Plus rapides, plus précis, plus matures. Plus Messi. Aucun tir pour Arsenal, deux corners, deux fois plus de fautes…il n’y avait rien à faire contre cette équipe. Si l’expulsion de Van Persie donne un goût amer à cette qualification, elle ne masquera pas la supériorité désespérante de la dream team de Guardiola. Le Barça a la gueule d’un vainqueur.