Il y a deux ans, l’Olympique de Marseille vivait une petite révolution. Le départ du président Pape Diouf après ses contentieux avec Vincent Labrune, président du conseil de surveillance de l’OM, a d’ailleurs marqué le début de ce renouveau. Orphelins de leur marabout sénégalais, les Marseillais sont alors repris en main par l’ex-directeur de la chaine de télévision LCI, Jean-Claude Dassier. D’origine parisienne, son arrivée sur la Canebière provoque la colère des supporters, déjà révoltés contre Labrune, principal responsable du renvoi de Diouf. Autre changement notable à la tête du club, le départ de l’attachant Erik Gerets. Véritable icône de tout un peuple, le « Lion de Rekem » voit son poste d’entraineur repris par une figure emblématique du football marseillais, Didier Deschamps. Toujours hostile envers Dassier, les marseillais fondent alors tous leurs espoirs sur celui qui avait mené l’OM au titre de champion d’Europe en 1993, brassard au bras gauche.

Let’s get the Deschamps on the floor

Exigeant, celui qui a mené l’AS Monaco en finale de la Ligue des Champions en 2004, veut se donner les moyens de mettre un terme aux seize années de disette dont souffre l’OM. Pour cela, il procède à une véritable revue d’effectif qui se termine avec de nombreux départs de joueurs cadres sous Gerets. Djibril Cissé, Karim Ziani, Gaël Givet et le capitaine Lorik Cana, pour ne citer qu’eux. Coté arrivées, l’OM va aligner les millions comme jamais, de quoi peut-être énerver un peu plus Erik Gerets, parti suite à de nombreuses divergences (principalement en terme de recrutement) avec l’actionnaire principal du club, Robert Louis-Dreyfus. Grosse enveloppe en mains, Deschamps et Anigo lâchent alors leur dévolu sur Gaby Heinze, Fabrice Abriel, Edouard Cissé, Souleymane Diawara, Stéphane Mbia et surtout Lucho González. L’arrivée de la star du FC Porto qui semblait plus qu’improbable a lieu. 18 millions et des brouettes (pouvant atteindre 24 millions avec les bonus) auront été nécessaires pour attirer celui dont les passes et la vision du jeu ont fait de nombreux dégâts au Portugal comme en Ligue des Champions. Pilier principal du nouvel édifice marseillais construit de fond en comble par les doigts de fées de Deschamps, Lucho est attendu comme le Messie (ou Messi, au choix).

Sa première saison à Marseille est un succès, et ce malgré un début de saison difficile avec notamment des blessures presque coup sur coup, d’abord en amical contre Saint-Etienne en juillet, puis contre Toulouse en octobre. En grand professionnel, Luis Oscar González, retrouve progressivement le niveau qu’il avait au FC Porto et fait profiter l’OM de ses qualités. Accompagné de Mamadou Niang, Lucho enchaine les buts et les passes décisives, débloquant à plusieurs reprises la situation lors de matchs importants. Avec onze passes décisives en Ligue 1 (quinze au total), l’Argentin termine même meilleur passeur de l’édition 2009-2010 et devient l’un des principaux artisans de la conquête du titre de champion de France et de la victoire en Coupe de la Ligue. Sans parler des 200 000 maillots vendus floqués de son surnom. Ça plane pour lui, ouh ouh ouhouuuuuh !

Ça se gâte

Auteur d’une saison plus qu’honorable, celui par qui chaque offensive passe, ne parvient hélas pas à confirmer les performances du précédent exercice. Orphelin de Niang, parti à Fenerbahçe au mercato estival, Lucho ne parvient pas à retrouver la même complicité avec les nouvelles recrues offensives que sont Gignac et Rémy. Mais voilà, alors qu’un léger mieux semble se dessiner peu avant la trêve hivernale, notamment avec d’intéressantes combinaisons avec Valbuena, Lucho retombe quelques semaines plus tard dans ses travers. Son jeu anormalement timoré et inefficace place tout un peuple dans l’interrogation. L’ex-star du FC Porto, celle qui avait largement contribué au titre de champion de France 2010 n’était plus que l’ombre d’elle même. Cela dit, Deschamps garde confiance en son maitre à jouer et le place presque par défaut dans son onze type. Une erreur diront certains, mais c’est compréhensible quand on voit la somme déboursée pour ses pattes. Pour ne rien arranger, en mars Lucho est victime d’un cambriolage à son domicile. Présente dans leur résidence au moment des faits, la famille González est directement menacée par les malfrats qui n’hésitent pas à pointer leurs armes lourdes sur la compagne et les enfants du milieu de terrain olympien. Très choqué, il ne participe pas au match face au PSG le week-end qui suit. C’est d’ailleurs depuis ce match que les interrogations quant à sa légitimité dans le onze titulaire fusent. Critiqués tout au long de la saison pour leur jeu laborieux, les hommes de la Desch’ font preuve face à Paris d’une rare fluidité collective, et ce sans Lucho… Conscient des difficultés de son joueur, DD cherche des solutions. Mais rien à faire, les diverses tentatives dont celle de le laisser souffler au détriment de Charles Kaboré, bien heureux de gratter quelques minutes de jeu, ne changent pas la donne. Délivrant seulement quatre passes décisives contre quinze la saison passée, l’Argentin ne satisfait plus dans le rôle qui doit être le sien. Petite consolation pour El Commandante, il inscrit tout de même dix buts, soit deux de plus que lors de sa première saison dans la cité phocéenne. Statistiquement le bilan est correct pour un relayeur, mais comme les statistiques ne reflètent pas toujours la réelle valeur de la saison du joueur en question, mieux vaut ne pas y porter une trop grande attention et se concentrer sur le manque d’influence de l’ex-pensionnaire de River Plate.

Et maintenant ?

Dernièrement, l’international aux quarante-trois sélections avec l’Albiceleste, a émis son souhait de quitter le navire phocéen. Deuxième derrière Lille cette saison, l’OM n’est pas parvenu à conserver son titre alors qu’ils avaient pourtant réussi à garder la Coupe de la Ligue sur leurs terres. Sans doute une petit désillusion pour Lucho. Mais avant toute chose, quelques palabres de l’Argentin datant du mois de mars :

« Je ne changerai pas ma façon de jouer à cause d’avis extérieurs. Je ne me trouve ni génial, ni catastrophique. Ma saison est assez bonne, d’autant que je souffle peu, souligne l’Argentin. On me reproche d’être moins influent mais on prend le problème à l’envers : c’est notre collectif qui est inférieur pour l’instant. Je ne peux pas endosser seul la responsabilité de nos mauvais matchs. C’est Heinze et moi, les grands joueurs, qui prenons ! Je vais vous révéler le secret des grands clubs européens : la méforme d’un joueur ne se voit pas car il y en a toujours un pour prendre le relais… Si les attaquants ne convertissent pas les occasions que je crée, faut-il me le reprocher ? »

Une déclaration qui sonne comme un signal de détresse mais qui rejoint les avis de nombreux suiveurs concernant son inaptitude à combiner efficacement avec les attaquants olympiens, ce qui n’était pas le cas lorsque Niang était encore au club. La faute à qui ? A Lucho, ou aux autres ? A vrai dire, on s’en fout ! Toujours est-il qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne plus à Marseille et qu’il est impératif d’effectuer des changements. Comme précédemment dit, le joueur est enclin à un départ. Le président de l’Olympique de Marseille, Jean-Claude Dassier n’est pas du genre à vouloir garder un joueur contre son gré, mais il n’est pas non plus prêt à le laisser filer à n’importe quel prix. C’est pourquoi il y a quelques jours, il a annoncé que si un club souhaitait s’attacher les services de Lucho González, celui-ci devra s’acquitter de la somme de 13 millions d’euros. Un montant relativement élevé pour un joueur de 30 ans sortant d’une saison peu convaincantes, mais compréhensible au vue des 18 millions dépensés pour l’attirer à Marseille. Malaga, récemment racheté par un cheikh qatari semble intéressé par le joueur, mais le prix demandé par l’OM refroidit quelques peu les ardeurs du président du club espagnol.

« Lucho nous intéresse énormément et nous sommes effectivement prêts à faire un effort financier pour le recruter. Mais 13 millions d’euros, c’est beaucoup, voire trop pour Lucho »

La question qui se pose maintenant c’est de savoir si l’OM va camper sur ses positions au risque de finalement contraindre Lucho à rester marseillais alors qu’il n’en a franchement pas envie ,ou si les dirigeants vont accepter de revoir le prix de leur joueur à la baisse ? Dassier, qui s’est montré ferme au sujet du prix de son joueur, perdrait le peu de crédibilité qu’il lui reste du coté de  la Canebière s’il venait à brader l’Argentin. Alors que le mercato estival n’a même pas commencé, l’OM s’apprête une nouvelle fois à vivre un été mouvementé. Ça en devient presque monnaie courante, me direz-vous.

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