Arsenal, les raisons d’un gâchis
Le 17 février, Arsenal était à un point du leader et venait de battre Barcelone en huitièmes de finale aller de la Ligue des Champions. Trois mois plus tard, le club est troisième de Premier League, a été éliminé de la Ligue des Champions, de la F.A. Cup et battu par Birmingham, qui joue le maintien, en finale de la Carling Cup. Le cadavre des Gunners mérite une autopsie.
Et pourtant…
Et pourtant, Arsenal pouvait nourrir de grands espoirs en l’année 2011. Le réveillon du nouvel an passé, les Gunners sont deuxièmes, à deux points de United, avec la deuxième meilleure attaque, la troisième meilleure défense et le plus grand nombre de victoires. Si la campagne européenne a été moyennement réussie (deuxième du groupe), elle propose un choc alléchant entre les deux équipes les plus joueuses du continent. Humiliés la saison précédente, les Londoniens attendent leur revanche, ou plutôt leur vengeance. Le Barça, dans une forme divine, ne s’inquiétait que mesurément.
Dans les deux Coupes, Arsenal gère tout doucement. Malgré quelques défaites et matchs nuls, les Gunners passent les tours petit à petit, pour se retrouver finalement le 27 février, en finale de la Carling Cup, équivalent de la Coupe de la Ligue française. Une chance de petit titre, mais titre tout de même, une attente qui fête sa sixième année. L’adversaire, Birmingham, ne devrait pas poser trop de soucis au toujours deuxième du championnat…erreur. 90ème, 1-1, le moment que choisissent Koscielny et Szczesny pour faire rire toute l’Angleterre, les supporters d’Arsenal exclus. Mésentente, ballon qui finit dans les pieds d’Obafemi Martins, bien heureux de marquer le premier but important de sa carrière. Birmingham remporte la Coupe et Arsenal rate une nouvelle chance de titre. Date capitale.
Dix jours plus tard, les Gunners retrouvent les Catalans pour le huitième retour. Fort d’un petit avantage (victoire 2-1 à l’aller, seule défaite de Barcelone sur la scène européenne cette saison), Wenger affiche une équipe regroupée, prête à partir en contre dès la récupération. Le schéma fonctionne si bien qu’Arsenal parvient à marquer sans tirer. Le temps de quelques minutes, le Barça est éliminé. Le temps d’un coup de sifflet, Van Persie prend un deuxième carton jaune, pour avoir joué le ballon après ce coup de sifflet. À 10 et sans son seul attaquant, Arsenal craque.
Déjà en guerre contre l’arbitrage après le 4-4 face à Newcastle, Wenger déprime. Incapable de remotiver ses troupes, il les voit partir dans une fin de saison pourrie. Quatre jours et Arsenal est éliminé de la Cup par United. Puis deux nuls face à des équipes prétendument faibles (Blackburn et West Brom). Un sursaut face à Blackpool, pour enchaîner sur deux autres dates essentielles dans la chute des Gunners. Un nul contre Liverpool d’abord. Dans un match stérile qu’Arsenal aura enflammé quinze minutes, Fabregas obtient un penalty dans un long extra-time. 96ème, 1-0, la victoire qui redonnerait des espoirs de titre à Arsenal, qui lui redonnerait un mental assez solide pour repartir dans le bon sens. Raté. Deux minutes plus tard, Eboué s’écroule dans la surface sur un malin Lucas. Péno, Kuyt, but. 1-1, et deux points supplémentaires perdus dans les dernières minutes par Arsenal. Une maladie chronique, à l’Emirates ou en déplacement. Le match suivant, contre Tottenham, est symptomatique. Un début de match canon et Arsenal mène 3-1 après 40 minutes. Mais cette équipe est incapable de tenir un score. Juste avant la mi-temps, les Spurs reviennent à 3-2, puis égalisent sans surprises en deuxième période. Comme d’habitude, Arsenal pousse dans les dernières minutes sans trouver l’ouverture. Un autre match nul. Arsenal ne perd plus, et gagne tout autant. Trois nuls le premier janvier, sept de plus aujourd’hui. La victoire contre United, si belle qu’elle soit, se cale entre deux défaites face à des clubs du ventre mou, Bolton et Stoke.
Faîtes venir un psy !
Comment expliquer cette déliquescence ? En enfonçant les portes ouvertes. Psychologie, mental, confiance, autant de notions qu’on nous rabâche dans le sport de haut niveau. Parce qu’elles existent évidemment. En trois dates, les Gunners ont tout perdu. Birmingham, Barcelone, Liverpool. Et à chaque fois, une victoire qui fout la haine. Une erreur individuelle contre Birmingham, un sentiment d’injustice face au Barça, et un mélange des deux contre Liverpool. Lâchés par Captain Fabregas, sur un rythme de sénateur cette saison, les Baby Gunners, qui méritent encore ce surnom péjoratif, n’ont eu qu’une réaction d’orgueil, contre United. Insuffisants pour remporter un championnat dont le vainqueur aura le plus petit nombre de points depuis 2001 (ou plus loin encore). United n’était pas imbattable cette saison.
Cette absence de motivation, de foi en un retour sur le leader, a coûté cher. Parce qu’elle s’est propagée peu à peu à chaque joueur, pour finir par contaminer tout le monde. Capables d’être incroyables individuellement, les Gunners ne l’ont été qu’à tour de rôle, et n’ont montré que rarement une force collective depuis mars. Chamakh en début de saison, Nasri ensuite, Wilshere puis Van Persie, un peu Walcott…quasiment tous les offensifs ont eu leur période. Jamais simultanément. Ainsi, on a vu Nasri être le seul à se battre (la défaite contre Barcelone est exemplaire), et ce fut Van Persie ces dernières semaines. Le pire, paradoxalement, vient d’une défense qui avait tenu le coup en première partie de saison. Les Gunners ne sont plus que la sixième défense, ex-aequo avec Liverpool et derrière Fulham (plus depuis que les Reds ont gagné 5-2). Perdu face à Stoke comme contre Bolton, Djourou est devenu un maillon faible, alors qu’il formait un axe rassurant avec Koscielny. Clichy n’a pas progressé depuis trois ans, et Sagna fait le boulot.
Wenger et ses erreurs
Cependant, il serait faux de tout expliquer par l’aspect psychologique. Wenger s’est trompé partout. Dans le discours, en ne remettant jamais en cause ses joueurs. S’il veut les voir grandir, ne serait-il pas temps de les responsabiliser ? Accuser l’arbitre, ou s’accuser de tous les maux est une stratégie qui devrait se limiter aux petits clubs et à Jean-Michel Aulas. Un tacle d’Arsène sur Bendtner aurait été utile, autant pour le réveiller que pour le blesser jusqu’à la fin de la saison. Un exemple, qui s’applique à Clichy, à Diaby, à Fabregas…
Arsène s’est également trompé sur le terrain. Voir les matchs d’Arsenal depuis mars est une leçon de running gag. Un début de match encourageant, puis un ballon qui navigue autour de la surface, avec une frappe molle ou hors cadre tous les quarts d’heure. Certes, Arsenal est fébrile derrière (et Wenger ne peut rien à la blessure de Vermaelen), mais le problème est offensif. Encaisser un but par match est négligeable lorsqu’on en marque trois ou quatre. Comme Arsenal, en début de saison.
La ligne d’attaquants d’Arsenal est restée la même, malgré les contre-performances successives. Nasri à gauche, Van Persie au centre et Walcott à droite. Nasri est cramé depuis des semaines. Problème, son substitut est Arshavin. Et vu qu’il met du lubrifiant sous ses semelles ces derniers temps, il glisse au lieu de dribbler. Le côté gauche est désespéré. Le droit aussi. Walcott, toujours très fort en début de match, est un joueur trop facile à contrer. Trop limité, l’Anglais a un jeu invariable, une aubaine pour le latéral gauche adverse. À chaque match, l’opposant comprend vite la solution. Les adversaires d’Arsenal reculent, et tuent toute profondeur. Walcott devient inutile. Devant cette absence de danger, autant causée par Walcott que par le milieu amorphe d’Arsenal, Van Persie décroche très souvent, trop souvent. Néanmoins, il est le seul à trouver des solutions dans les intervalles, comme le montre le but contre Bolton, et toute la deuxième mi-temps. Sur les quelques bons centres d’Arsenal, le Néerlandais, pas bon de la tête, est de toute façon absent, et seul. Le 4-3-3 aurait dû disparaître depuis que Nasri et Walcott sont inoffensifs, et se transformer en un 4-4-2 (ou 4-3-1-2, bref, une attaque à deux pointes) où Chamakh aurait apporté des qualités rares à Arsenal. Un jeu de tête, tout en déviation. Van Persie, pas fait pour être fixé devant les buts, aurait pu s’appuyer sur le Marocain. Wenger, têtu, n’a jamais aligné une telle composition d’entrée. Dommage.
Arsenal finit une nouvelle saison sans titre. Les victoires contre les gros (Barça, Chelsea, Manchester United, Manchester City) sont cependant de bon augure. Wilshere a explosé, Ramsey est revenu de belle manière contre United. Avec Song, le milieu d’Arsenal a de l’avenir, même avec un départ de Fabregas. Il faudra tout de même un mercato judicieux aux Gunners pour jouer le titre la saison prochaine. Clichy, Denilson, Arshavin, Bendtner, ces joueurs doivent être remplacés par d’autres meilleurs. Plus réguliers et plus costauds mentalement.













about 5 days ago
Cette saison aura été décevante à plus d’un point. D’abord parce qu’à effectif quasi constant, mais avec un surcroît d’expérience, Arsenal aurait dû franchir une étape. Et ensuite, parce qu’il faudra attendre longtemps avant de voir des clubs comme MU ou Chelsea laisser filer autant de points.
Comme tu le dis, personne ne peut anticiper les blessures. Avec une charnière centrale inédite en PL et 4 gardiens différents, Arsenal s’en sort plutôt pas mal non plus. On peut pointer du doigts les loupés des Gunners, mais au final, ils vont quand même finir devant Man City, Tottenham et Liverpool. Donc, je relativiserai la notion de « cadavre » s’agissant d’Arsenal. Il n’en reste pas moins que cette saison doit inciter Wenger a réviser certains aspects de son projet : un peu d’expérience, un backup de qualité en 6, un ailier polyvalent. Mettre un Chamakh en pointe et Van Persie plus libre sur les côtés.