Adoubé par les médias et chouchouté par le milieu du football français, Hatem Ben Arfa avait tout à gagner dans cet Euro 2012. Il aura pourtant réussi à perdre du crédit auprès du plus grand nombre. Surprenant ? Pas vraiment si on se fie au parcours footballistique du bonhomme. Plongée sur l’échec d’un système qui voulait sacrer un joueur pas si fantastique.
L’Euro s’achève bientôt et deux équipes n’auront pas réussi à inscrire le moindre point dans la compétition. D’un côté, l’Irlande, une équipe volontaire mais aux manques techniques trop criants pour en espérer quelque chose. De l’autre, les Pays-Bas, techniquement plus sereins mais friables sur le plan de l’intelligence de jeu. Si vous voyez où je veux en venir, Hatem Ben Arfa serait un peu comme cette sélection batave à l’échelle individuelle, un joueur possédant d’indéniables qualités balle au pied mais trop de défauts pour en faire le grand joueur que le football français nous promettait.
Jeune talent cherche recadrage désespérément
Mais pourquoi donc cette attente auprès d’un joueur qui n’a jamais été aussi fabuleux qu’on veuille bien nous faire croire ? Hatem a été révélé très jeune aux yeux du football français en intégrant dès l’âge de 12 ans l’INF Clairefontaine, célèbre centre de préformation de jeunes joueurs. Il le sera auprès des médias après la diffusion d’un documentaire mettant en lumière six joueurs de la promotion 1986 dont il est surclassé (A la Clairefontaine, en 2001). A la sortie, Hatem rejoint l’Olympique lyonnais en 2003 à une époque où le club dirigé par Jean-Michel Aulas s’apprête à dominer le football français sans laisser la moindre miette à des concurrents affaiblis et irréguliers. Bien protégé à l’intérieur du cocon d’une implacable machine, le natif de Clamart assiste aux succès rhodaniens surtout en dehors du terrain. Entretemps, il remporte l’Euro U-17 avec ses « copains » de la médiatique génération 1987 en marquant 3 buts au passage.
Logiquement remplaçant de Florent Malouda sous l’ère Houiller (avec lequel il aura vécu une cohabitation difficile entre querelles de vestiaire – épisode Squillaci – et états d’âme sur le temps de jeu qui lui est accordé), Hatem débute en tant que titulaire la saison 2007-2008 sous le commandement d’Alain Perrin, réalisant son meilleur exercice en France et s’ouvrant les portes de l’équipe de France dès le mois d’octobre au cours d’un déplacement mouvementé aux Iles Féroé (le voyage, pas le match).
Élu meilleur espoir de la Ligue 1 à la fin de la saison, Ben Arfa serait donc enfin à la hauteur du talent que le football français lui prétend ? En tout cas, Pape Diouf y croit dur comme fer et aligne 11 millions d’euros pour réaliser – à l’époque – le transfert le plus coûteux de l’histoire de l’Olympique de Marseille, qui, vous en conviendrez facilement, n’est pas une anonyme association sportive de province. Pour un grand club, dépenser une telle somme pour un jeune joueur sortant certes d’une bonne saison au sein du meilleur collectif de France mais à l’attitude discutable (son départ houleux de l’OL est là pour en témoigner) donne au président marseillais des airs de fou.
Joueur « ingérable » ou « de caractère » ?
Après un début de saison honorable, Eric Gerets commet le crime de mettre ce si bon et indispensable Hatem sur le banc de touche au cours d’un OM–PSG. En réaction, le natif de Clamart refuse de rentrer en jeu. Ses excuses au lendemain de cet « exploit » sont surréalistes. Le joueur est qualifié d’ingérable, aggravant son cas en se querellant avec Karim Ziani, pas franchement connu pour être plus « gérable ». Faut-il s’étonner de ces situations quand votre président valide ce genre de comportements en posant sur la table des négociations une somme d’argent démesurée compte tenu de ce que montre le joueur sur le terrain ? Pas vraiment.
Toujours est-il que la qualification de joueur « ingérable » ou « de caractère » pose un problème. La distinction, très utilisée dans le milieu du football, est importante puisqu’elle détermine souvent la courbe de forme sportive du joueur. Si le footballeur est bon, vous pouvez quasiment être sûrs que l’expression méliorative (joueur « de caractère ») sera employée. Il s’agit là d’une erreur qui explique partiellement la déliquescence du joueur et, par extension, celle du groupe présent à l’Euro 2012.
Irrégularité chronique
Ces épisodes malheureux (mais pas si imprévisibles) à l’OM vont freiner la progression du joueur dans le jeu, hors-de-forme passé le mois de novembre 2008. L’irrégularité des prestations de Ben Arfa n’est pas une légende, c’est même une marque de fabrique du milieu offensif. Capable d’inscrire un joli coup franc sur le terrain du FC Twente ou de faire tourner en bourrique un défenseur de l’Ajax Amsterdam jusqu’à le faire exclure, le joueur « de caractère » peine à s’installer dans le onze titulaire, barré à plusieurs reprises par Karim Ziani, Bakari Koné et Mathieu Valbuena durant ses deux années marseillaises. Relancé, remis au placard puis relancé à nouveau, le parcours de Ben Arfa à Marseille aura été plutôt délicat sportivement et jamais au niveau des espérances de Pape Diouf, principal responsable des attentes générées autour du joueur et pas étranger au comportement hautain de celui-ci.
Non-retenu en Afrique du Sud et parti contrarié (à juste titre dans certains aspects) du club olympien pour Newcastle, institution calme et sous-médiatisée en France, Hatem va s’apaiser. Sa longue blessure « aidant », les médias lâchent l’affaire et concentrent tous leurs objectifs sur Karim Benzema, nouvelle icône des Galactiques 2.0. Ce retour à l’anonymat est salutaire pour un joueur qui évolue finalement dans un club à son niveau, capable de coups d’éclat par intermittence sans briller sur la durée. Relativement efficace les trois mois ayant précédé l’Euro (notamment grâce à une bonne entente avec son compatriote Yohan Cabaye et la confiance solide accordée par Alan Pardew), son retour en forme a coïncidé avec un autre retour, plus contraignant cette fois : celui des médias.
Responsabilité partagée
« Hatem Ben Arfa est-il indispensable à l’équipe de France ? ». Cette question, les médias ne cesseront de la poser qu’à la publication de la pré-liste des joueurs français évoluant à l’étranger susceptibles de participer à la grand-messe estivale du football européen. Le simple fait d’évoquer cette interrogation au sortir de 18 matchs d’invincibilité et d’une prestation d’ensemble plutôt convaincante en Allemagne (certes amputée de certains titulaires, mais Benzema manquait à l’appel côté français) a quelque chose de glaçant. Se questionner sur la place réservée par un joueur au plus haut niveau après un bon passage sportif dans un club comme Newcastle et une période de diète internationale d’environ deux ans est une bêtise. Les médias adulent quand tout va bien, rejettent quand tout va mal et ressuscitent quand les voyants sont au vert.
Ben Arfa, au même titre que ses camarades de la génération 1987, a été particulièrement choyé après le titre de champion d’Europe U-17 remporté en 2004. Jamais vraiment remis en cause malgré ses sautes d’humeur de joueur « de caractère » et ses prestations irrégulières, le football français l’a mal guidé et en a fait le footballeur qu’il ne sera probablement jamais (les mérites en reviennent notamment à Pape Diouf). Les médias, eux, en ont profité pour faire ce qu’ils ont toujours fait concernant les personnalités fortes du paysage footballistique hexagonal : encenser puis taper, taper puis encenser. La génération victorieuse en 1998 et 2000, déchue et dézinguée en 2002, peut en témoigner.







article intéressant et probablement vrai sur nombreux points mais pourquoi cet acharnement sur pape diouf ? je ne saisi pas vraiment le concept ?
Bonjour et merci pour le commentaire.
Je reproche à Pape Diouf, et c’est le cas de nombreux acteurs du football français, d’avoir seulement pris en compte le critère sportif dans l’achat du joueur (pour une somme qui est à mes yeux totalement ahurissante par rapport à ce qu’avait prouvé le gamin à l’OL). Diouf est pour moi le symbole de ces présidents qui ne se préoccupent pas assez du comportement des joueurs.
Pas étonnant, dès lors, que les entraîneurs perdent de plus en plus leur autorité sur les joueurs si on permet beaucoup de choses à ces derniers.
scandaleusement anti-diouf.