La Belgique, le pays du surréalisme. En football aussi. C’est bien connu, si vous cherchez une histoire footballistique farfelue, le Royaume d’Albert II est votre laboratoire. De la première division nationale au dernier échelon provincial, des retournements incroyables sont possibles. Aussi bien sportivement qu’extra-sportivement.
Dans le premier épisode de « Belgique, Pays du surréalisme », nous nous intéresserons à un évènement parodique qui a touché la troisième division du plat pays, la mystérieuse Affaire Lacam.
Pour comprendre ce qui va suivre, il est important de faire le point sur le « malaise » qui plane au-dessus des divisions inférieures belges, depuis l’issue de la saison 2006/2007. En effet, au terme de cet exercice, une monstrueuse affaire éclate entre les équipes de Geel et Namur. Lors des barrages afin d’accéder à la Division 2, ces deux équipes se rencontrent en finale. Geel remporte cette finale aisément (0-1 à l’aller, 2-0 au retour). Tout semble en bonne voie pour les pensionnaires du Stade Leunen. Hélas, en Belgique, jamais un vainqueur ne peut être sacré sans contestation. Si sportivement le Verbroedering Geel n’a pas volé sa victoire, extra-sportivement, il s’agit d’une toute autre histoire. Le club ne possède pas la licence pour évoluer à l’échelon supérieur. Licence qui est un véritable combat pour son obtention, étant donné que la Fédération belge de football fait le bilan budgétaire du club, mais également de ses infrastructures (capacité du stade, friteries…) et j’en passe. Dès lors, sans ce précieux sésame ô combien difficile à obtenir, l’accession à la Division 2 est impossible. Or, dans le cas présent, Namur l’avait obtenu, lui. Namur va en appel de la victoire de Geel, Geel va en appel de la décision de Namur. L’Union belge met de l’ordre (de l’ordre à la belge hein, restons sérieux voyons). Et de ce fait, la fédération fait accéder les deux équipes au niveau supérieur. Normal.
Depuis, chaque année, en fin de saison, les équipes de D2, D3 et D4 jouent leur place devant les tribunaux et les juges. Ce que cherchent les dirigeants des clubs en allant à la fédération ? La moindre faille chez les adversaires : problèmes d’affiliations, joueurs extra-communautaires, décisions arbitrales, matchs reportés… Tout est bon pour glaner un maximum de points sur tapis vert. Et là où l’Union belge de football devrait mettre les points sur le « i » celle-ci enfonce le clou en donnant raison (ou tort, c’est selon) à ces équipes venues devant les tribunaux. C’est ainsi que Peruwelz fut relégué en Promotion (D4) alors que le club avait longtemps joué la tête de la D3, que Coxyde s’est retrouvé à jouer son maintien en D3, lors des barrages, alors que les joueurs de la Côte avait, eux aussi, côtoyé le haut de tableau. Même histoire l’année précédente, un échelon plus bas, cette fois, avec le PAC Buzet, relégué à cause d’une affiliation foireuse… La fédération ou les clubs en tort ? Telle est la question… Mais ce n’est rien à côté de cette fameuse « Affaire Lacam ».
Saison 2011/2012, Tournai retrouve la Division 3, après quatre années plus ou moins glorieuses, en Division 2. L’objectif du club est simple : retrouver l’antichambre de l’élite au plus vite. Et, même si les Sang et Or peinent quelque peu en début de championnat, le RFCT retrouve le haut du tableau. Le club n’a, cependant, pas l’étoffe pour remporter le titre, face à des concurrents tels que Mouscron et La Louvière. Alors que le championnat suit tranquillement son cours, une bombe va s’écraser sur la Belgique, une bombe nommée Lacam, balancée par Verviers, un autre club de troisième division. La plainte vise les Tournaisiens. Son nom, Yannick Lacam. Son atout : il marque. Le problème majeur : le garçon a joué bons nombres de rencontres sous le maillot de Tournai. Le « hic » est que, d’après Verviers, le joueur aurait un problème d’affiliation. Le RFC Tournai réfute et prouve, via un document officiel envoyé par l’Union belge, le faux témoignage de Verviers. Hélas, la fédération n’a pas le souvenir de l’affiliation du joueur. Et là, patatra, Tournai perd la majorité de ses points et se retrouve dans de biens sales draps. Matchs perdus sur tapis vert. Fin de saison. Tournai ne parvient pas à sauver sa peau en D3. Tournai est relégué. Tournai va en justice afin de contester cette décision et faire comprendre que la fédération est en tort.
L’Union belge se fait un plaisir de retarder la décision et, visiblement, le cas de Tournai semble simple : le club évoluera en D4 pour cette saison. Seulement, les Sang et Or sont des durs et ne jouent aucun match alors que le championnat de Promotion est lancé. Ils attendent, semble-t-il, la décision finale. Mi-septembre, une décision est rendue : l’Union belge a tort. Tournai doit réintégrer la D3. Problème : sept rencontres ont déjà été joué au troisième échelon du pays belge. L’Union belge de football va en appel de la décision mais décide, tout de même, de refondre le calendrier et d’aménager sa Division 3B pour le retour du vilain petit canard. 19 équipes inscrites, un classement remis à zéro mais des rencontres déjà jouées, des matchs se disputant en semaine à 17 heures, pour des joueurs, en parti, amateurs. Impossible. Et pourtant, dans un tel contexte, la D3B continue de faire son petit bonhomme de chemin. Cependant, des menaces planent encore : certaines équipes (comme La Calamine) ont fait appel à des avocats et veulent geler la compétition, d’autres tentent de s’arranger à l’amiable afin de trouver des dates correctes afin d’éviter de se retrouver avec six ou sept rencontres par mois !
Et le comble dans cette histoire est que Tournai est… un candidat au titre ! Le club vient d’enchaîner deux victoires en autant de rencontres, pour son « retour » en Division 3 et le recrutement du RFCT semble assez ambitieux. Une chose est certaine, si les Hennuyers parviennent à retrouver l’antichambre, chapeau à eux. Mais mon petit doigt me dit que ça ne se fera pas sans des prolongations face aux juges et autres avocats.
Que l’équipe nationale en prenne de la graine. Inutile d’avoir une bonne équipe pour gagner. Un bon avocat suffit.







