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Situé à Molenbeek St-Jean, dans le Nord-Est de Bruxelles, le Racing White Daring Molenbeek évolue en 2e division belge. Fruit de fusions successives des clubs bruxellois en 1973, le club a connu ces dernières années un parcours difficile.

RWDM

Radié en 2002 pour raisons financières, le Daring se transforme en FC Brussels et remonte peu à peu la pente en accédant finalement à la 1e division de 2005 à 2008. Cinq ans de D2 plus tard, le « Brussels » change à nouveau de nom et réintègre ses quatre lettres historiques dans ce qui devient le RWDM Brussels FC. Si le plan sportif paraît relativement stable, les défaillances dans la gestion financière du club ne cessent d’inquiéter les supporters et aboutissent graduellement à des répercussions administratives de plus en plus difficiles à contrecarrer. Du fait du manque de liquidité, les joueurs n’ont pas été payés depuis 3 mois et font sporadiquement grève dans un climat de plus en plus délétère. Accumulant aujourd’hui plus de 350 000 euros de dettes, le club est dans une situation précaire et suscite le mécontentement de la Ligue. En effet, à l’heure ou nous écrivons ces lignes, le RWDM fait partie des quatre clubs de division 2 à ne pas avoir obtenu sa licence pour l’année prochaine, ce qui le cas échéant, risquerait de reléguer le club au 4e niveau…

Fidèle du RWDM, Arthur S. a accepté de témoigner sur la situation actuelle du club tout en nous décrivant ce qui, pour lui, traduit l’esprit marginal et « bruxellois » du supportérisme local.

Nous sommes plutôt soulagés lorsque l’on voit ce qui se passe de l’autre côté de la ville

Le club est descendu en division 2 en 2008, que s’est-il passé au club depuis cette date ?

Lors de la descente en D2, le club se nommait alors le FC Brussels. C’était le grand projet de Johan Vermersch, notre président « adoré » et « chéri » (rires). Ce projet commençait, à ce moment-là, à prendre l’eau de toute part à cause de la méthode de gestion du président et du manque de stabilité dans les affaires sportives et financières. Tout cela s’est détérioré d’année en année, au point de faire planer la menace de la disparition du club. Mais la saison passée, Michel de Wolf (entraîneur du FC Brussels en 2011 et Gregory Heusdens – le gérant traditionnel de l’ancien RWDM – ont lancé le projet de racheter le matricule d’un club de division 3 en faillite pour recréer le RWDM et repartir à zéro indépendamment de Johan Versmersh. Mais ce projet n’a pas abouti faute d’être monté assez tôt.

Ensuite, John Bico, manager d’Eden et de Thorgan Hazard s’est rapproché du président en signalant sa volonté de reprofessionnaliser le club et de remonter en D1 grâce à un fond d’investissement venu de Dubaï. Les discussions ont alors commencé : Johan Versmersh a signé certains papiers et de premiers accords financiers ont vu le jour. Finalement, le président a tout arrêté du jour au lendemain et cette tentative d’absorption a échoué. Je pense personnellement que c’est l’une des plus belles décisions qu’il ait prise ces dernières années, sentant bien que cette passation pouvait bien signifier la perte de l’identité familiale du club sans pour autant y ajouter une plus-value professionnelle. Au même moment, le White Star, notre rival bruxellois, était également au bord de la faillite en division 2. Bico en a profité pour s’implanter là-bas et monter un nouveau projet. Aujourd’hui, on note d’ailleurs que les choses ne se sont pas améliorés pour eux : une grande partie de l’équipe et du staff ont été virés et beaucoup d’anciens supporters ne viennent plus au stade pour protester contre la perte d’identité de ce qui était alors un « club de quartier ». Ce qui est intéressant, c’est que le White Star et le RWDM avaient auparavant refusé toute collaboration, se crachaient à la figure par presse interposée et ne voulaient même pas manger à la même table dans les V.I.P. A cause de cet « épisode Bico », énormément d’anciens du White Star ont noué le dialogue et sont venus travailler au RWDM. Au final, nous sommes plutôt soulagés que ce rachat n’ait pas eu lieu lorsque l’on voit ce qui se passe de l’autre côté de la ville.

RWDM 2

Comment s’identifie le RWDM par rapport aux autres clubs de la ville ?

La grande revendication du club est d’être le seul vrai club de tradition bruxelloise : « only one team in Brussels ». Tout cela est à nuancer de par le fait que l’Union St -Gilles est aussi un club très vieux avec un grand palmarès. Le club le plus connu de Bruxelles est évidemment Anderlecht. Il y a entre nos deux clubs une animosité très grande de par la très grande proximité géographique. Ça renforce énormément le sens même du « derby ». Pour nous Anderlecht représente le football-business, une vision très consumériste du sport. Beaucoup de supporters ne viennent pas de là et vont au stade simplement pour s’asseoir et regarder sagement un match de football en buvant une coupe de champagne. À Molenbeek, nous avons une culture populaire qui aime le football et se situe proche du terrain. On a peut être que 600 spectateurs en moyenne, mais il y en aura toujours 100 qui vont chanter pendant presque tous les matchs. Je crois que dans notre répertoire de chant, il doit y en avoir un quart qui fait référence à Anderlecht ! Du coup parfois ça donne des situations cocasses ou des cris anti-Anderlecht sont entonnés alors que l’équipe joue à 300 km d’ici, en Flandre.

Entre le RWDM et le White Star, l’affaire Bico a logiquement généré une opposition encore plus grande au niveau des exécutifs. En tant que supporters, il existe des zwanzes (des blagues, ndlr) traditionnelles anti-White Star du fait de l’appartenance à la même ville. De plus, cette rivalité a quelque chose de social, Woluwé étant une commune très aisée de Bruxelles et Molenbeek étant beaucoup plus populaire. Ce n’est pas non plus une lutte de classe. C’est une culture différente, les supporters du White Star m’ont l’air pour la plupart de venir du quartier même, c’est peut être aussi une tradition plus familiale.

En résumé, on peut dire que le noyau dur des supporters du RWDM se retrouvent autours d’une tradition dite « bruxelloise » qui définit à la fois une façon de vivre, un langage (le brusseleir), un sentiment d’attachement profond au folklore de la ville. Le Brussels FC avait à son époque tenté de fédérer les gens autour de cette image mais n’y est pas parvenu. Aujourd’hui pour moi, c’est au RWDM de se réinventer pour coller au mieux à l’image du Bruxelles actuel.

Un ancien joueur, Romain Haagdoren, venait toujours au café avec nous à la fin du match

Quelle est la relation entre les supporters et le club ?

Il y a peu, un mouvement visant à créer un système de socios à Molenbeek avait été lancé sans pouvoir réellement aboutir. C’est pour moi complètement illusoire. Johan Vermersh avait également proposé un système analogue, mais la plupart des gens qui ont cotisé n’ont jamais vu de retour sur investissement. Concrètement aujourd’hui, il arrive que le président organise une réunion de temps en temps ou il en profite pour parler pendant 40 minutes sans répondre à aucune question. La communication est à sens unique. Lorsque nous avons tenté d’avoir un dialogue plus direct en comité plus restreint avec les dirigeants et les responsables de supporters, la réunion n’a jamais eu lieu. Le seul rôle que l’on a se limite à notre activité dans le Kop A (banderoles, chants) et à des coups de pression lorsque la situation est vraiment mauvaise ou que les médias nous donnent la parole. L’an dernier, lorsque Vermersh était au stade et que les choses allaient très mal, il nous arrivait aussi de quitter le Kop pour investir la tribune présidentielle, histoire de montrer que l’on était là nous aussi.

La particularité du RWDM c’est que nous connaissons bien certains joueurs, notamment les plus anciens. Ils sont très solidaires avec nous. Par exemple, certains supporters rencontrent parfois des difficultés financières pour venir au stade lorsque l’équipe joue en déplacement. Dans ce cas là, je vais chez les joueurs et leur demande s’ils peuvent trouver quelques invitations. Un ancien joueur, Romain Haagdoren, venait également toujours au café avec nous à la fin du match. Et cette amitié peut dépasser le cadre purement sportif comme lorsque Sébastien Ciani (aujourd’hui à Ostende) est revenu l’an dernier en tribune pour se glisser dans la peau du joueur de tambour, pendant le match. Cette proximité nous permet également de contourner l’opacité de la communication dirigeante dans les moments de crises. Cette année, les joueurs ont par exemple fait grève à l’entraînement parce que le club ne les payait plus. Et lorsque les communiqués officiels disaient avoir remédié à la situation, il nous suffisait simplement de décrocher nos téléphones et demander aux joueurs si c’était vrai.

Quand tu es supporter de Molenbeek tu dois de toute façon être « supporter de la défaite »

Comment se situe un supporter par rapport à son club lorsqu’il sent que ses dirigeants ne le respectent pas ?

Même si les dirigeants ne nous respectent pas, nous estimons que le club est d’abord aux supporters, aux bénévoles et aux joueurs qui le font vivre. C’est un peu similaire à ce qui se passe au Standard de Liège. Les gens se sentent floués mais considèrent que tout cela leur appartient. Quand tu es supporter de Molenbeek tu dois de toute façon être « supporter de la défaite ». Depuis la descente de D1, le RWDM est un club où rien ne fonctionne, ou le bordel est généralisé. Ça peut aller d’un oubli de facture d’électricité à un déclenchement d’arrosage automatique en plein milieu d’un match. Évidemment, on en rigole, c’est dans la culture du club. Ce n’est pas forcément quelque chose de rationnel. Si quelqu’un d’un minimum rationnel vient au RWDM, il devient fou après 6 mois : il n’y a aucune communication, la gestion change toutes les deux semaines. Un supporter consommateur ne va jamais y rester ! Et c’est ça qui y est chouette. Personnellement, j’espère que l’on va se professionnaliser, que l’on va avoir un club stable et monter en D1, mais est ce que j’ai envie que dans 5 ans on soit un club qui joue le top 6 de la Jupiler League avec un stade où tout le monde est assis à la Anderlechtoise ? Pas du tout ! Je préfère aller avec mes amis voir des rencontres de Division 2.

Crois-tu que la situation du club va rester aussi instable dans les années à venir ?

Je ne crois pas car il existe aujourd’hui des discussions pour un partenariat avec l’AS Monaco. La gestion du club a par ailleurs pris des décisions pour tenter de montrer patte blanche envers le club monégasque : professionnaliser les entraînements, remplacer le coach Didier Beugnies par Jean-Guy Wallemme, éponger une partie des dettes du club. Ces changements interviennent après que l’AS Monaco ait demandé des gages d’effort et de structuration de la part des dirigeants. Le budget qui pourrait être investi pourraient nous permettre de monter en première division. Ce projet pourrait paradoxalement être un risque pour la culture populaire du club, mais d’un côté, l’exaspération envers Vermeersch et sa gestion à pile ou face est très grande. On préfère donc prendre le risque d’avoir un partenaire comme Monaco d’autant que nous faisons régulièrement pression sur les potentiels repreneurs pour montrer notre attachement à la culture du RWDM. Nous sommes d’ailleurs, en tant que supporter, en contacts réguliers avec Karim El Morabet qui fait figure d’interface entre nous et eux. Il connaît nos desiderata et nos priorités et l’a fait savoir aux dirigeants monégasques. Tout cela a l’air complètement paradoxal par rapport à mes propos antérieurs sur l’importance de la tradition bruxelloise du club. Mais je ne crois pas que ces deux projets soient incompatibles sur le fond tant que nous restons intégrés dans le processus de dialogue. Je ne crois d’ailleurs pas que transformer le RWDM en club mainstream soit dans leur intérêt dans la mesure où Bruxelles en compte déjà un dans ses rangs. Le projet semble plus être de faire un club implanté localement avec des supporters fervents mais qui fonctionne réellement. Théoriquement, ça semble être complètement contradictoire de pouvoir espérer à la fois le maintien du noyau identitaire du club et l’arrivée de tels actionnaires, mais selon moi, c’est une des solutions grâce auxquelles le RWDM pourrait résolument avancer.

Oscar

PS : Remerciements à Arthur S. pour le temps qu’il a bien voulu consacrer à cette interview.

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