La Belgique, le pays du surréalisme. En football aussi. C’est bien connu, si vous cherchez une histoire footballistique farfelue, le Royaume d’Albert II est votre laboratoire. De la première division nationale au dernier échelon provincial, des retournements incroyables sont possibles. Aussi bien sportivement qu’extra-sportivement.
Vous pensiez que nous avions mis notre petite chronique de côté ? Détrompez-vous, chers lecteurs. « Belgique, pays du surréalisme » vous plonge au coeur de la Belgique du football. Mettez dans un coin de votre tête vos préjugés, présupposés et autres idées noires. Aujourd’hui, nous vous présentons un système unique en football : le Système C. Mais que signifie réellement ce « C » ? En y réfléchissant bien, plusieurs substantifs intéressants me viennent à l’esprit. « C » comme « confédéralisme » ou « chocolat ». Deux termes spécifiques au Plat Pays. Mais aujourd’hui, par ce Système C, nous tendons plus vers un « C » comme « con », « C » comme « chacun sa merde ». Surtout « C » pour « couillonnade » (1). Je veux bien sûr parler de ce système casse-gueule : les Play-Offs. Tentative d’explication.
Depuis la saison 2009/2010, la Jupiler Pro League (2) ne compte plus que 16 formations, contrairement aux années précédentes où 18 équipes prenaient part à la compétition. Sur ce point, nous pouvons déjà clairement nous exprimer sur ce choix aussi idiot qu’inutile. En réduisant le nombre de clubs au sein de l’élite du football belge – encore faut-il appeler ça « football » – les dirigeants de l’URBSFA (3) imaginaient un coup de poker intéressant et, logiquement, un nouveau moyen de rentabiliser une compétition qui perdait, depuis plusieurs saisons, de sa superbe. Hélas, en réduisant le nombre de participants, les possibilités d’accéder à la première division nationale sont quasi nulles. Mais avant de critiquer plus en profondeur cette réforme, venons-en à la réforme, en elle-même. Pour faciliter la compréhension à vos esprits non-tordus, nous illustrerons ceci par des exemples.
Play-Off 1
Nous commençons donc nos explications par les équipes de tête, composants les Play-Off 1. Ces équipes, classées entre la première et la sixième place, à l’issue de la phase classique du championnat (la phase classique correspondant à 30 rencontres de championnat, en aller-retour), sont inscrites pour les Play-Off 1, également appelées PO1 parce que ça claque mieux, que ça fait scientifique, ça fait connaisseur en football. Mais ça évite, surtout, ce terme anglais à la con. En résumé, les PO1 définissent le champion de Belgique. Cette année, les six formations qui s’affronteront pour le titre sont, dans l’ordre, Anderlecht, Zulte-Waregem, Genk, Bruges, Lokeren et le Standard de Liège. Jusque-là, tout va bien. Cependant, les dirigeants de la Fédération belge de football ont décidé de diviser par deux les points obtenus au terme de la phase classique, histoire de « relancer » le championnat. Ainsi, si le leader possède 20 points d’avance sur son dauphin, au terme de la phase classique du championnat, ce même leader n’aura plus qu’un avantage de 10 unités, « seulement ». Afin d’y voir plus clair, voici un résumé de l’explication présentée ci-dessus, concernant les PO1 :
Soyons clairs : ce mini-championnat de 10 journées a pour but de promouvoir la première division belge par des affiches alléchantes, où les plus grosses formations du pays s’affrontent, dans des stades combles. Mouais. Depuis que la réforme a été lancée, les clubs moyens du Royaume s’invitent dans cette course au titre. C’est encore le cas, cette année, pour Zulte-Waregem, surprenant dauphin d’Anderlecht ou encore de Lokeren, qui devient un habitué à ces Play-Off 1. Malheureusement, rares ont été les occasions de connaître des surprises. Il y a deux ans, cependant, le Standard de Liège, qui s’était classé sixième, à l’issue de la phase classique, avait eu l’occasion de finir champion… Mais c’est finalement Genk qui s’était offert le sacre. Pourtant, tout au long du championnat classique, Anderlecht avait mené la danse… Voilà pour l’anecdote.
Play-Off 3
Pourquoi passons-nous des Play-Off 1 aux Play-Off 3 ? Depuis notre tendre enfance, nos professeurs d’arithmétique nous affirment que, dans l’ordre, les trois premiers chiffres sont 1, 2 et 3. Mais à vrai dire, on s’en balance du 2. Nous reviendrons sur les Play-Off 2, par après, car, pour tout avouer, on s’en branle. Les Play-Off 3, quel malheur. Durant cinq semaines, les deux derniers de la phase classique s’affrontent. Cette année, le Beerschot et le Cercle de Bruges se battront pour le maintien en Division 1. L’équipe classée 15e, part légèrement favorite dans ces PO3. En effet, sur les cinq rencontres, le 15e reçoit à trois reprises et débute ce mini-championnat, de deux équipes, avec 3 points. Étant donné qu’il s’agit d’un championnat composé de deux clubs, le second est directement relégué en Belgacom League, la Division 2 belge et le premier est… encore très loin d’être sauvé. Celui-ci est versé dans un autre mini-championnat, composé de quatre formations : trois équipes de Division 2 et le vainqueur des PO3. L’équipe qui termine première de ce « Tour Final » accède (ou reste) en première division. Toujours dans le but de vous faciliter la tâche, voilà un petit aperçu.
Attention, il est nécessaire de souligner que, lors du lancement de cette réforme, l’Union belge de football n’avait pas créé ces Play-Off 3. Le dernier de Pro League était directement relégué en Division 2 et son championnat se finissait au mois de mars. Le 15e, quant à lui, était reversé dans le « Tour Final » des Division 2. Or, étant donné que le championnat de Division 2 se termine en mai, l’équipe de première division était à l’arrêt pendant deux mois avant de reprendre la compétition et de jouer son maintien en Pro League. De ce fait, les instances du football belge ont décidé de meubler ces deux mois sans compétition en créant les Play-Off 3. Une chance pour la lanterne rouge d’arracher un maintien. Bof comme idée.
Play-Off 2
Comme relaté dans mon explication concernant les PO3, les Play-Off 2, c’est un peu la partie foireuse de la réforme belge (s’il n’y avait que ça de foireux, dans cette réforme…). Les équipes classées de la 7e à la 14e place sont partagées en deux groupes : le groupe A et le groupe B. Le tirage se fait aléatoirement. Contrairement aux Play-Off 1, les compteurs sont remis à zéro. Que vous ayez fini 14e, en arrachant le maintien à la dernière minute de la 30e journée ou que vous soyez 7e, à une petite unité de la sixième place, synonyme de PO1, on s’en balance, tout simplement. Quatre formations composent les deux groupes. Pour le groupe A, celui-ci verra s’affronter Courtrai, La Gantoise, le Lierse et Mons, tandis que le groupe B sera formé de Malines, Louvain, Charleroi et Waasland-Beveren.
Que diable ! A quoi servent les Play-Off 2, dès lors ? Très simple. Les deux vainqueurs de chaque groupes s’affrontent, au terme des PO2, en aller-retour. Le vainqueur de ce magnifique duel s’offre l’opportunité de rencontrer… le quatrième des Play-Off 1 ! Idiot ? Bien entendu. Vous l’avez compris. L’équipe bidon, incapable d’aligner deux succès consécutifs, luttant contre la relégation, mais remportant les Play-Off 2 peut, en cas de victoire sur le quatrième des PO1, en match aller-retour, se retrouver qualifiée pour les tours préliminaires de l’Europa League !
Par ailleurs, rares sont les clubs ambitieux de jouer pour une place européenne. D’une part, les effectifs sont bien trops légers et des équipes du top ayant loupé la phase classique se rattrapent souvent dans ces PO2. De plus, dans cette compétition, beaucoup d’entraîneurs en profitent pour donner du temps de jeu aux jeunes ou encore à d’autres bras cassés. Et derrière ces rencontres d’un niveau pitoyable, dans des stades vides (car pas d’enjeu), les coachs se permettent de déclarer à la presse : « Nous préparons la saison prochaine ». Quel beau spectacle. Bref, pour terminer avec nos petits tableaux, voilà le récapitulatif des PO2.
A l’issue des Play-Off
PO1 :
– 1e : le premier est champion de Belgique et est qualifié pour la Ligue des Champions.
– 2e : le second peut se vanter de participer aux préliminaires de la Ligue des Champions. Cela dit, le second se retrouve souvent en Europa League… La qualification pour les phases de poules sont quasi innaccessibles pour les clubs belges, des nos jours.
– 3e : participation au tour préliminaire de l’Europa League. C’est mieux ça que rien.
– 4e : affronte le vainqueur des PO2. Soit il participe aux préliminaires de l’Europa League, soit il retourne se gratter en attendant la saison prochaine.
PO2 :
– Groupe A – 1er : affronte le vainqueur du groupe B, en match aller-retour. Le vainqueur de cette « finale » affronte le 4e des PO1.
– Groupe B – 1er : affronte le vainqueur du groupe A, en match aller-retour. Le vainqueur de cette « finale » affronte le 4e des PO1.
PO3 :
– 1e : participe au « Tour Final » de Division 2, l’opposant à trois formations de Division 2, dans un mini-championnat de quatre équipes.
– 2e : le vent l’emportera.
Comme vous aurez pu le remarquer, en Belgique, depuis la réforme lors de la saison 2009/2010, la Fédération belge de football apprécie les mini-championnats. Normal, la connerie de réforme est tellement grande qu’on tente de la minimiser. Mais rassurez-vous, depuis quelques temps, l’URBSFA taffe sur une nouvelle réforme du championnat de première division. On parlerait d’un retour à 18 équipes équipes et d’un championnat classique. Quoique, en y réfléchissant bien, les réformes pourraient faire l’objet d’une nouvelle chronique. On y pensera, la prochaine fois.
(1) Bêtise, stupidité. Gustave Faubert définissait, lui-même, la « couillonnade » par la « stupidité ».
(2) Autrefois appellée Jupiler League, la première division belge modifia son nom en Jupiler Pro League, à l’aube de la saison 2008/2009. Sinon, juste pour information la Jupiler est une bière belge.
(3) Union royale belge des sociétés de football association. Un bien long mot pour définir notre fédération de football, notre LFP à nous, dans le Plat Pays.










