Raymond Domenech : l’interview
Mercredi 30 mars 2011. L’entraînement des poussins de l’ACBB, club de Boulogne-Billancourt, vient de prendre fin. Alors que les enfants rentrent au vestiaire, un homme, la cinquantaine grisonnante, reste discuter avec un père attentif. La conversation est musclée. « Hé fils de pute, pourquoi mon gamin a pas joué samedi ?! ». Un autre homme arrive. Il demande au père de se calmer et lui promet que son fils jouera bientôt. Le père part, haranguant sa progéniture au passage « viens Kévin, on va te trouver un club moins con ». La victime remercie son sauveur, apparemment un membre du staff boulonnais.
Ambiance
A vrai dire, je suis venu sans prendre rendez-vous. J’espérais attraper ma cible dans un couloir, lui coller quelques baffes dans un premier temps, puis lui demander une interview. Mais le type est rapide. Le temps de regarder un autre entraînement sur un terrain tout proche, il avait filé, sûrement parti à sa voiture, garée tout près, comme pour fuir les gars de mon genre. Hélas pour lui, j’avais anticipé, à l’instar d’une intervention fulgurante de Sébastien Puygrenier, mais réussie. J’avais crevé un pneu avec ma plume acérée, ou plutôt ma cisaille. Le fuyard se rendit logiquement à son coffre, à la recherche de sa roue de secours. Trop tard, j’avais volé cette roue et je lui lançai à la tête, le ligotant avec la roue, dans une grande imitation des mini-jeux les plus moisis de Mario Party. Bon, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça.
En réalité, je l’avais payé très cher, dépense financée en touchant des commissions sur les transferts d’Arles-Avignon. Qui aurait pu conseiller Charisteas sinon un franco-grec gerrard-boy encore bloqué en 2005, lorsque la Grèce était championne d’Europe et Liverpool vainqueur de la Ligue des Champions ?
Le rendez-vous était à son bureau, quelque part entre l’est et l’ouest de Paris. Le lieu restera secret, pour sa sécurité. Je fus surpris de ne voir aucun poster au mur. Je m’attendais à voir une affiche de Pascal Chimbonda flirtant avec une autre de Bafétimbi Gomis. Rien de tout ça, rien qui affichait une joie à la fin d’un match. Lisant dans mes pensées, Raymond me répondit. « Ma seule victoire, c’est ma fille ». Et un championnat de Divison 2 tout de même.
Je restais silencieux, peut-être intimidé par un homme avec d’aussi gros sourcils. Percevant mon malaise, Raymond tenta de me mettre en confiance. « Asseyez-vous voyons, Robert Duverne n’est pas dans le coin ». Ouf. Ce fut suffisant pour me rassurer, et l’interview put commencer.
Question-réponse
Comment vous occupez-vous depuis que l’équipe de France ne fait plus partie de votre quotidien ?
Je profite beaucoup de ma famille. Je n’ai eu que peu d’occasions de rester avec Victoire et Merlin en étant sélectionneur. Comme vous avez pu le voir, j’entraîne bénévolement les jeunes poussins (7 à 9 ans) de Boulogne-Billancourt. Ils ont beaucoup de talent, et ce club a beaucoup de potentiel, j’espère leur apporter au maximum mon expérience de finaliste de la Coupe du Monde.
Y a-t-il un enfant qui vous rappelle un de vos anciens joueurs ?
Certains oui. Il y en a un qui me rappelle Franck Ribéry, il ne connaît pas encore ses conjugaisons. Un autre est très vulgaire, et me rend nostalgique de Nicolas Anelka. Enfin, un dernier est tout le temps blessé, je salue Patrick Vieira.
On doit souvent vous parler de Knysna. L’hôtel était bien ?
L’hôtel était de très haut standing. Rama Yade avait exagéré, mais sur le fond, elle avait raison. Les buffets à volonté étaient si exceptionnels que certains joueurs se sont laissés aller. Je pense que vous voyez de qui je veux parler. Reste qu’entre nos défaites, pouvoir profiter d’un confort maximal était inestimable. J’imagine que l’équipe italienne devait être très bien logée aussi.
On vous a vu récemment dans une publicité pour Bwin. Dans la vie, vous jouez vraiment au poker ?
Je pense que je l’ai assez montré pendant six ans ! J’ai très souvent joué au poker, particulièrement en juin les années paires. Malheureusement, je ne tirais jamais les bonnes cartes. Je me rappelle être tombé sur une paire de 2 en 2008…terrible, et le bluff n’a pas marché, contrairement à 2006 où avec une paire de vieux, on est allé en finale. Vous voyez, je parle facilement de football !
Les journalistes et consultants vous ont toujours reproché de ne jamais parler tactique. Que leur répondez-vous ?
Que je ne parle jamais tactique avec les polémistes. Ils sont juste là pour faire dans le sensationnel, ils n’ont rien à faire des notions tactiques. Laurent Blanc parle-t-il de tactique aujourd’hui ? Non jamais, parler de permutation entre Ribéry et Malouda, j’appelle ça du bon sens. Malouda qui d’ailleurs, m’accusait, clamant que je le faisais mal jouer…les observateurs s’étaient empressés de taper sur le coach, une fois de plus. Et aujourd’hui, quelle est l’excuse ? Il est allergique aux rayures ?
Vous pouvez me parler de tactique alors ?
Samedi dernier, nous avons joué en 2-3-2. J’aime avoir une base solide, et la présence d’un milieu défensif juste devant les deux libéros est primordiale sur demi-terrain. Les deux autres du milieu jouent en tant qu’offensif, un mène le jeu et l’autre déborde. Devant, les deux attaquants jouent l’un derrière l’autre, Thomas est le pivot et Idir tourne autour. Résultat : victoire 3-0.
Vous avez parlé de rayures tout à l’heure. Que pensez-vous des nouveaux maillots de l’équipe de France ?
Ils sont très beaux. Les couturiers ont fait du joli travail. La marinière sied parfaitement à Thierry Henry. Ce mélange de rouge et de blanc est vraiment réussi.
Pardonnez-moi, mais les rayures sont bleues, et Thierry Henry ne joue plus en équipe de France. Vous avez suivi l’actualité ?
Je suis démasqué. Soyons honnêtes, je ne regarde plus du tout les matchs de l’équipe de France depuis 2006. Le départ de Zizou a vraiment tué cette équipe. J’ai dit 2006 ? Depuis 2010, excusez-moi.
Le portable de Raymond sonna et un sourire s’afficha sur le visage de l’ancien sélectionneur. Il me fit un signe tout en continuant sa conversation apparemment réjouissante. Je devais quitter son bureau. Je partis donc et quelques heures plus tard, j’appris que la FFF versait 30 000 euros à son ex salarié. Une somme qui ne satisfaisait pas Domenech, qui voulait toujours presque 3 millions. Il les emmerdera jusqu’au bout.
N.B : l’auteur précise que tout est inventé, de la description pré-interview aux propos de Raymond Domenech. En espérant ne pas être poursuivi en justice.












