L’hégémonie anglaise en Ligue des Champions n’est pas finie. Si le titre échappe aux pensionnaires de la Premier League depuis deux ans, leur présence dans le top 8 européen reste une habitude. Avec trois clubs qualifiés en quarts cette année, la crainte d’un nouveau face à face Premier League style était justifiée. Crainte, un mot sûrement inadéquat tant ces oppositions ont offert des matchs mémorables.

Memories

Cette domination anglaise est assez récente. Le retour de la formule avec huitièmes de finale, supprimant la deuxième phase de groupes (2003), a coïncidé avec l’émergence du Big Four sur le plan européen. Tandis que la Serie A s’écroulait, la Liga observait la chute du Real et la Bundesliga ne pouvait compter que sur le Bayern. À l’inverse, les clubs anglais progressaient, aidés financièrement par l’arrivée de milliardaires en manque de jouets, russes ou américains. Creusant les dettes évidemment.

Reste que ce virage vers une Europe anglaise a bénéficié au spectacle. Chronologie.

L’édition 2004-2005 n’offre qu’une confrontation 100% anglaise. Chelsea, racheté en juin 2003 par Roman Abramovich, se retrouve en demi-finales. En face, Liverpool, qui avec une bande de joueurs aujourd’hui n’importe où (Baros, Luis Garcia, Kewell, D. Cissé, Djimi Traoré, Smicer, Finnan…dream team), va stopper l’armada londonienne. 0-0 à Stamford Bridge à l’aller, sauvegarde du suspense. La rencontre retour n’offre pas de nombreux buts non plus (peut-être aucun ?) mais un débat qui demeure aujourd’hui ouvert. Le ballon est-il rentré ? Milan Baros et Luis Garcia ont donné leur corps pour inscrire ce but, qui sera finalement validé. Victoire 1-0 des Reds, qui écriront en finale une des plus belles pages de leur histoire. Pour les Blues, c’est le début des désillusions.

En 2007, Reds et Blues se retrouvent à nouveau en demi-finales. Chaque équipe gagne 1-0 à domicile, et les deux ne parviennent pas à se départager en prolongations, allant jusqu’aux tirs au but. Une séance avec un Pepe Reina de gala, qui arrête deux tirs sur trois, pendant que ses copains n’en ratent pas un. L’histoire se répète presque parfaitement, puisque l’autre club en finale est le Milan AC, défait par les Reds en 2005. Presque parfaitement, car les Rossoneri s’imposent 2-1. Et Chelsea s’arrête encore à l’avant-dernière marche, comme en 2004 et en 2005.

En 2008, c’est encore Liverpool qui rencontre ses congénères de Premier League. Arsenal en quarts d’abord. Après un match nul 1-1 à l’Emirates marqué par l’incroyable sauvetage de Bendtner, empêchant son partenaire Fabregas de marquer le 2-1, les deux équipes offrent un match retour inoubliable. Diaby ouvre le score, puis Hyypiä égalise, Torres marque et c’est au tour d’Adebayor d’égaliser, grâce à une course légendaire de Theo Walcott. 2-2 à la 84ème, Arsenal doit tenir dix petites minutes. Les Gunners ne tiendront même pas une seule minute. Sur un penalty litigieux obtenu par Babel (son heure de gloire à Liverpool…), Stevie G marque le 3-2. Le Hollandais intermittent marquera même le 4-2.

http://www.youtube.com/watch?v=aO3xSdqJeRU&feature=related

Liverpool est une fois de plus en demi-finales, et oh ! C’est Chelsea, encore, qui se présente. 1-1 au match aller à Anfield, avec un but contre son camp de Riise à la 94ème minute. Au match retour, Chelsea a faim de vengeance, après deux demi perdues face à ces mêmes Scousers. Si les hommes de Benitez emmènent les Blues jusqu’en prolongations, ils craquent une fois celles-ci commencées. Lampard et Drogba marquent. Le but de Babel à trois minutes de la fin sentait bon le retour miracle, mais les Blues tiennent le coup et se qualifient enfin en finale.

Une finale contre…Manchester United. L’édition 2008 aura été vraiment anglaise. 1-1 à la fin du temps réglementaire, 1-1 à la fin des prolongations. Ces satanés tirs aux buts pour les Blues. Cristiano Ronaldo manque pourtant le sien, et Captain Terry a le penalty du titre. C’est une glissade, et la balle finit sur le poteau. Van der Sar était parti de l’autre côté. La chance a tourné, les Mancuniens réussisent leurs tirs et Van der Sar arrête celui d’Anelka. La pire des désillusions pour les Blues.

La saison 2008-2009 n’est pas avare en duels britanno-britanniques non plus. En quarts, l’éternel Liverpool – Chelsea, qui aura animé l’Europe toute la décennie. Les Reds sont battus sèchement chez eux à l’aller, défaite 3-1, qui sera trop difficile à rattraper. Ce qui n’empêche pas au match retour d’être superbe. Liverpool mène 2-0 après trois minutes, l’exploit n’est pas loin. Les Blues ne sont plus des bleus et renversent la situation 3-2 à la 76ème. Nouveau renversement de situation : les Scousers marquent deux buts, et ont dix minutes pour en marquer un cinquième. Mais comme en 2008, Chelsea tient et Liverpool ne réalise pas l’exploit.

En demi-finales, on assiste à une opposition entre les deux autres clubs du Big Four. Arsenal se déplace à Old Trafford pour le match aller. Défaite 1-0 sur un but de John O’Shea. Mauvais signe. Au retour, les Red Devils humilient leurs adversaires, menant même 3-0. Van Persie sauvera ce qu’il restait d’honneur en inscrivant un penalty. Plus que du match, on se souvient surtout de la déclaration de Patrice Evra : «En général, quand tu gagnes, tu dis que tu as bien joué. Mais ce soir, c’était onze hommes contre onze enfants». Aujourd’hui, Pat’ se bat avec Gaël Clichy pour la place de titulaire en équipe de France. En finale, Sir Alex ne pourra rien face au Barça de Guardiola.

Et cette fois, spectacle ?

Ni Manchester United ni Chelsea ne jouent particulièrement bien. Les Mancuniens continuent de gagner, tout en se reposant sur des exploits individuels (Wayne « Fuck » Rooney ce week-end). En face, les Blues ont peiné face à Stoke et concédé le match nul. La dynamique est pour les Red Devils. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer la faim européenne de Londoniens plus proches du crépuscule de leur carrière que de l’aube. Quid de Lampard et Terry, fantastiques footballeurs depuis des années, mais au palmarès européen vierge ? Et de Drogba, qui avait tant montré sa rage de rater encore sa chance en 2009, en perdant contre Barcelone. Les Blues sont toujours au rendez-vous des grandes dates continentales. Avec un brin d’orgueil et la jeunesse de David Luiz, de Ramires, pourquoi pas s’offrir une ultime chance de décrocher un trophée si convoité par leur président russe ? De là à espérer un réveil de Torres dans une compétition qu’il apprécie…

Cette revanche de la finale de 2008 ne devrait pas atteindre les sommets du spectaculaire. Les deux équipes ne sont pas connues pour la beauté de leur football, en tout cas pas cette année. Cependant, cette rencontre pourrait donner des indications sur la capacité des Mancuniens à élever leur niveau de jeu. Cette saison, on les a souvent décrits comme vainqueurs sereins, ne donnant que le minimum, le nécessaire pour gagner. La victoire 2-1 contre Marseille est un modèle du genre. Menés par les petits clubs, ils sont très souvent revenus au score, parvenant même à l’emporter. Mais face aux plus costauds, comme Liverpool ou Chelsea, ils n’ont pas su le faire. Arsène Wenger, qui croit toujours au titre pour Arsenal, ne devrait pas rater cette rencontre…

Laisser un commentaire