Ça joue des coudes qu'on vous dit !

First steps in England

Je peux m’avancer sans trop me mouiller : David Luiz sera un grand défenseur. Un peu à l’image des « classiques instantanés » du cinéma, il suffit de voir quelques matchs du concerné pour comprendre qu’il est atypique. Grande tige à la l’épaisse coiffure bouclée, il ne passe pas réellement inaperçu. Arrivé dans la capitale anglaise le 30 janvier en provenance du Benfica, pour 25 millions d’euros, le Brésilien a foulé les vertes pelouses d’Albion avec une défaite, contre Liverpool, en remplaçant Bosingwa. Puis, enfin, il devient titulaire, à Fulham, le 14 février dernier. Même s’il provoque un penalty en toute fin de match (miraculeusement sauvé par Cech), il est nommé Man of the Match. Bingo !

 

Encore plus fort, contre Manchester United, il crève les yeux. Et joue des coudes. Auteur d’un match complet, buteur et au coeur des colères de Ferguson, l’ex-lisboète fait parler de lui. Même s’il n’est guère impressionnant physiquement, il est bon de savoir que le joueur est un fervent judoka, en atteste ses nombreuses fautes contre les Red Devils. Tenace au marquage, brutal dans ses interventions, dur sur l’homme. Un défenseur rugueux, voilà ce qu’est Luiz. Seulement, son apport sur le terrain n’est pas uniquement défensif. Brésilien qu’il est, il flambe balle au pied et n’hésite pas à remonter le terrain, quitte à lâcher ses partenaires en défense. D’où la nécessité de le faire évoluer aux côtés d’un patron (John Terry est parfaitement bien placé pour). Grosso modo, il est un mélange entre Carles Puyol (les cheveux, sans doute) et Gerard Pique (l’apport offensif) avec une tendance à très vite déséquilibrer son équipe lorsqu’il lui arrive de monter au front.

De surcroît, la tête d’ange s’adapte vite et a un coeur gros comme ça. En témoigne Ramires, transféré également du Benfica en août dernier :

 

Tout le monde au Benfica l’aimait, pas seulement pour ses qualités sur le terrain. Il aime aider ses coéquipiers et j’ai été un des premiers à bénéficier de sa générosité. Il a tout pour réussir à chelsea. Il a un gros coeur, il est sympa et c’est un joueur que l’on apprécie regarder évoluer sur une pelouse.

 

Affreux sur le terrain avec ses adversaires, sympa en dehors avec ses coéquipiers, bref, David Luiz est le défenseur-type pour jouer à Chelsea. Alors si en plus il pouvait éviter d’emmener des armes à l’entraînement, ce sera parfait.

An history of violence… Ou pas

Comme toute coqueluche brésilienne, David Luiz a la sienne. Il y a 10 ans, le rachitique gamin de 13 ans se fait virer du Sao Paulo FC. Trop maigre, pas assez musclé, une brindille quoi. Qu’importe, le Vitoria EC l’enrôle, mais fait reculer ce jeune milieu défensif d’un rang. Désormais au coeur de la défense, il jouera son tout premier match officiel en 2006 contre Santa Cruz, et malgré le résultat nul (2-2), il aura fait impression auprès du public et de son coach, Ilderico Dias Peixoto. D’ailleurs, celui-ci en dit le plus grand bien.

 

J’ai essayé de croire en lui. Ils [les dirigeants de Sao Paulo puis de Vitoria] l’ont déjà viré deux fois. La deuxième fois, il m’a appelé en pleurant. J’ai alors convaincu l’entraîneur des jeunes de l’intégrer à son groupe. Puis je lui ai expliqué comment jouer en défense, comment récupérer le ballon, comment se positionner, ne jamais se laisser guider par ses émotions mais de travailler durement. Avec son intelligence et ses grandes qualités, il a élevé son niveau de jeu et est devenu régulier. Je suis désormais très fier de lui aujourd’hui.

 

Après sa toute première saison, 2006-2007, il obtient son billet de sortie, les sirènes de Benfica lui tapant dans l’oeil. Les lisboètes cherchaient un remplaçant à Ricardo Rocha et la latin touch qui sévit dans la péninsule ibérique font que David Luiz est le candidat idéal pour ce poste. Arrivé en Europe, le gamin commence à se muscler. Il passe d’un club en troisième division brésilienne à la Superliga. Et pourtant, il deviendra un maillon essentiel des Aguias, croisant même la route du Paris Saint Germain en Coupe de l’UEFA. Quelques blessures viendront enrayer sa courbe de progression et il ne se réimposera dans le 11 type qu’en 2009.

C’est d’ailleurs durant cette saison où Quique Sanchez Flores le teste en tant que défenseur latéral gauche. Baptême du feu réussi, il dégoûte les attaquants de prestige en UEFA et couvre très bien ses arrières. Il sera alors nommé « Meilleur joueur du championnat portugais 2009-2010″. Malgré l’effervescence des gros clubs européens, suintant pétro-dollars et déficit budgétaire, il jouera une ultime demi-saison où, sans Luisao crevé du Mondial, il flottera dans son costume de patron de la défense. L’exemple est frappant, le Brésilien doit être associé à un roc s’il veut briller. Après avoir disputé 84 matchs sous les couleurs du Benfica, il s’envole pour l’Angleterre.

Puis la suite on la connaît. Aujourd’hui, avec le recul, il réalise :

 

Quand j’avais 14 ans, j’ai du faire un choix, et je suis parti du cocon familial, à plus de 40 heures de route de chez moi, lorsque j’ai signé pour mon premier club professionnel, Vitoria. je savais que je pouvais changer le quotidien de ma famille et donner à mes parents la vie qu’ils désiraient. J’ai eu ce rêve et il est toujours présent, bien ancré dans mon esprit. Je savais que ça allait être dur et j’ai du me focaliser sur moi et mes efforts pour prendre les bons chemins. Au début, à Vitoria, j’ai eu des difficultés pour m’adapter et j’avais du mal à m’imaginer footballeur professionnel. Il y a quelques personnes qui n’aimaient pas vraiment mon travail mais j’ai pris les jours comme ils venaient pour m’améliorer, pour faire de moi le joueur que je voulais être.

 

Ça fait rêver non ? Toujours est-il qu’il débarque chez le champion sortant, et qu’avec lui, il emmène un vent de fraîcheur sur une équipe vieillissante, qui commence à rouiller lentement.  Une chose est sûre, Florent Malouda, jaloux de la tignasse de son nouveau pote, en a rasé ses dreads.

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