Pour les buteurs fantasques, habituels ou occasionnels, la célébration de but reste un moment à part. Certains se concertent, y réfléchissent avant le match, d’autres agissent sur le fait, souvent surpris. Attaquants, milieux de terrain, défenseurs, personne ne peut rester insensible à l’émotion que procure le but (à part si on s’appelle Mario B.). Explosions de joie, rituels, danses, mises en scène, de Batistuta à Maoulida en passant par d’obscurs Islandais, vous allez bientôt tout savoir sur la célébration de but. Aujourd’hui est publié le Tome 1, de la lettre « A » à la lettre « E ».

Aigle des Açores : instaurée par le grand Pauleta, Bordelais puis Parisien, cette célébration est l’une des plus mythique et symbolique de Ligue 1. L’attaquant portugais mime l’envol de l’Aigle, emblème de son archipel natal : les Açores. Pedro Miguel a ainsi rendu hommage à sa patrie deux cents fois en France en effectuant ce geste, aussi beau et fin qu’un de ses buts. Cette célébration a pris une toute autre dimension puisqu’elle est devenue le surnom du lusitanien. Appelez-le Pedro Miguel Pauleta, l’Aigle des Açores. Depuis, d’autres attaquants ont volé ce geste, tel que Kevin Gameiro, attaquant, Parisien, Portugais. Mais nettement moins prolifique.

Alliance : « Bague de métal précieux portée en France à l’annulaire gauche par les personnes mariées. »

Un marié espagnol, droit et fidèle (comme tout bel homme), bien connu, donne une autre signification de son alliance. En tout cas, une autre dimension. En effet, le buteur Raúl Gonzalez Blanco embrasse son annulaire droit (en Espagne, la bague se met de ce côté) en signe d’amour pour son épouse Mamen, ancienne mannequin. « Allez viens, j’t'Mamen au vent, je t’Mamen au dessus des gens, et je voudrais que tu te rappelles, notre amour est éternel et pas artificiel », semble-t-il vouloir lui faire comprendre. Le meilleur buteur de l’histoire des Coupes d’Europe effectue ce petit rituel depuis 1999, année de son mariage. Selon mes calculs hautement scientifiques, la distance alliance-bouche a été exécutée environ 284 fois, soit autant que le nombre de ses buts depuis 1999. Son bras a donc quasiment parcouru 2 kilomètres 750. Raul, c’est pas un manchot. Dans tous les sens du terme.

Mais l’alliance peut avoir un tout autre rôle dans une célébration de but. Totalement différent, mais extrêmement drôle. Enfin pas pour l’intéressé. En effet, Paulo Diogo a eu la douloureuse expérience de perdre un bout de doigt en fêtant son but. Ce con là est resté accroché au grillage séparant les supporters du Servette Genève du terrain. C’est en voulant extirper son doigt coincé au grillage à cause de son alliance qu’il a tout simplement perdu sa dernière phalange. Le comble dans tout cela, c’est que le joueur a écopé d’un carton jaune pour gain de temps, alors que celui-ci cherchait désespérément son bout de doigt. Encore un qui regrette de s’être marié. Paulo Diogo, ex-Grenoblois est aujourd’hui manchot du doigt, pas comme Raul quoi.

L’ancienne star sud-coréenne, Ahn Jung Hwan, était lui aussi reconnu pour embrasser son alliance après chacun de ses buts. Ce n’est pas pour rien qu’il était surnommé « le seigneur de l’anneau ». Comme un symbole.

Bandelettes : non, je ne vais pas vous conter l’histoire des momies en Égypte ancienne. Mais bien de Toifilou Maoulida, l’homme aux bandelettes. Cachées dans ses chaussettes, l’attaquant mahorais les dégaine à peine le ballon au fond des filets. Ces bandelettes contiennent des messages de soutien, d’hommages, de félicitations à ses coéquipiers, amis, proches, entraîneurs, dirigeants. Écrits en majuscule sur des bandes d’élasto, ces messages font de l’attaquant un personnage hors du commun, à part, mais surtout attachant. De nombreuses anecdotes persistent autour de ses bandelettes. Mamadou Niang, ce grand blagueur, aurait ainsi demandé à son coéquipier de faire une annonce pour vendre sa voiture via une de ces fameuses bandelettes. Retrouvez les photos de la plupart de ces bandes ici.

Bébé : qui ne se souvient pas de Bebeto qui mime le geste du bercement d’un bébé après son but en quart de finale de la Coupe du Monde 1994 contre les Pays-Bas ? Personne. Moment inoubliable pour tous les détenteurs de la cassette vidéo « Les plus beaux buts de la Coupe du Monde USA 1994″, cette célébration restera dans les annales footballistiques. Le joueur aux faux airs de Patrick Duffy fut le premier à célébrer un but de cette façon. Il a ainsi voulu rendre hommage à son troisième enfant, né quelques jours auparavant. Mazinho et Romario le rejoindront et l’imiteront. Depuis ce soir d’été américain, nombreux sont ceux à avoir reproduit ce geste devenu commun pour fêter les nouveaux-nés. Véronique Courjault a elle-même repris ce geste, mais pour balancer ces bébés dans le congélo.

Chenille :

« Pose les deux pieds en canard

C’est la chenille qui se prépare

En voitur’ les voyageurs

La chenill’ part toujours à l’heure

Accroch’ tes mains à ma taille

Pour pas que la chenill’ déraille

Tout ira bien et si tu veux

Prie la chenill’ et le bon Dieu ».

Cette chanson de la Bande à Basile, tout le monde la connaît et l’on pourrait croire que c’est grâce à elle que le FC Metz de la grande époque (fin des années 90) imitait la chenille après des buts marqués. Et bien pas du tout. En effet, c’est le Brésilien Magalhaes Isaias qui a « inventé » cette célébration de but. Cette chenille consistait à une suite de joueurs, qui, à genoux, se tenaient les chevilles et avançaient vers le but. On se souvient tous de Robert Pirès effectuant ces gestes, avec un grand sourire. C’était l’époque où Metz était dans les premiers de D1, c’était l’époque où Isaias était vu comme un futur grand. Aujourd’hui, Metz se morfond en Ligue 2 et Isaias joue en Promotion D belge après être passé par Gaziantepsor, Mouscron, Saint-Trond, Lausanne, Liège, Battice, Dessel, et d’autres obscurs clubs d’Outre-Quiévrain. La chenille a fait son retour le 27 avril 2007, suite à la montée du club en Ligue 1. Mythique.

Une autre chenille est mythique, mais pour tout autre chose : pour sa touche d’analité. C’est la chenille lilloise connue pour le doigt d’Hazard dans le cul de Sow. Il y aurait mis le pied que ça aurait fait un foot-fucking.

Colombe : cette célébration, les pouces croisés devant le torse, les doigts remuant, est la marque de fabrique de Nicolas Anelka. Pourquoi ça ? Signe de la paix intérieure qui l’habite ? Symbole de sa virginité mentale (oui Anelka n’a jamais tapé dans le fond de son cerveau) ? Représentation du sentiment de liberté ? Allégorie de son amour pour les supporters ? Que nenni. Anelka s’en branle de tout ça. Lui, ce qui l’intéresse, c’est le biff.

Cojones : Lisandro en a des grosses. Comme tout Argentin qui se respecte. Et il le montre. Ainsi, après son but décisif contre Evian Thonon-Gaillard, Licha soupèse ses boules imaginaires devant le public. Revenu d’une longue période d’indisponibilité, il montre avec ce geste qu’il est de retour. Rocco Siffredi peut aller se coucher.

Danse : spécialité des Africains ou des Sud-Américains, la danse traverse les époques. Et le précurseur de celle-ci n’est autre que le Camerounais Roger Milla avec sa Makossa, danse qu’il effectuera autour du poteau de corner. Manu Dibango est d’ailleurs l’ambassadeur de cette danse qui est aussi un style musical. Depuis, la makossa a laissé place à la samba brésilienne, à la diski dance sud-africaine, au Zouglou et au coupé-décalé ivoirien. C’est bien la preuve que les blancs ne savent pas danser.

Démaraboutage : vous savez, c’est ce geste qui consiste à se frotter le corps, spécialement les bras, afin de faire partir les mauvais esprits, après une longue période de disette. Spécialité des attaquants maladroits, qui marquent un but tous les 34 du mois, ou qui sont plus souvent blessés qu’un soldat en Afghanistan. Aruna Dindane est un de ces plus fidèles représentants. Et si comme David Gigliotti et Sébastien Grax vous n’êtes pas capables de marquer pour vous démarabouter, faîtes appel à un démagnétiseur, ou à Amidou Traoré fils.

Doigt : après le bercement du bébé de Bebeto en 1994, une autre célébration de but restera comme l’image forte d’une Coupe du Monde. Il s’agit bien sûr de celle de Lilian Thuram en 1998 en demi-finale contre la Croatie. Lui, le latéral droit qui n’avait jamais marqué en sélection le fit par deux fois dans ce match d’anthologie, propulsant la France en finale. Surpris par son doublé, le Français s’assit, l’index sur la bouche, pour un moment de recueillement. Sous le choc, ne comprenant pas ce qui lui arrive, il prend une espèce de position de philosophe qui lui sied bien. Lorsqu’il mourra d’une crise cardiaque, on aura tous cette image en tête du Malcolm X du foot français. Frissonnez :

Enlever son maillot : ou la célébration de but la plus conne, puisqu’elle vous coûte un carton jaune. Et ça, beaucoup de joueurs ne l’ont pas compris, Marouane Chamakh en chef de fil. Beaucoup sont les cons (ou footballeurs, ce sont deux synonymes) qui, sous l’euphorie que provoque un but, ôtent leur maillot, oubliant qu’ils ont auparavant reçu un carton jaune pour une faute. Mais cette règle est assez récente et le plus bel exemple « enlevage de maillot » pour nous humbles français, est à mettre à l’actif de David Trézéguet lors de son but en or en finale de l’Euro 2000. La rage, la joie, les pleurs, le bonheur. Toutes ces émotions réunies en un seul geste. C’était beau putain.

A la semaine prochaine pour la suite des aventures des buteurs qu’on aime tant détester.

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4 réponses

  1. deux pieds décollés dit :

    Sera-t-il question de cette célébration-là dans le prochain épisode? http://www.deuxpiedsdecolles.com/article-la-celebration-des-buts-55439694.html

  2. Le comité de vigilance médiatique du 8 février | Horsjeu.net dit :

    [...] Il insiste pour qu’on mette son lien, et comme il est corse et qu’un gros membre lit L’Espion du Président, on voudrait pas le fâcher. [...]

  3. [...] Islandais, vous allez bientôt tout savoir sur la célébration de but. Après le succès du premier et du second épisode, voici l’ultime, le dernier, le tome suprême, le tome 3 allant de la [...]

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