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Noël et ses fêtes de fin d’année. Quelle meilleure période pour parler argent sans prise de tête ? Marrant, c’est également après ta première cuite de l’année et t’être vidé le porte-monnaie durant 2 semaines que les clubs français sont autorisés à ouvrir le mercato d’hiver. Comme un symbole de décalage.

Supporters parisiens, espèce menacée

We wish you a merry Christmas

Alors que les plans  de rigueur s’enchaînent à tout va en Europe, son football n’a pas l’air, en apparence, de trop souffrir économiquement. Les meilleurs joueurs gagnent toujours plus (ce diable de Rooney triple son salaire en trois ans), mais la tendance est au ralentissement de ces augmentations. En parallèle, les petits clubs professionnels  grecs, espagnols ou portugais galèrent à payer tout leur effectif, à tel point qu’un fond de garantie salariale a été débloqué pour la ligue lusitanienne. Des pays figurant parmi les plus durement touché par la crise économique. Tout sauf un hasard.

Si les effets ne sont visibles que depuis le court-terme, c’est parce que le football est touché par ricochet par la crise. Il forme une bulle à part qui a pu vivre en autarcie quelques années après la crise financière de 2007, sans trop de difficulté. Normal, l’économie du football est celle du divertissement et est  alimentée de trois manières différentes. Dans un ordre de grandeur économique on retrouve :

– L’investissement privé : cet argent provient du travail d’un actionnaire. Difficile d’évaluer s’il peut-être troublé par la crise économique, tout dépend de l’origine du secteur où ce financement a été produit. Si le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, propriétaire du Paris Saint-Germain, fait le beau temps dans la capitale française, la météo est plus chaotique à Malaga, où le cheikh Abdullah Bin Nasser al-Thani peine à payer à temps ses joueurs, la plupart étant d’anciennes gloires qui n’ont pas su exploser au bon moment, réclamant donc un gros cachet… Cette forme d’investissement est versatile et dépend essentiellement de l’organigramme de chaque club, de la formation de son conseil d’administration et de ses arrivées d’argent. Le flux financier émanant de cette porte d’entrée peut-être très facilement tarissable tout comme intouchable.

– Les droits télévisuels : l’argent le plus « sûr », celui que tous les clubs professionnels toucheront (du moins en France). Pas forcément toujours juste, la redistribution des droits télé assure aux clubs une bonne partie de leur budget, parfois même plus de la majorité pour les clubs les moins huppés : Brest touchait 16 millions de droits télévisuels en 2011 et son budget pour la saison 2012-2013 s’élevait à 27 millions de pièces d’or. Le schéma s’applique également pour Lorient, Nice, Toulouse…

– Le supporter : la base de tout club. Et c’est pourtant ce maillon qui est de plus en plus maltraité, dont l’amour du maillot est délaissé pour un public sélectionné et cliniquement irréprochable. C’est le supporter qui consomme les produits dérivés de son club, c’est le supporter qui paye sa place tous les week-end pour aller au stade. Mais le supporter n’est pas qu’une donnée économique, c’est aussi lui qui participe à l’image du club, c’est lui qui contribue à l’atmosphère d’une enceinte, c’est lui qui a la passion. C’est lui, la vie d’un club.

L’illogique raison

Football champagne, football spectacle… qu’importe le terme sélectionné, il répond à une observation évidente : il n’est plus qu’un sport, il est un produit médiatique. Sport roi en Europe, il suit une logique aveugle et jusque là sans alternative dans le système actuel. Pour rechercher la performance, il faut avoir les moyens d’être compétitif. Pour être compétitif, il faut avoir les armes adéquates pour prendre l’avantage sur ses adversaires. Pour être plus fort que ses adversaires, il faut acheter des joueurs, des entraîneurs et un staff expérimentés. Pour acheter ces éléments il faut de l’argent, et pour avoir de l’argent… il faut être le plus exposé possible. Et ensuite ? Réussir à rester le plus longtemps possible sur l’écran LCD du salon familial et son décodeur Canal + et/ou son abonnement Be In Sport. Tenir le plus longtemps en haut de l’affiche pour réussir à vivre de cette manne, et amortir ses coûts. Un système vicieux où les plus grands clubs européens sont les plus endettés du monde…

Mais pire encore, ce système est devenu aveugle et se prive de sa denrée la plus essentielle : les fans. Le prix des places augmente lorsque le succès est au rendez-vous, les produits dérivés sont hors de prix, l’acquisition d’un simple maillot (une réplique !) revient à un véritable investissement. Parmi les trois points cités précédemment, c’est bel et bien le supporter qui est le plus durement touché par la crise économique, qui est pressé désormais par son club qu’il supporte…

Le supporter est mort, vive le supporter

Plus troublant, la dératisation dont sont victimes les Ultras en France. Fin septembre, un supporter montpelliérain est victime d’une énorme bavure des CRS présents au stade. Nous avions fait écho à la réaction spontanée des témoins de l’incident sur notre page Facebook. L’affaire est étouffée par les CRS, les médias n’en parlent pas. Face à cette passivité ambiante, tous les Ultras de France manifestent en l’honneur de Casti, le supporter qui a perdu l’usage de son oeil sans raison aucune, tout en demandant « plus de liberté » pour leurs groupes dans les stades.

Parce que oui, les Ultras portent le chapeau pour tous les incidents qui peuvent arriver dans et en dehors d’un stade. Les médias ont cristallisé les maux des tribunes dans les Ultras, qui ne sont pourtant, stricto sensu, que des supporters actifs. Wikipedia nous éclaire d’avantage sur le sujet.

Les ultras forment une catégorie particulière des supporteurs assistant aux compétitions sportives, dont le but est de soutenir de manière fanatique son équipe (ou son sportif) de prédilection. Ce type de supporters se retrouve surtout dans le monde du football, mais existe également de manière plus réduite en basket-ball, en handball, en hockey sur glace ou encore en rugby. Sébastien Louis définit les ultras comme étant les « jeunes supporters italiens qui s’organisent au sein d’associations pour soutenir activement les équipes de football à partir de la fin des années 60. Ils encouragent les leurs au moyen de slogans et d’animations visuelles »

Les Ultras, une espèce menacée, non protégée… et bientôt disparue ? Le plan Leproux a dissout dès 2010 les groupes de supporters préexistants au Parc des Princes et distribué chaque place dans l’enceinte de manière aléatoire, évitant ainsi toute réunification dans une même tribune. Et si le boycott a été un temps au goût du jour pour les « parias » du Parc, faute est de constater qu’il est plein tous les week-end, avec ou sans eux.

Cette tendance à rendre les enceintes « propres » a trouvé refuge en Allemagne, où la ligue a réussi à faire valider par la majorité des clubs son projet sécuritaire. Bientôt que des Parcs des Princes dans toute l’Europe ? Sûrement, le football devient un produit dans lequel les fans ne peuvent plus que regarder son reflet. Et c’est tout à fait normal dans la logique de profit dans laquelle il s’inscrit : moins d’incidents en tribune c’est une image plus sûre et rassurante dans les médias, donc positive, sans point noir et donc susceptible d’attirer davantage de monde.

Jusqu’où iras-tu, football ?

Il y a un besoin de contrôle du football pour lui façonner une image qui sied aux investisseurs, qui permet de lui injecter de l’argent en toute sécurité pour produire du spectacle. Mais jusqu’où ? Les supporters ne sont plus dupes et sont sceptiques, voire négationnistes, à chaque intervention des dirigeants français, comme en témoigne les réactions qu’a suscité la réponse de Frédéric Thiriez à notre lettre ouverte.

Pourquoi, toi, football, toi qui es tant aimé, tu ne luttes pas contre cette injustice ? Pourquoi, football, tu te sépares petit à petit de tes amoureux ? Pourquoi, football, es-tu devenu domestiqué et dressé pour faire fuir tes fanatiques ? Parce que tu as changé, football, et que ce n’est pas ta faute. Football, tu as changé en 1998, tu es rentré dans une autre dimension, qui s’est accompagnée par une montée en puissance des projecteurs sur ta verte pelouse. Parce que désormais, tu es dépendant de la télévision et de l’image qu’elle donne de toi. Parce que ceux qui dirigent ne peuvent plus se permettre de ternir leur réputation en rompant le très fin équilibre entre médias et manne financière.

Le football est dans un circuit idiot et débile, bientôt il en sortira. D’une manière ou d’une autre. Michel Platini a lancé le premier pavé dans la mare avec le fair-play financier. Un deuxième avec l’Euro 2020 délocalisé dans toute l’Europe, pour diminuer les coûts des organisateurs. Mais dans quel état de santé se trouvera l’économie européenne dans 7 ans ? Si le football connaîtra sa crise économique dans les temps à venir, sa crise sociale, il l’a connaîtra en même temps que toute l’Europe sombrera dedans.

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