Incroyable, mais joyeusement vrai. Frédéric Thiriez, grand patron de la Ligue de Football Professionnel, nous transmet sa réponse à la suite de la publication de la lettre ouverte de Jéjé la main froide. Le mystère traîne toujours autour de l’identité de cet étrange « supporter stéphanois », des mots de Frédie la moustache (pourtant jamais précisé dans le texte). Sans plus attendre, nous transmettons son droit de réponse.
Cher Jéjé,
Je n’ai pas l’habitude de répondre aux lettres ouvertes, car, comme leur nom l’indique, elles ne s’adressent pas à leur destinataire mais visent plutôt à faire parler de leur expéditeur. Je ferai une exception pour toi car tes propos, non dénués d’humour au demeurant, sont assez représentatifs d’un courant de pensée familier chez certains supporters.
Avant tout, sois parfaitement à l’aise. C’est ton droit de ne pas m’aimer ! Mieux, dans une culture du supporterisme construite sur le refus de l’autorité, c’est ton devoir ! De mon côté, je suis parfaitement à l’aise pour te dire ce qui nous sépare.
L’argent de la télévision, tout d’abord, avec lequel tu sembles avoir un problème. C’était mieux avant, c’est ça ? Quand il y avait moins d’argent, que des joueurs à peine payés rivalisaient pour la beauté du geste devant des spectateurs piqueniquant au bord de la pelouse ?
Nous n’étions nés ni l’un ni l’autre mais voici ce qu’écrivait le journaliste Pierre Ducasse dans la revue « Le Ballon Rond », datée du 22 janvier 1921 :
« Comme il est pénible de constater la crise que traverse le sport actuellement. Où est-il cet heureux temps de jadis ou seuls trois ou quatre clubs de football jouaient sur des terrains à peine tracés ? Il n’y avait pas de public, pas de recette. Lorsque les clubs ont commencé à faire de l’argent, les joueurs se sont montrés plus exigeants. Les dirigeants ont cédé pour les garder. Maintenant, on ne joue plus que par intérêt. »C’était il y a près d’un siècle ! Cette profession de foi illustre bien l’idée qui accompagne en permanence le développement du football, et qui semble être la tienne aujourd’hui, cette idée selon laquelle « c’était mieux avant ! » Finalement, en football, l’âge d’or serait toujours celui qui a précédé !
Nostalgie, quand tu nous tiens ! Mais le monde a changé, Jéjé. Le football professionnel est devenu une activité économique à part entière, faisant partie de l’industrie du spectacle. C’est ainsi. Et le rôle de la LFP, que tu le veuilles ou non, est d’apporter aux clubs les moyens financiers nécessaires pour offrir au public un beau spectacle en championnat et tenir tête en Coupes d’Europe. Ces moyens viennent principalement des télévisions, et plus particulièrement des télévisions payantes que tu cibles. Tout simplement parce qu’aucune chaîne en clair n’a les moyens d’acheter 380 matches en se finançant par la publicité. Il en va ainsi dans tous les pays d’Europe.
Tu ironises sur le Qatar ? Sache que sans eux, les droits télévisés, qui représentent 57 % des ressources des clubs – et notamment du tien- auraient baissé de 660 à 420 M€, du fait du retrait d’Orange de la télévision et de la baisse de la contribution de Canal +. Ton club, Saint-Etienne, comme d’autres, aurait pu déposer le bilan.
Les fumigènes et les sanctions, ensuite. Oui, la Commission de discipline de la Ligue a pris des sanctions. Ce n’est pas au connaisseur que tu es que j’apprendrai que cette commission est, de par la loi, indépendante des dirigeants de la LFP. Sa décision est susceptible d’appel devant une commission, elle aussi indépendante, à la FFF. Le club ayant fait appel, je m’abstiendrai de tout commentaire sur l’affaire, par respect pour nos « juges » sportifs.
Pour autant, j’assume complètement la politique de fermeté de la Ligue en matière de sécurité dans les stades. J’en revendique même la paternité. Quoique l’on dise, les engins « pyrotékeniques », comme tu dis, sont dangereux, sous leur aspect ludique. Faut-il te rappeler les doigts arrachés du jeune sapeur-pompier à Nice, Anthony Roko, en octobre 2009 ? Faut-il un mort pour que nos apprentis artificiers comprennent qu’il y a d’autres moyens de faire la fête dans un stade que d’allumer des fumigènes, des fusées ou des pétards ? Tu accuses la LFP de « bêtise » car elle punit les supporters, alors qu’il suffirait de sanctionner le club financièrement… Bon sang, mais c’est bien sûr !
Tu ignores sans doute que ton club détient cette année le record de France des amendes pour fumigènes avec 82.000 € à ce jour… Il faut croire que cela n’a pas beaucoup d’effet, puisqu’il est aussi premier au classement des incidents, avec à lui seul 25 % du nombre d’engins allumés… C’est visiblement pour cela que la Commission de discipline en est réduite à prendre des mesures plus contraignantes !
Voilà, il y aurait encore beaucoup à dire. Une prochaine fois, peut-être ?
Amitiés sportives,
Frédéric THIRIEZPS : Je ne bois pas de Moët et Chandon, mais plutôt du coca.
> Le document original est disponible ici ou là.
Pour les paranos qui pourraient penser que tout ceci n’est qu’une blague cliquez ici, mais pas là.
Parce qu’il fallait qu’on clarifie deux trois trucs
Que ce soit Moët&Chandon ou Coca, une chose est sûre, Sir Thiriez aime les bulles. Et plus particulièrement la sienne. Alors que la lettre faisait surtout l’apologie du supporter lambda et non-pyromane qui sera condamné à rester chez lui faute de pouvoir encourager son équipe dans un sprint final au combien important pour le club, Monsieur le Président de la Ligue de Football Professionnel a préféré botter en touche le réel problème et se concentrer sur les millions d’euros que brasse le football français.
Le football n’était pas forcément mieux avant, mais il était différent, ça c’est sûr. Évidemment, pour tenter, nous disons bien « tenter », de suivre le rythme des championnats étrangers, vous avez été accueilli avec joie les financements qataris. On ne vous le reprocherait pas si votre politique d’expansion et de promotion de la Ligue 1 était cohérente.
En grand amateur de football que vous êtes, nous ne vous apprendrons rien en disant que l’argent ne fait pas tout. Que ce soit à la tête d’une fédération, d’un club ou même d’une baraque à frites devant Bollaert. Même si les moyens sont bien présents, ils ne peuvent faire de miracles sans cette chose appelée passion. Une chose qui ne s’achète pas et que l’on n’obtient pas du jour au lendemain. Une chose qui se construit selon nos choix, idées et comportement. Oui, la Ligue 1 avait besoin d’argent, et c’est pour cela que l’offre qatarienne vous a séduite. Le problème c’est que vous en avez oublié le reste, peut-être le plus important, qui sait ? Vous n’avez misé que sur un seul et unique cheval tout en négligeant les autres. Aujourd’hui, suite aux sanctions qui sont en passe d’être infligées à l’AS Saint-Etienne, les instances ont décidé de tourner le dos à cette passion représentée par l’honnête supporter et refusent de se remettre en question. Va-t-on avoir droit à vingt Parc des Princes en Ligue 1 ? Un stade autrefois connu pour sa ferveur, son ambiance exceptionnelle, et aujourd’hui jardin préféré de spectateurs insatisfaits.Les amoureux du foot ne se rendront pas éternellement dans des enceintes silencieuses où les prix ne cessent d’augmenter.
A la lecture de votre réponse, que nous saluons dans la forme mais pas spécialement dans le fond, nous avons été stupéfaits par votre obsession monétaire conjuguée à votre quasi-absence d’avis sur le réel problème qu’est la sécurité dans les stades, dont vous revendiquez la paternité. Pardonnez-nous d’avance pour ces mots, mais vous êtes un bien mauvais père! C’est à vous, responsables du foot français de prévenir l’entrée dans les stades de ces engins pyrotékeniques-taketiques (l’humour c’est pas votre truc non plus, n’est-ce pas?).
En médecine lorsqu’un mal est récurrent, on crée des vaccins. On essaye du moins. On ne se contente pas de laisser crever ses patients dans un coin. Faites quelque chose ! Faites quelque chose pour que ces énergumènes ne puissent entrer dans les enceintes sportives avec des objets dangereux ! Car si vous restez les bras croisés derrière votre bureau, il y a bien des risques qu’un jour, un deuxième Anthony Roko soit victime de ces énergumènes. Combattez le problème à sa racine, resserrez la vis au sein des milliers de clubs français. Il est important qu’aujourd’hui la sécurité à l’entrée des stades soit renforcée pour ne pas pénaliser ceux qui aiment réellement le football.
Merci pour ces joutes verbales, et santé, au Light, bien sûr. Pour le « à bientôt » ça ne dépend que de vous… On pourrait se rencontrer à New York à l’occasion de la finale du Trophée des Champions, autour d’un soda et de quelques canapés pour nous convaincre en face-à-face, si vous avez la bonté de nous inviter !
PS : on est huit et aucun n’est supporter de l’ASSE, au cas-où.






