Je suis Eddy Fleck, personnage de 49 ans, ultra-reconnu dans le monde du football.
Je suis là pour vous faire vivre le côté caché des clubs de football.
Sans aucune mythomanie.

Comme une douleur indescriptible. Mardi, je matte le programme télé dans les toilettes en dessinant un zizi sur la joue de Loana, présente en première de couverture. L’entrée des Trappistes, le film avec Debbouze, Anelka, et Omar squatte ce soir là le prime-time de la chaîne cryptée. Je dépose le bilan, marmonne dans ma barbe de 73 jours. Pourquoi ne m’ont-ils pas invité à participer à cette petite sauterie télévisuelle ? J’ai eu ma première chaussure en CM1, ma deuxième en 3e.  J’ai refait 8 fois mon CP, 120 fois ma garde à vue et ma femme s’appelle Derrick. Les Trappistes m’avaient oublié, mais ils le regretteront. Un billet pour Shanghai plus tard, je suis bien décidé à mettre les choses au point avec Nico. My focking “nems” is Fleck. Eddy Fleck.

J’avais trouvé un vol à 206€ pour traverser les 9260 kilomètres. La compagnie « Sitatteritasvraimentdlachatte » proposait le prix le moins cher du marché. Les sièges étaient en bois, la ceinture de sécurité confectionnée avec un fil et du scotch. Au bout de quelques heures, l’avion s’est immobilisé dans les airs. Un technicien est sorti avec un tournevis pour réparer un problème sur le fuselage. Il en a profité pour nettoyer le pare-brise en crachant dessus pour humidifier la surface. A l’intérieur, le cul sur le siège bétonné, la colonne vertébrale en mode alarme incendie, j’avais mal, j’avais peur.

« Excusez-moi ? Pour le repas, ça se passe comment ? »

Le commandant de bord me fixa. Son visage était en travaux. Un étrange mixe entre Jacky Chan et une chasse d’eau. Il me proposa de manger un nunchaku dans ma face, proposition que j’ai finalement décliné. Je préférais être prudent. Ok, j’avais choisi une compagnie de merde, mais mon job de chercheur à l’ANPE ne me permettait pas de finir convenablement le mois. Un salaire de Pakistanais pour un train de vie de Qatari.

J’avais prévenu Nicolas de mon arrivée par un « Wesh mon frère, soir-ce j’débarque dans ta city bâtard », envoyé sur son portable en bonne et due forme. Sans faute d’orthographe. Ma déception fût énorme quand j’aperçus, au loin, un jeune Chinois avec une pancarte où était inscrit au feutre noir « EDY FLEQUE ». C’était Si-Daha, le chauffeur personnel de Nicolas. Je tente une première approche, en lui tendant ma carte d’identité.

« Je viens de faire 11 heures de vol, ça pique. Comme tout ce que vous mettez dans vos plats d’ailleurs ! »

Voilà. Si-Daha ne m’adressa pas un mot du voyage qui m’emmenait de l’aéroport à la résidence de Nicolas. Shanghai est vraiment une ville extraordinaire. Nous passons la rue piétonne de Nankin et Si-Daha me déposa alors dans un hôtel du centre-ville. Il me tendit un papier où était inscrit « RDV demain 11h à l’entraînement du club, Si-Daha passera te prendre sur le chemin ». Il aurait pu signer « Nico, qui te la met bien profond ». Exténué, je m’endors immédiatement.

Habitué à vivre la nuit et à me réveiller à 19 heures avec une haleine de Borloo, je ne ressentais pas vraiment le décalage horaire. Et comme prévu, Si-Daha était là, le lendemain matin, pour m’amener à l’entraînement. Arrivé sur place, Nicolas était présent. Un noir au milieu de jaunes, comme un maillot de Dortmund.

« Eddy ! Comment tu vas ? Tu vois. Je vais commencer l’entraînement dans 5 minutes, je te propose de regarder tout ça, tu vois »

Le terrain mesurait 30 kilomètres de long environ. Les joueurs couraient pendant 15 minutes pour rallier le camp adverse. Un spectateur me précisa que parfois, il fallait arrêter le match, et le reprendre à l’épisode suivant. Anelka évoluait en pointe avec Olivier Atton, un jeune prodige du coin. De l’autre côté du terrain, le gardien de but Thomas Price, ne laissait aucune chance aux attaquants adverses. J’ai aussi remarqué que les joueurs commentaient toutes leurs actions, comme s’ils n’avaient que ça à foutre. Un monde de cocaïnomanes.

Je retrouve Anelka à la fin de l’entraînement pour le féliciter de son but.

« Merci. Il a suffi de trouver le bon équipier. Une passe, un crochet et on a marqué. Nous jouons contre l’équipe de Marc Landers à la prochaine journée, c’est un peu le clasico ici, tu vois »

Nico semblait s’épanouir dans ce nouvel environnement. Et j’étais content pour lui. Son reportage, il le méritait.

Et puis, comme il dit, « rien à foutre de la Coupe du Monde quand t’as appris le tir du faucon ». C’était pas faux.

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