Je suis Eddy Fleck, personnage de 49 ans, ultra-reconnu dans le monde du football.
Je suis là pour vous faire vivre le côté caché des clubs de football.
Sans aucune mythomanie.

« Et là tu lui mets DANS LE CUL ! AHAHAHA ». On rigolait bien dans le car des supporters de Quevilly. Un peu éméché, j’avais accepté de me faire maquiller en jaune et noir par le gros Gérard. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance puisque ce voyage n’était en rien prévu. J’avais commandé mes billets à la dernière minute, sans savoir dans quel transport je serai parachuté. Énorme surprise quand au pied du bus ce matin, je me suis retrouvé devant la grosse Janine et son tambour acheté dans une boutique Babou. Au milieu de ces cas sociaux, j’imaginais mal mon voyage. J’ai rapidement changé d’avis.

En France, on aime les petits. De Mimie Mathy à Quevilly, les histoires de nains qui combattent la grandeur du monde sont toujours appréciées. Les enfoirés de riches sont du côté lyonnais. Une vingtaine de branleurs roulant en Porsche Cayenne qui poussent un ballon dans une multinationale brassant des millions face… à des amateurs au grand cœur qui vendent des fleurs le dimanche. Bon, j’avais commencé à changer d’avis quand je les ai vu défiler sur tous les plateaux du PAF, à montrer leurs fions de façon indécente.  J’avais pas vu telle promotion depuis le film « Bienvenue chez les Ch’tis ». J’ai fini par vomir Quevilly, comme j’avais vomi Dany Boon.

« - Eh dis donc, c’est quoi ton p’tit nom ?! Les gars, on a un nouveau copain ! Trouvez lui une perruque. Une perruque ! Une perruque ! Une perruque ! »

Le mec qui me fait partager son haleine fétide, c’est Gérard, le chef de meute. Il est 10h, et son taux d’alcoolémie avoisine la température de Pointe-à-Pitre un 15 août. Je comprends rapidement que mon voyage ne sera pas de tout repos. Je cherche un regard complice pour me rassurer mais je ne vois que des yeux vitreux. Devant moi, un journaliste d’I-Télé se balade la cravate nouée autour du crâne, gueulant des chants locaux et vociférant toutes les trois minutes qu’ « être correspondant les jours de matchs, c’est pas pour les tapettes ». Lui aussi s’était fait entraîner dans ce plan galère.

Le car démarre, les chants aussi. Le voyage doit durer 3h30 mais je comprends rapidement que les arrêts pour problèmes de vessie nous retarderont. Le chauffeur conduit une binouze à la main et Gérard lui fait parfois le coup du « Gilbert Montagné ». Mettre la main devant les yeux du conducteur, de préférence dans un virage ou dans un dépassement. A l’arrière, je chie mou. Ma perruque me tient de plus en plus chaud et les secousses répétées me foutent la nausée. Je demande alors si je peux la retirer pour mieux respirer.

« Écoute moi bien, ça fait… 1… 2… 3… 4… 87 ans, merci de l’aide Janine. 87 ans qu’on avait pas goûté à une finale de Coupe. On jouait au foot avec une balle en bois à cette époque. Javier Zanetti débutait sa carrière à l’Inter et Henri VIII accédait au trône de mon cul j’sais plus quoi là. Donc tu vas garder ta perruque ! »

Avec ces arguments sortis tout droit d’un débat entre deux tours de présidentielle, j’avais fini par accepter les premiers verres d’alcool. « Juste pour trinquer, je ne bois qu’un verre », que j’ai dit à Gérard. Comme pas prévu, les gorgées s’enchaînent. Sous l’effet de la boisson, je me laisse maquiller et commence à déverser ma haine du journaliste sur le gars d’I-Télé.

« - J’ai trop rigolé enfoiré quand t’es resté 22h devant l’appartement de Mohamed Merah.

- Eddy, c’est pas drôle »

Arrivé aux abords du Stade de France, mon taux d’alcoolémie avoisine la température de Fort-de-France un 15 août. Oui j’adore les Antilles. Finalement, on m’interdit l’accès au stade et je finis carbonisé sur le parking.

Défait, Quevilly ne jouera pas le Trophée des Champions. Rien que de penser au voyage que l’on aurait pu faire, me donne envie de démissionner de la vie. C’est loin les États-Unis d’Amérique ?

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