Aussi utile qu’un Frédéric Calenge au bord de la touche, à l’anecdote pointue façon Christian Jeanpierre et à l’argumentaire aussi développé qu’Arsène Wenger, Eddy Fleck vous dévoile chaque semaine l’envers du décor de la compétition. Sans la moindre forme de mythomanie, comme toujours…
Lundi 11 juin
Jour de match. Le groupe se réveille doucement pendant que Laurent installe son paperboard dans la salle de réunion. L’ambiance est calme autour du centre d’entraînement de Donetsk. Je commence à trouver ça louche et regretterais presque Nicolas Anelka.
Dans la chambre 12, Samir est en conversation avec sa mère depuis maintenant une heure. Après avoir raccroché, il se dirige fou de rage vers Laurent Blanc. J’assiste à la scène, assis sur la terrasse. Enfin un peu d’action !
« - Y a un con dans l’équipe qui crache sur moi ! Je vais faire chambre par chambre et j’vais le trouver cet enfoiré !
- Comment ça dans l’équipe Samir ? Qu’est-ce-qui te fait dire ça ? Je crois que bon, tu as tort de t’énerver.
- Ma mère vient de me dire que quelqu’un me critique dans l’équipe. J’vais me revisionner les cassettes des conférences de presse et j’vais le trouver le Taupiqueur de mes deux »
La journée commençait finalement très mal. J’ai bien essayé de faire comprendre à Samir qu’on parlait du journal l’Équipe mais il n’a pas voulu m’écouter.
« - Et en plus ce bâtard m’a critiqué dans le journal ! Mais c’est pire !
- Bon, laisse tomber Samir »
En milieu d’après-midi, Laurent a réuni l’ensemble du collectif pour annoncer la composition qui débutera face à l’Angleterre. Samir boudait dans son coin malgré sa titularisation dans le onze de départ. De son côté, Alou Diarra avait droit à un régime spécial depuis le début de la matinée. Morceaux de viande Capoue sur un lit de sauce Mavuba. Histoire d’être prêt pour le combat.
Et le combat a bien eu lieu. Les Anglais ouvrent le score mais nous parvenons à égaliser dans la foulée. Je suis sur le banc aux côtés des remplaçants.
« FERME BIEN TA GUEULE LA TAUPE », crie alors Samir.
Nasri venait d’inscrire le but libérateur. Mais l’incident s’était déroulé, devant mes yeux. La suite du match se résume à une copie du jeu espagnol, avec Alou dans le rôle d’Iniesta.
« Le premier joueur qui rentre dans la surface anglaise a perdu ! » C’était le deuxième jeu favori des gars. Du coup, on n’a pas marqué. Match nul, c’était pas si mal finalement.
Mardi 12 juin
Les joueurs ont la gueule de bois ce matin. La presse française se déchaine autour du cas Nasri. Franck vient lui apporter son soutien.
« Même moi j’avais compris l’histoire de l’Équipe Samir ! J’ai qu’ça qu’à dire ! »
Certains ont malgré tout le sourire. C’est le cas d’Adil Rami qui a passé 90 minutes à se faire fesser par l’attaque anglaise (il aime ça). Avec cette seconde affaire Knysna, il échappe aux critiques et peut s’adonner, sans prise de tête, à sa passion quotidienne : cueillir des coquelicots dans le jardin du centre d’entrainement. Avec Philippe Mexès bien sûr.
En fin de journée, Laurent décide de faire un debrief’ du match pour analyser les forces et faiblesses de l’équipe.
« Bon les gars, c’est bien. Maintenant, contre l’Ukraine on va essayer de rentrer dans leurs 18 mètres. Karim, libère-toi. Le football est un sport différent du handball, tu as le droit de pénétrer dans cette fameuse zone. J’aurais dû vous le dire avant de démarrer la compétition. Je crois que bon… Mea culpa »
Laurent Blanc avait toujours ce souci du détail.
Jeudi 14 juin
Veille de la rencontre contre l’Ukraine de Sheva, auteur d’un doublé lors de la confrontation face à la Suède. Laurent Blanc m’a donné la permission de suivre le match dans les tribunes. Je pense intégrer le camp (féminin) ukrainien mais c’est seulement pour le travail.
En France, le père de Samir passe plus de temps à l’antenne que Jean-Marc Morandini. On essaye de dégonfler l’affaire et cela semble marcher. De son côté, Nasri m’a laissé un post-it sur ma table de nuit ce matin.
« Eddy, je tiens à m’excuser auprès de ta personne. J’aurais dû t’écouter. Mais si tu m’avais donné un chèque avant de me parler, peut-être qu’on aurait pu dialoguer »
Je n’en veux pas à Samir et préfère passer à autre chose.
Je rejoins les gars en salle de musculation et je m’attends à assister à une lourde séance. Il n’en est rien. Philippe et Adil sont au fond de la salle, le corps huilé de crème auto-bronzante, avec Georges Michael en fond sonore, se bouffant du regard en soulevant des haltères. Alou Diarra travaille de son côté son point fort : l’élasticité. Les Ukrainiens ont récupéré pour nous une machine datant de la dernière guerre mondiale, permettant d’étirer les membres du corps humain. Alou a pu gagner 75 cm de jambes et mesure désormais 2m68.
« Évite de tendre la jambe quand t’es à 25 m de notre surface Alou. Tu risquerais de provoquer un penalty »
On a trop rigolé. Lui moins.
> Retrouve l’épisode 1 du « Journal intime des Bleus », où Eddy Fleck fait la connaissance du groupe France






