Manchester United a joué mardi soir contre Benfica, à Old Trafford. Un match nul 2-2, résultat décevant mais pas catastrophique. Les Portugais sont intrinsèquement inférieurs aux Mancuniens mais leur bon résultat en terre anglaise ne constitue pas une surprise. Ce 2-2 appartient plutôt à une « chaîne d’anomalies », il en est un maillon. La possibilité qu’il ne soit pas le dernier maillon est une surprise.
Le mercredi 14 septembre de cette année, les Red Devils se déplacèrent à Lisbonne pour affronter Benfica. Repartir du « Estádio da Luz » avec quelque chose, au singulier ou au pluriel, n’est pas le défi le plus facile proposé aux favoris de la Ligue des Champions. Le 14 septembre néanmoins, Manchester United était leader de la Premier League, après avoir battu West Bromwich, puis successivement écrasé Tottenham, Arsenal et Bolton. Manchester United avait inscrit dix-huit buts, n’en avait encaissé que trois, et plus tôt dans la saison, avant le début du championnat, avait battu son rival de City à l’occasion du Community Shield. Manchester United semblait sans pitié, Manchester United était sans pitié.
La première journée de la Ligue des Champions annonçait ainsi la destruction de Benfica, la suite de la démonstration rouge. Pourtant, Benfica ouvra le score par Cardozo à la 24ème minute. Les Anglais avaient déjà retourné une situation pareille, et même plus compliquée, lors du Community Shield. Menés 2-0 à la mi-temps, les joueurs de Ferguson avaient renversé le match, l’emportant 3-2 sur City, grâce à un troisième but dans le temps additionnel. L’égalisation mancunienne face aux Portugais apparaissait comme une fatalité et Giggs marqua avant la pause. La victoire anglaise prenait alors des airs de fatalité. Pourquoi Manchester ne gagnerait pas ? À l’extérieur, à domicile, contre des supposés petits, contre des supposés gros, United avait gagné, United avait marqué et encore marqué. Cinq matchs, cinq victoires et les superlatifs manquaient pour qualifier ce début de saison sans précédent. Mais Manchester ne marqua pas, Manchester n’inscrivit pas d’autre but et Manchester concéda le match nul. La fin d’une série qui n’alarma ni le club, ni les autres clubs, ni les médias. Un accroc, voilà ce qu’était ce 1-1, ce match que Manchester ne remporta pas.
Manchester effaça cette semi-contre performance en battant Chelsea à domicile. 3-1 face à un concurrent au titre. Un score peut-être trompeur tant les Blues eurent des occasions non transformées, mais Manchester avait gagné à nouveau. Le club gagna encore contre Leeds en Carling Cup. Suivi d’un match nul à Stoke, mais après tout, Stoke est connu pour être coriace à domicile, avec son jeu rugueux, ses footballeurs mesurables en kilomètres et ses touches lancées par un ancien du javelot. Rien d’inquiétant.
Le 27 septembre, Manchester United reçut Bâle. Un adversaire destiné à se battre pour la troisième place, et qui à vrai dire, n’a pas un passé capable de contester les pronostics. Le court laps de temps de deux minutes qui suffit à Welbeck, entre la 16ème et la 18ème, à tromper deux fois Sommer, le portier de Bâle, était une confirmation : Manchester allait bien, Manchester gagnait. Comment expliquer alors l’existence d’un autre laps de temps aussi court durant lequel Alexander Frei et Fabian Frei, attaquants de Bâle, attaquants de l’adversaire de Manchester, marquèrent chacun une fois, ressuscitant leur club ? Comment expliquer le troisième but de Bâle, œuvre d’Alexander Frei, à la 76ème ? Et comment expliquer, enfin, l’égalisation d’Ashley Young à la 90ème, si ce n’est par la référence simpliste au « Fergie Time » ? Ce soir-là, malgré l’allégresse engendrée par le but salvateur et tardif de Manchester United, l’inquiétude naquit.
Évidemment, Manchester vainquit à nouveau. Norwich à domicile, 2-0, pas enchanteur mais victorieux, tout simplement victorieux. United se rendit ensuite à Liverpool pour un des matchs les plus importants de la saison et revint avec un point acquis en fin de match grâce à Javier Hernandez. Dominé, mené, United avait survécu. Comme face à Bâle, comme face à Benfica, Manchester était revenu. Juste revenu. Mais heureusement, et comme d’habitude, Manchester n’abandonna pas le succès longtemps en signant sa première victoire de la saison sur la scène européenne, 2-0 à Galati, face à un faible puceau de la compétition reine. Manchester gagnait.
L’inexplicable atteignit son paroxysme le 23 octobre, à Old Trafford, bastion gardé invaincu depuis des lustres. Manchester contre Manchester. City battu quelques mois plus tôt au terme d’un scénario fou entra sur la pelouse en leader arrogant à fesser. C’était l’occasion pour United de calmer un néo-favori trop ambitieux, voulant sauter les étapes d’une ascension au sommet. United prétendu solide, United dit fort mentalement. United démenti. Défait 6-1 dans son antre, concédant trois buts entre la 89ème et la fin du match, un comble pour le club du Fergie Time. Un tel score n’avait aucune raison, il n’avait déjà aucun sens, et il n’avait aucune explication. Un réalisme exceptionnel de City ? Pourquoi pas, mais pourquoi maintenant ? Pourquoi face à City, pourquoi à Old Trafford ? Pourquoi le 23 octobre 2011, entre 14h30 et 16h20, Manchester United connut un tel désespoir ? Même si Manchester vivait enfin ce que vivaient ses victimes, tout simplement moins forts et sans solution pour lutter, la différence de niveau ne pouvait pas être si grande. Pourquoi, cette fois-là, Manchester United vécut un tel cauchemar ? Pourquoi passer d’un début de saison relevant du fantasme à une succession de problèmes insolubles, en championnat et en Ligue des Champions ?
Pourquoi soudainement, enchaîner cinq victoires ? L’ignorance des problèmes pré-cités aurait dû perturber Manchester United, et même si le calendrier affichait des adversaires favorables à une bonne série, les cinq matchs consécutifs sans prendre un seul but forment, juxtaposés au résultat du 23 octobre, une sacrée antithèse. Six buts encaissés en une rencontre, puis aucun en cinq rencontres ? Un twist que les scénaristes de Lost n’auraient pas osé.
Et il y a donc ce 2-2, à domicile contre Benfica, match capital que les Mancuniens auraient gagné l’année dernière, et l’année d’avant aussi, et comme les cinq dernières années, parce qu’il le fallait. Même s’ils avaient perdu le match précédent, ils auraient gagné celui-ci. Cette saison, ils ont enchaîné cinq victoires, dont deux à Old Trafford, avant de faillir mardi soir, toujours à Old Trafford. Ils ont même été menés, ils ont égalisé, sont passés devant, et ont été rejoints, à peine deux minutes après. Berbatov a joué et il a même marqué. Ce scénario ne trouve aucune source, ni raison, ni explication, mais il s’est déroulé. Comme contre Bâle, les buts se sont presque succédés plus rapidement que les minutes. Sans explication, ne suivant aucun schéma habituel du football, si ce n’est un que Manchester semble rencontrer souvent cette saison. Et si Manchester est éliminé le 7 décembre, à cause d’une défaite à Bâle, ce ne serait pas habituel (United est toujours sorti des poules depuis 2006). Manchester n’aura pas trouvé les raisons de ses échecs (les trouve-t-on souvent, et d’une manière certaine dans le football ?). Manchester devra retrouver les raisons de ses réussites, et devrait les chercher maintenant. Parce que la possibilité que Manchester soit éliminé, ce n’est pas habituel. C’est une surprise, et c’est déjà un échec.






