Souvent moqué pour son allure et sa maladresse, l’ancien Stéphanois est pourtant une pièce indispensable du jeu lyonnais aujourd’hui. Grâce à ses qualités athlétiques, sans oublier un vrai sens du but – au moins douze buts par saison depuis 2006 – Bafétimbi Gomis a guéri les maux de Lyon ces dernières années. Si les Rhodaniens sont repartis du Vélodrome avec un point et deux buts inscrits dimanche soir, ils le doivent en grande partie à leur attaquant.
Le passage de Claude Puel, mauvais dans les résultats, a surtout vu la qualité de jeu de l’Olympique Lyonnais chuter. Amorphe, le club a peiné offensivement, victime d’un problème récurrent : un avant-centre isolé. Que ce soit Karim Benzema lors de la première saison ou Lisandro Lopez ensuite. Adepte des ailiers très excentrés, Claude Puel a entraîné son équipe à parier trop fréquemment sur l’Argentin. En marchant sur l’eau dès son arrivée, le surnommé « Licha » a amené l’OL à des niveaux qu’il n’aurait pas atteint sans sa grande forme, notamment en Ligue des Champions.
Bafétimbi Gomis a certes connu des passages compliqués, et fait preuve d’un terrible manque de précision. Les compositions et les dispositifs changeants de Claude Puel ont cependant déstabilisé toute une équipe, balançant par exemple Michel Bastos de gauche à droite, Lisandro de l’axe aux côtés et Gomis donc, du terrain au banc.
Le style de l’ex-Panthère était pourtant une solution évidente aux problèmes de son équipe, et le voir faire de bons matchs lorsqu’il est en confiance relève d’une certaine logique. Capable de garder le ballon dos au but, d’imposer un défi physique aux défenseurs adverses, Gomis est le partenaire idéal de Lisandro et leur entente est connue. Rémi Garde n’a pas totalement abandonné les restes de Claude Puel. Dans les grands matches, Lyon a toujours tendance à laisser l’initiative à l’adversaire, idée impossible il y a cinq ans par ailleurs. Dans cette optique, le rôle de pivot de Gomis n’est pas négligeable. Contrairement à Lisandro qui préfère jouer en avançant, Gomis aime le duel et s’il ne concrétise pas toujours en marquant, il ouvre incontestablement des brèches à ses coéquipiers. Il évite à l’OL de perdre trop rapidement le ballon, mal profond ces dernières années. La réussite de Michel Bastos ces derniers mois et les huit buts de Jimmy Briand reposent beaucoup sur le travail de leur avant-centre. Voir Lisandro libéré de certaines tâches (le premier pressing principalement) est un soulagement, une joie. Si Claude Puel ne l’a pas forcément fait briller, Gomis disait en février 2011 qu’il l’avait fait progresser, en particulier dans ce domaine : « J’ai pris un autre bagage grâce au coach, à Sonny Anderson. J’ai travaillé, depuis la saison dernière, mon jeu dos au but pour devenir un vrai pivot. Le coach a insisté. Il me fallait ce bagage. Je n’avais jamais joué de la sorte. C’était important pour ma carrière. Je les remercie. J’étais venu à l’OL pour progresser et j’ai découvert ces qualités en moi. La saison dernière, le coach me mettait souvent sur le dos « Boum » à l’entraînement. Cela m’a endurci. Si le travail n’a pas payé de suite, il paie maintenant ». Un an plus tard, le travail paie encore plus.
Face à Nicolas Nkoulou et Souleymane Diawara, deux défenseurs forts en un-contre-un, Gomis s’est bien défendu. 27 ballons touchés, 65% de passes réussies, quatre tirs dont deux cadrés et évidemment, un but, tout ça en soixante minutes. Il a permis à Lisandro de se déplacer librement, et ainsi de toucher 65 ballons, troisième joueur à avoir le plus manipulé le cuir sur le terrain après Kim Källström et Benoît Cheyrou, deux milieux de terrain.
La première moitié de la campagne 2011-2012 bat déjà des records dans la carrière de Bafé. Avec 17 buts en 33 matches, il a déjà battu son meilleur total de buts sur une saison, avec un ratio bien supérieur à ses habitudes. L’Euro 2012 approchant, continuer à changer ses habitudes et améliorer ses statistiques ferait de Gomis un sérieux candidat à la sélection. L’Olympique Lyonnais n’en serait que plus heureux.





