Je suis Eddy Fleck, personnage de 49 ans, ultra-reconnu dans le monde du football.
Je suis là pour vous faire vivre le côté caché des clubs de football.
Sans aucune mythomanie.

Cataclysme au soir du second tour des élections présidentielles. Marine Le Pen, après avoir créé la surprise lors du premier round en effaçant Sarkozy, vient d’être élue présidente de la République. Le Flamby Hollande et le parti socialiste revivent le même cauchemar qu’en 2002. En pire. Devant mon poste de télévision, je prépare déjà mes valises, ayant une arrière grand-mère au faciès basané. Au QG de campagne, Jean-Marie savoure sa victoire. Une deuxième quenelle en dix ans, ça se fête avec du rouge et un bon saucisson. Je n’y crois pas mes yeux, je pleure mon pays. Mais je vais vite retourner ma veste…

Dehors, on manifeste. Quatorze ans après la Coupe du Monde 98, le peuple français défile d’une même voix. Ou presque. Quelques vitrines de magasins explosent sous la colère des anti-Le Pen, des voitures brûlent par dizaines. C’est le chaos. On se dévisage, on se craint. Qui a bien pu voter pour un parti aux idées extrémistes ? La voix d’Eric Zemmour compte-elle double ? Bafé Gomis aura-t-il toujours un gros cul ? Tant de questions pour si peu de réponses.

Mon téléphone sonne et au bout du fil, Louis Aliot, porte-parole du Front National, prend alors la parole.

« Monsieur Fleck bonjour. J’espère que je ne vous dérange pas. Nous constituons actuellement notre gouvernement et, à ce sujet, Marine Le Pen souhaiterait vous rencontrer. Êtes-vous disponible dans la semaine ? »

Je ne pouvais pas collaborer avec ce genre de parti. C’était contre-nature. Plutôt crever que de fricoter avec des crânes rasés en fredonnant des chants nazis. En même temps, une place au gouvernement ne se refuse pas. Un peu de blé et une occupation (pas de mauvais jeu de mots) ne peuvent pas me faire de mal. Je décide donc d’aller au rendez-vous, avec la plus grande discrétion.

« Ah Monsieur Fleck ! Retirez donc ce sac plastique qu’on voie votre visage, vous allez vous étouffer. Et pourquoi portez-vous un gilet par balles ? C’est inutile. Monsieur Fleck, je vous tends la main, vous pouvez me la serrer. Cessez de paniquer. Nous sommes seuls. »

C’est vrai que j’avais les commissions dans le filet. La fille du borgne a bien tenté de me rassurer mais je ne l’étais pas. J’avais passé le trajet avec un sac Leader Price à la place de la gueule, pour éviter d’être reconnu par les gens du métro. La rumeur commençait à se propager. Après des années d’oubli, je revenais sur le devant de la scène. Comme l’enculé numéro un. C’était flatteur.

« Monsieur Fleck. Comme vous le savez, nous sommes en train de constituer notre nouveau gouvernement. Votre connaissance du monde du sport fait de vous le candidat idéal au poste de ministre des jeux sans athlète basané. Acceptez-vous ? »

J’avais carte blanche. C’était le cas de le dire. Mon premier chantier devait être celui de l’équipe de France. Éradiquer de la formation tous les Français qui ne l’étaient pas. C’était drôle dans ma tête, du coup j’ai accepté. Et puis quitte à être un enculé, autant être le meilleur.

Après plusieurs semaines de travail, j’avais obligé Laurent Blanc à dévoiler une liste blancs, blancs, blancs. Yoann Poulard et Jérémy Berthod étaient les tauliers de la défense, Jérémy Pied organisait le jeu et Grégory Pujol distribuait les cacahuètes devant. Après une défaite 6-1 contre le Botswana, des supporters ont débarqué dans mon bureau pour me casser la gueule avec des barres de fer. Du coup, j’ai immédiatement enfilé un sac plastique pour ne pas être reconnu… mais le coup était déjà parti.

Je me réveille dans mon lit, me palpe, vérifie les informations télévisées. Ce n’était qu’un mauvais rêve. J’ai failli collaborer avec le diable bordel.

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