
Je suis Eddy Fleck, personnage de 49 ans, ultra-reconnu dans le monde du football.
Je suis là pour vous faire vivre le côté caché des clubs de football.
Sans aucune mythomanie.
Samedi. Samedi comme à mon habitude, je décuve de la veille. Le moral dans les chaussettes après la honte intersidérale du meeting de François Hollande. Gérard Collomb snobe mes excuses, ma boîte de réception restant désespérément vide. Se rapprocher de sa famille dans ces moments précis reste la meilleure solution. Et la plus hypocrite. Je n’avais pas vu Mamie Fleck depuis maintenant deux ans. Nous l’avions cordialement jeté dans une maison de retraite d’Evian, pour sa santé, mais surtout pour la nôtre. Jeanine aimait beaucoup les parties de petits chevaux en famille. Et nous, pendant ses moments d’inattention, nous essayions de glisser un pion dans sa tasse de thé. Mamie radotait beaucoup trop. Elle nous saoulait, mais aujourd’hui, elle me manque.
J’étais resté dans la région, sans sortir de mon hôtel durant une semaine. Ma décision était prise, je devais m’aérer l’esprit. Quelques kilomètres me séparaient de la belle ville d’Evian. Sur le chemin, je repensais à tous les moments passés aux côtés de la vieille. L’époque où elle m’embrassait pour Noël en m’offrant la dernière voiture télécommandée. Chaque bisou se rapprochait d’une séance d’acuponcture, et à tous les anniversaires, Jeanine avait le droit au dernier rasoir Gillette. On était taquins dans la famille. Surtout très cons.
Arrivé sur les lieux vers 23h, la maison de retraite paraissait vide. Les lumières étaient éteintes et seul le lampadaire placé en fond de jardin éclairait les environs. Je n’avais prévenu personne de ma venue. Des messages du réseau clignotaient sur l’écran de mon iPhone :
« Prière de revenir en zone civilisée. »
Je décide alors de pousser la porte d’entrée, pensant qu’une hôtesse m’accueillerait immédiatement. Mais rien. Je me déplace en tâtonnant dans l’obscurité, glissant parfois sur des vieux bas de contention, me prenant souvent un déambulateur dans les bijoux de famille. En empruntant un couloir, j’entends soudain quelques grincements de matelas. La salle était entrouverte et je décide de rentrer, quand une voix stoppa ma progression :
« Qui t’es enfoiré ?! Jeanine y a quelqu’un dans la salle, réveille toi ! »
Jeanine ! C’était ma grognasse de grand-mère ! Surpris par la phrase de l’inconnu, je me mets à reculer machinalement dans le noir, percutant l’interrupteur de la chambre. Cette dernière s’allume. Un crâne rasé émerge alors de la couette et je priais déjà pour ce que soit un militant du Front National. Oui, Mamie aimait beaucoup regarder les émissions de TF1.
« Mon grand, on t’apprend jamais à frapper à la porte ? A l’époque, les jeunes respectaient beaucoup plus les règles »
C’était Jérôme Leroy. Oui Jérôme, c’était lui, non il n’avait pas changé. Jérôme enfile alors ses lunettes, sort du lit en pyjama et me menace avec sa canne. Ma réaction fut très surprenante et pleine de sang froid. Une droite entre les deux yeux accompagnée d’un « Ta mère » cordial. Jérôme s’effondre sur le sol.
« Eddy, c’est pas c’que tu crois. Déjà, que fais-tu là ? Deux ans qu’on ne s’est pas vu et tu me gâches ma rencontre avec Jérôme. Il vient me voir une fois par jour, après la partie de football du club et nous jouons au Scrabble »
Jérôme Leroy avait apparemment une préparation particulière. Comme Ledley King de Tottenham qui ne peut disputer les entraînements à cause de son genou, le club savoyard avait décidé d’inscrire à mi-temps l’ancien Parisien aux activités de la maison de retraite. Soupe, parties de chevaux, concours d’enfilage de bas de contention, tout y passait.
Ma réconciliation avec Mamie avait échoué. Jérôme se tapait bel et bien Jeanine. Cédric Barbosa aussi, certainement. A Evian, on cherche apparemment une seconde vieillesse et beaucoup d’argent. Avoir une cougar dans la famille, c’est vraiment chiant.






