Un match à la télé, ce sont trois voix : le commentateur, le chroniqueur ou le spécialiste, et l’homme de terrain. Qui mieux que Laurent Paganelli pour illustrer ce caniche court sur pattes, aux quatre coins du pré, le micro comme une carotte tendue à ses interlocuteurs ?

Là où je t’emmènerai…

Alors que les deux journalistes en cabine sont dans l’observation et la déduction, l’homme de terrain vient les court-circuiter  en ayant le pouvoir d’agir et de se déplacer. Son action : répondre aux sollicitations de ses deux collègues et questionner les acteurs du match. Parasite lorsqu’il coupe le flux continu de commentaire, il doit enrichir en contenu et en qualité la teneur des propos énoncés  jusque là. Et c’est à ce moment qu’arrivent les interviews pendant et après le match. Les interviews à chaud.

Le but de la manoeuvre est avant tout de rapprocher acteurs et visionneurs, de casser la barrière de la tribune – ou du canapé – et de mettre en relation les deux acteurs majeurs du football : ceux qui le font vivre et ceux qui le font marcher. En plus de vendre du rêve en dose non-létale de 90 minutes, la tendance est à celle des coulisses, des behind the scenes, de tout ce croustillant qui a rendu le match tel que le spectateur l’a vu. Logiquement, l’interview à chaud vient s’insérer dans ce contexte plus que fertile.

Mi-temps, fin de match, cours de jeu, il n’y a plus véritablement de moment privilégié pour l’interview de terrain, elle peut tomber à n’importe quel moment de la retransmission, bien que selon les chaînes, des particularités apparaissent (Fred Calenge, poli, patiente à chaque fin de période, n’est pas même le reflet de Laurent Paganelli, plus indiscret et qui instaure une proximité entre lui et le peuple de l’herbe). A la différence des spécialistes en cabine, ou en studio, ce sont les acteurs du match qui sont les plus à même de poser des sentiments sur leur prestation : le micro leur est tendu. L’analyse est froide et distante depuis les tribunes, l’interview vient apporter de la chaleur et du ressenti personnel à des faits et gestes.

On s’enfonce à coups de pioche

Que ressort-il alors de ces interventions censées affirmer ou infirmer les commentaires faits jusque-là ? Du consensuel, principalement. Généralement, l’interview en elle-même n’apprend pas grand chose au spectateur, capable de faire la part des choses et de se forger son propre avis sur un match. L’entraîneur ou le joueur est en plein effort, ou accuse le coup et reste encore dans sa bulle, dans son match, et n’est mentalement pas apte à réfléchir profondément après un effort intense. C’est pourtant ces moments là qui constituent une bonne partie des images que le spectateur reçoit lors de résumés de match, qui viennent alimenter des analyses prêtes-à-porter.

Paradoxal, surtout qu’il suffirait d’attendre une demi-heure pour que tout le monde rentre aux vestiaires, se douche et se calme. En ce sens, les conférences d’après-match ont beaucoup plus d’intérêt et de profondeur, les acteurs désormais à froid et pouvant prendre du recul sur leur performance. La recherche de l’instantané, de l’émotion prime sur la réflexion au prix de la pertinence.

Mais il peut quelques fois émerger autre chose de ces interviews, ce quelque chose qui intrinsèquement nous scotche devant notre écran : le dérapage. Le joueur qui pète un plomb, l’entraîneur qui insulte, l’arbitre qui s’énerve, le remplaçant qui fait l’hélicoptère avec son engin. Et si l’intervention à chaud d’un joueur n’était que la salle d’attente d’un moment anthologique du petit écran ? La mise en lumière des dires, la recherche de spontanéité et du spectacle n’est qu’un retour sur investissement dans l’attente d’un buzz. Ne nous mentons pas, n’a-t-on jamais rêvé de voir Ménez remplacé par Luyindula, interviewé de suite par Paga pendant que Peguy marque ? Ne patientons-nous par pour ces moments-là, des insultes en italien en destination de l’ancien international ? Obnubilé par la toute-puissance de notre télé, une part de nous attend de s’en délecter.

The more you open your mouth the more you are forcing performance. Plus tu l’ouvres, plus tu t’enfonces.

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