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Des clubs dans la tourmente

12 juillet 1998 : le Brésil perd la finale de la Coupe du Monde 3-0 contre la France. C’est la consternation.

Les clubs brésiliens, minés par les dettes et par une fédération aux abois, sont en crise. Flamengo, le club le plus populaire du pays, malgré des investissements de plus de 10 millions d’euros – considérable au Brésil – se retrouve luttant pour le maintien, avec une dette grandissante, sans que l’argent investi ne soit utilisé pour l’achat de meilleurs joueurs ou pour les installations du club. De même avec les Corinthians et Cruzeiro, qui firent perdre énormément d’argent à des investisseurs américains. Et une situation similaire à Palmeiras, à Vasco de Gama…

En 2004, Flamengo en arrive au point le plus bas de son histoire : le club était dirigé par deux dirigeants ennemis. Le Président du club Marcio Braga avait mis en place un nouveau conseil d’administration pour diriger la section football du club à part (Flamengo est un club omnisports). Or, les autres directeurs ne voulaient pas laisser la section football se diriger seule. Résultat : deux équipes dirigeantes ennemies, qui donnaient chacune de leur côté des directives au staff et signaient leurs propres joueurs.

La CBF et sa corruption

En effet, chaque saison se terminait par un changement des règles pour protéger les grands clubs. En 1999, Botafogo et l’Internacional – deux grands clubs brésiliens – sont relégués en 2e division. La CBF, la Confédération du Football Brésilien, annonce que les deux équipes auraient des points bonus pour leurs match contre São Paulo, cette dernière équipe ayant fait jouer l’inéligible Sandro Hiroshi. Bizarrement, seuls l’Internacional et Botafogo reçurent des points en plus, alors que São Paulo avait fait jouer Hiroshi une dizaine de fois cette saison-là…

Conséquence : Botafogo et l’Internacional se maintiennent en première division, et Gama – une petite équipe provinciale – est reléguée, alors qu’elle a obtenu son maintien sur le terrain. José Arunda, député de la région de Gama, amène alors l’histoire devant les tribunaux. Le tribunal déclare que la CBF a tort et que Botofogo devrait être relégué à la place de Gama.

Que répondit la CBF ? Elle abolit le championnat national et donna l’organisation de la ligue brésilienne au G13 – le cartel des plus gros clubs brésiliens. Les clubs créèrent donc la Coupe João Havelange – 4 divisions, 116 équipes (et pas l’équipe de Gama, évidemment). La CBF se tourna aussi vers la FIFA, et cette dernière bannit Gama de toute compétition affiliée à la FIFA tant que le procès contre la Confédération continuerait.

La Coupe João Havelange, tiens : elle était tellement mal organisée que certaines équipes passèrent un mois sans jouer alors que d’autres devaient jouer 4 matchs en une semaine ; les matchs à domicile et à l’extérieur étaient inéquitablement distribués. La finale, jouée le 30 décembre 2000, fut dramatique. Elle opposa Vasco de Gama à São Caetano. Le match aller se termina sur le score de 1-1. Le retour, à Vasco de Gama, fut marqué par l’effondrement d’une tribune et l’interruption du match à cause de centaines de blessés.

Mais ni les désastres au stade, ni les problèmes financiers, ni la corruption, ni la violence ne pouvaient secouer le football brésilien. Pour cela, il aurait fallu quelque chose de bien plus sérieux : que l’équipe nationale ne se qualifie pas pour la Coupe du Monde 2002.

« Un lieu de crime, d’incompétence et de malhonnêteté »

Après l’échec de 1998, Mario Zagallo fut remplacé par Vanderlei Luxemburgo (qui entraînera le Real Madrid par la suite). En 1999, avec lui, le Brésil remporte la Copa América. Mais après cela, tout cafouille. La Seleção perd contre le Paraguay, le Chili ; aux JO de Sydney, l’équipe de Luxemburgo se fait éliminer en quarts par un Cameroun réduit à 9 joueurs. Surtout, Luxemburgo, et son amante Renata Alves, sont accusés de fraude fiscale. Les journaux s’emparent de l’affaire et réclament la démission du sélectionneur. Sous tant de pression, le Parlement brésilien se décide à enquêter. Deux commissions d’enquête furent mises en place pour inspecter le réel état du sport national. Elles rendent leurs rapports en 2001. Dans ces rapports : des preuves accablantes de corruption, de népotisme, d’incompétence, de délits, de passeports falsifiés, de fraude, de blanchiment d’argent… Ricardo Teixeira, président de la fédération, prend tellement peur d’être impliqué qu’il démissionne temporairement. Dans sa conclusion, le sénateur Alvaro Dias dit qu’au Brésil, le monde du football était « une vraie cour des miracles, un lieu de crime, d’incompétence et de malhonnêteté ».

Pourquoi un rapport aussi accablant n’eut pas de conséquences ? Pourquoi il n’y eut pas de sanctions ? Simple. Ils furent sauvés par la brillance de l’équipe nationale.

Sauvés par Scolari

Le premier remplaçant de Luxemburgo est Emerson Leão. Bilan : défaites humiliantes contre l’Équateur et l’Australie en 2001. Il est immédiatement remplacé par Luiz Filipe Scolari, double vainqueur de la Copa Libertadores avec Palmeiras et Grêmio.

Scolari et son équipe furent critiquées sans pitié par les médias brésiliens. Et il y avait beaucoup à dire. A la Copa América 2001, l’équipe est éliminée par le Honduras. En qualifications, le Brésil fait match nul contre le Pérou, perd contre l’Uruguay, l’Argentine et la Bolivie – une non-qualification était réellement possible. Seule une victoire à la dernière journée contre le Venezuela assura leur qualification pour le mondial asiatique.

Pour la première fois depuis des décennies, le Brésil n’était pas l’un des favoris pour la victoire finale, malgré une équipe avec Rivaldo, Ronaldinho, et un Ronaldo de retour de blessure. Mais Scolari persévère dans ses idées : 3-4-3 avec Lucio, Edmilson et le très mauvais Roque Junior en défense; Cafu et Roberto Carlos sur les ailes, deux milieux défensifs (Gilberto et Kleberson) et la triplette Ronaldinho-Rivaldo-Ronaldo devant. Une équipe qui était au final assez défensive – le principe était de laisser libre de toute tâche défensive les trois R, avec un ou deux joueurs venant de derrière apporter leur soutien.

L’équipe, à la Coupe du Monde, montre ce qu’il y avait de mieux, et ce qu’il y avait de pire, dans le football local. Contre la Chine et le Costa Rica, ils étaient offensifs et spectaculaires ; contre la Turquie, ils montrèrent le côté obscur, la simulation de Rivaldo étant sans doute l’un des actes de tricherie les plus disgracieux de l’histoire. La Belgique ne fut éliminée que grâce à beaucoup de chance ; l’Angleterre fut expédiée après une performance brillante de Ronaldinho ; la Turquie ne fut battue que sur le plus petit des scores. En comparaison, la finale contre une Allemagne arrivée là un peu par hasard fut relativement facile.

Ronaldo, maintenant en forme extraordinaire, marqua deux buts. Ricardo Teixeira et ses amis des grands clubs pouvaient être soulagés. La 5e Coupe entrait au pays, et les enquêtes se terminèrent. Dans l’euphorie de la victoire, tout le monde avait oublié qu’il y a quelques mois, le football brésilien avait été au bord d’une révolution qui aurait permis de s’assainir définitivement.

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