Zlatan Ibrahimovic rejoint le PSG l’été dernier et enflamme tout le milieu du ballon rond. L’an passé, on nous avait promis Beckham, on a eu mieux en termes de performances sportives. Nul doute que cette signature est une nouvelle phase dans le projet du PSG : être la vitrine du football français sur la scène européenne.
Une star, un énorme joueur, un grand attaquant, etc… Les formules flatteuses toutes faites ne manquent pas, lorsque on évoque le nom d’Ibrahimovic. Mais voilà, si le géant suédois nous gratifie de prestations exceptionnelles sur le terrain, il se décline sous d’autres formes dans les médias.
Ibrahimovic la poule aux œufs d’or
Zlatan Ibrahimovic présente un profil atypique, on a toujours été habitué à voir nos plus grands talents utiliser la Ligue 1 comme un tremplin pour la suite de leur carrière. Or Ibrahimovic, lui, vient en France après avoir accumulé de l’expérience dans des championnats plus huppés comme la Liga ou la Serie A, une signature impossible sans le projet et les moyens actuels du PSG.
En plus d’être très talentueux, le Suédois bénéficie d’une image de grande gueule, d’être un joueur rugueux sur le terrain voire agressif; il est le prototype même du bon client pour les médias qui vont nous le resservir à toutes les sauces.
D’abord, Ibrahimovic peut être servi avec So Foot qui nous prépare un plat quasi-hebdomadaire du suédois avec le « Journal de Zlatan », une sorte de fiction où le joueur lui-même raconterait ses exploits d’après match et ses états d’âme. Outre le journal intime du Parisien, So Foot lui a également consacré son 99ème numéro avec « 16 pages dantesques » composées entre autres d’anecdotes qui ne le sont pas réellement.
Mais le géant squatte aussi votre télévision avec les Guignols de l’info et leur néfaste invention, le verbe « zlataner » que vous entendez désormais partout autour de vous, si vous êtes entourés de beaufs de base.
Dans les deux cas, on reprend les mêmes codes : Ibrahimovic est arrogant, il parle de lui à la troisième personne, il intimide ses adversaires et même ses coéquipiers. L’ancien joueur du Milan prend tellement de place qu’on se retrouve à parler de lui, même en son absence, comme lors de la victoire du PSG contre l’OM en coupe de la Ligue, où RTL titre « Oui, Paris peut gagner sans Ibrahimovic ».
Cette overdose d’Ibrahimovic n’est pas prête de s’arrêter, car ses performances sur le terrain restent exceptionnelles, et même en dehors du terrain, certains journalistes trouvent des choses à redire à ce sujet, c’est ce que nous propose le fil d’actualités « Zlatan » sur le site de RMC.
À force de vouloir vendre son produit, le journalisme sportif peut être un très mauvais dérivé de la presse people.
«Zlatan » une création des médias
Désormais les spécialistes en matière de football ne parlent plus d’ Ibrahimovic mais de « Zlatan ». Pourtant, il semble être illogique d’appeler un joueur de football par son prénom : on est habitués à parler de Gerrard, de Messi ou de Lampard, mais jamais de « Steven » pour désigner le capitaine des Reds ou encore de « Frank » à propos du milieu de terrain de Chelsea.
La première explication semble être trop simpliste, celle que ce grand joueur nous appartenant désormais, on est habitué à le côtoyer dans toutes les émissions de football du paysage médiatique, donc on le désigne par son prénom comme on le ferait pour n’importe quelle personne de notre entourage.
Le fait que le personnage, monté de toutes pièces par nos médias, a pris le dessus sur le footballeur semble être la bonne piste.
La marionnette de Canal+ et la caricature de SoFoot sont désormais la grille de lecture à travers laquelle on voit Ibrahimovic, ce qui nous intéresse ce sont ses coups de sang et ses gestes d’humeur, comme son high-kick dans le torse de Ruffier.
Par contre, au niveau de l’analyse et le profil du joueur c’est le néant, nos experts qui criaient au scandale sur le fait que Benzema dézone autant durant l’Euro ne semblent guère étonnés par la manie du Parisien de descendre jusqu’au milieu de terrain pour récupérer le ballon et orienter le jeu.
Au-delà du fait que le Suédois et le PSG soient omniprésents, ce sont les contenus aberrants qui ne sont proposés pour traiter le sujet. Lorsque la signature du joueur à Paris est confirmée, on nous a proposé des « top 10 buts » ou des anecdotes à son sujet.
Pourtant on parle là d’une grande star, que tout le public est censé connaitre, paradoxalement les sujets proposés autour du joueur sont très sommaires et n’ont pour objectif que de rechercher le sensationnel.
Récemment Canal+ nous a gratifié d’un un sujet sur « la zlatanisation de la France » qui semble être le résultat final des sujets abrutissants pondus par nos médias ces derniers temps, ils ont réussi à donner au personnage de Zlatan une place centrale sur l’actualité du football dans l’hexagone.
Il y’a là-haut, des personnes qui, grâce à leur position, tentent de nous imposer leurs modes de pensée et codes de langage. « Zlatan » a été monté par leurs propres soins. Tels des dessinateurs de BD, Canal et compagnie nous ont créé un héros de papier qui ne meurt jamais.





