Un concours de hors-jeu imaginaires. Voilà ce que fut un de mes derniers matchs en club. Au bout de sept années de football, des débutants aux moins de 13 ans, l’apothéose de la tricherie. Totalement assumée et cet enfoiré d’arbitre assistant – dirigeant de l’équipe adverse – ne détourna pas les yeux lorsque je le regardai pour la seconde fois annuler un but valable. Il ne s’était pas trompé, il avait triché. Il le savait et je le savais, et il savait que je le savais. À vrai dire, il s’en foutait et je ne pouvais pas le blâmer. J’étais habitué, nous étions habitués à ces décisions incompréhensibles. Elles nous avaient profité dans le passé, elles nous désavantagèrent ce jour là. Ma colère digérée, je finis le match tranquillement, constatai le score nul du match, 2-2, ajoutai mentalement mes deux buts valables, dont un du pied droit, assez rare pour être mentionné (on se plaisait avec un ami à surnommer nos frappes du pied droit les « frappes buissons » parce qu’elles finissaient d’habitude loin derrière le but, coinçant la balle dans les branches des fourrés). 4-2, c’était sympa comme score.
Le dirigeant-arbitre est une tare du football amateur. Non pas parce qu’il arbitre malgré son appartenance à une des équipes, certains font même preuve d’une exceptionnelle honnêteté. La partialité peut tout à fait disparaître dès lors que le dirigeant devient arbitre. Le vrai problème, c’est cette tendance à tricher qui est devenue une convention. Un échange de mauvaises décisions en fait. L’entraîneur peut se plaindre de vive voix jusqu’à devoir donner les consignes avec la voix de Jeanne Moreau, il sait pertinemment que son arbitre va le rembourser. À partir des moins de treize ans (depuis, la nomenclature a été anglicisée, les catégories ont également changé), les équipes s’affrontent avec onze joueurs de chaque côté. L’arbitre central est parfois un officiel, sinon c’est un dirigeant lambda, certes sans diplômes ni qualifications, mais choisi par le club local pour son impartialité. Cet arbitre-là n’est pas – n’était pas il y a cinq ans en tout cas – le problème. Les arbitres assistants le sont. Un est choisi dans chaque équipe, et ceux-là n’ont pas passé de test d’éthique. Responsable du sabotage de toutes les offensives adverses en agitant au hasard son drapeau – mais surtout quand son gardien est en danger -, le dirigeant-assistant est souvent meilleur que les défenseurs de son équipe. Le douzième homme, c’est lui.
Le simulacre d’arbitrage n’est pas pour autant conditionné par la présence d’arbitres assistants, il n’est pas nécessaire d’attendre les moins de 13 ans et plus pour observer ce cirque. Dans les catégories plus jeunes (débutants – poussins – benjamins, peut-être que ces noms-là ont également changé), les rencontres sont arbitrées par un seul homme, la plupart du temps par un joueur du club local plus âgé, un dirigeant du club local…bref, un gars du coin. Libre à lui de siffler dans les deux sens, libre à lui de siffler dans un sens, libre à lui de ne pas siffler la fin du match jusqu’à ce que son club marque. Il n’y a pas d’enjeu, et rarement du monde pour aboyer un « arbitre enculé ! », ou un autre genre de contestation plus polie. Après tout, ce sont des gamins qui courent derrière une balle (très fréquemment, les matchs de ces catégories-là peuvent être résumés si simplement).
Ce phénomène toléré par le monde amateur n’est pas mauvais seulement pour l’authenticité des résultats. Il offre dès le plus jeune âge une vision dégradée de l’arbitrage à ceux qui répondent joueur de football professionnel lorsqu’on leur demande leur futur métier. Et que penser de ces adultes que l’enjeu d’un match détourne de leur rôle d’exemple ? Dirigeants, éducateurs. Le petit monde amateur qui se plaint d’être méprisé par le football professionnel et le critique de temps à autres pour son absence de valeurs ferait bien de retrouver celles qu’il prétend avoir, avant de réclamer une plus juste redistribution du budget de la Fédération Française de Football. Les valeurs n’acceptent pas les chèques jusqu’à nouvel ordre.
De son côté, la FFF, malgré l’optimisme certain que lui inspire le travail amateur, en témoigne le sixtennat de Raymond Domenech à la tête de l’équipe de France, devrait consacrer une plus grande part de son argent à l’arbitrage du « foot d’en bas ». Pour former plus d’arbitres, pour réactualiser le respect des règles. Pour éviter à l’arbitre central d’être frappé par un dirigeant-assistant. Pour éviter toutes ces conneries.
Je m’appuie sur mon expérience personnelle, c’est à dire sept ans dans un club francilien, une région qui compte un nombre colossal de pratiquants qui ont tous vécu le même phénomène. Peut-être avez-vous la chance d’être arbitré correctement chez vous.
Anecdote assez amusante, je n’ai été expulsé qu’une fois, pour avoir dit à l’arbitre qu’il trichait. Triste…






