Eux, ils l’ont eu leur quart d’heure de gloire
Avant de débuter ce Top 10, rendons hommage aux internationaux éphémères qui ont réussi à dépasser le quart d’heure de jeu avec leur sélection, les éliminant d’office de la liste finale. Retenons tout d’abord Richard Dutruel (34 minutes, France – Cameroun en 2000), alors au FC Barcelone, rentré à la place de Letizi, blessé, qui avait lui même été titularisé à la place de Barthez, blessé. Le grand Richard peut se targuer de n’avoir jamais pris un but en sélection. Ayons ensuite une pensée émue pour Julien Faubert (22 minutes, Bosnie-Herzégovine – France en 2006) désormais porté disparu, l’ex-Bordelais, avec le numéro 10 sur le dos, avait quand même réussi à scorer lors de sa seule sélection. Sinama-Pongolle (23 minutes, France – Tunisie en 2008), Jay Bothroyd (19 minutes, Angleterre – France en 2010), Rafinha (18 minutes, Suède – Brésil en 2008), Kevin Davies (21 minutes, Angleterre – Monténégro en 2010) ou encore Hugo Leal (24 minutes, Pays-Bas – Portugal en 1999) ont retenu notre attention. Tous peuvent clamer fièrement qu’ils ont eu au moins un quart d’heure de gloire. Pas ceux qui suivent.
Joey Barton (Angleterre) – 13 minutes
Avant de fracasser Dabo, avant la taule, avant de filer le titre à City et avant d’être prêté à l’OM, Joey Barton a été un jour un international anglais. Pendant treize minutes.
Nous sommes en février 2007, Joey a 24 ans, joue pour Manchester City et est appelé par Steve McClaren, sélectionneur anglais de l’époque, pour disputer une rencontre amicale face à l’Espagne à Old Trafford. Il rentrera à la 78e minute en remplacement de Franck Lampard mais ne pourra empêcher la défaite de son équipe (1-0, but d’Iniesta). En mai il casse la gueule de Dabo, et en décembre celles de deux mecs dans une rue de Liverpool. On ne le reverra jamais en équipe d’Angleterre par la suite, et son bilan ne dépassera donc sans doute jamais les treize minutes. Même pas le temps de se bastonner.
Frédéric Piquionne (France) – 13 minutes
Ce qu’on retiendra de ce France-Autriche en mars 2007, ce sont les premières sélections de Nasri et Benzema. Pourtant, un troisième joueur fêtera sa première (et dernière) cape lors de ce match : Frédéric Piquionne, tout juste prêté à Monaco par l’ASSE. Lancé par Domenech à la place d’Abou Diaby à treize minutes de la fin du match, celui qui n’a qu’un Ballon de Plomb (2008) pour seul palmarès marquera autant l’équipe de France que pourrait le faire un tacle de Valbuena sur Jan Koller.
Actuellement à Doncaster, il espère secrètement que Jules Eustache (son entraineur en Martinique) soit un jour désigné sélectionneur des Bleus, afin de prouver à la France entière qu’il est encore capable d’exploits héroïques sous la tunique tricolore.
Jean-Emmanuel Effa-Owona (Cameroun) – 11 minutes
En plus d’avoir un nom rigolo, Jean-Emmanuel Effa-Owona, attaquant passé par Créteil et Metz, a la particularité d’avoir effectué ses onze petites minutes internationales en 2005 face à, sans doute, une des sélections les plus improbables qui soient : le Pays-Basque (avec Gabilondo, Llorente ou Barkero tout de même). Tant pis, ça compte. Dans ce match remporté 1-0 par les Lions Indomptables (mais dressés par le Cap Vert ce week-end), Jean-Emmanuel est lancé par Artur Jorge en remplacement de Roudolphe Douala, mais ne parvient malheureusement pas à faire oublier Eto’o à la pointe de l’attaque.
Royston Drenthe (Pays-Bas) – 10 minutes
Alors oui, ok, Royston Drenthe est encore jeune (25 ans) mais vu comment la carrière de l’ex-néo Edgar Davids part en sucette (Feyenoord, puis le Real, puis Alicante, puis Everton et désormais Besiktas) et la concurrence qu’il a en sélection des Pays-Bas, on peut dire qu’une nouvelle cape serait un miracle comparable au but de Zubar avec l’Équipe de France Espoirs.
En novembre 2010, face à la Turquie, Bert van Marwijk offre donc à Drenthe l’honneur de remplacer Van Der Vaart pendant dix minutes puis l’abandonne avant que tout le monde n’oublie qu’il fut un jour un grand espoir (un peu comme Mourad Meghni). Sauf les développeurs de PES, qui continuent de lui filer des notes plus que généreuses.
Juanmi García (Espagne) – 7 minutes
Un gardien de but qui joue sept minutes en tout et pour tout dans sa carrière internationale, c’est possible. Formé à Carthagène, Juanmi s’est surtout distingué du côté de l’Aragon. C’est en effet à Saragosse (avec qui il gagne la C2, RIP) qu’il évolue quand, en janvier 2000, José Camacho l’appelle pour un match amical face à la Pologne. Remplaçant, il rentre à la place de José Molina à sept minutes de la fin d’un match arbitré par Éric Poulat que la Roja remporte 3-0. Sinon, il n’a aussi participé qu’à un seul match avec le Real. Mais impossible de savoir si il a joué plus d’un quart d’heure.
Killian Overmeire (Belgique) – 7 minutes
Un peu comme Steven Gerrard, Paolo Maldini ou Francesco Totti, Killian Overmeire est l’homme d’un seul club : le KSC Lokeren. Lancé en équipe première en 2003 par Paul Put (le fils de Put, Michel), il s’est depuis accroché à son poste de titulaire. Ses bonnes performances lui ont valu d’être appelé en 2008 pour un match face au Luxembourg, où il remplacera Guillaume Gillet à sept minutes de la fin de la rencontre. Killian a de fait au moins un point commun avec Eden Hazard : ils ont tous les deux débuté leur carrière internationale face au Grand Duché. Mais si l’un enchaîne désormais les sélections, l’autre s’est arrêté là.
Otman Bakkal (Pays-Bas) – 6 minutes
D’origine marocaine, Otman Bakkal n’a jamais été appelé par les différents sélectionneurs des Lions de l’Atlas. Alors quand il reçoit une convocation de van Marwijk (décidément très présent dans ce Top 10) pour rejoindre les Oranjes, il n’hésite pas vraiment. Face au Paraguay en 2009, il rentre lui aussi à la place de Van Der Vaart pour six minutes puis disparaît de la sélection. Désormais au Dinamo Moscou, Otman a réussi à faire mieux que son temps de jeu international. Après avoir participé à deux matchs avec son club cette saison, il en est à quatre minutes passées sur le terrain.
Ederson (Brésil) – 3 minutes
C’est ce qu’on appelle la lose. Plutôt bon avec Lyon, Ederson est appelé par le sélectionneur brésilien Mano Menezes en août 2010 pour disputer un match amical aux États-Unis. Après l’échec de la Coupe du Monde, l’ancien niçois a une chance de se montrer. Il rentre en jeu à la soixante-douzième minute à la place de Neymar (le meilleur joueur du Monde selon Pelé, s’il vous plait), mais trois minutes plus tard il se blesse et doit sortir. Bilan : rupture totale des muscles ischio-jambiers de la cuisse gauche. Cinq mois d’absence.
Désormais à la Lazio, il reste une chance pour Ederson, 26 ans seulement, d’être un jour rappelé. Mais si c’est pour se péter un membre par minute passée sur le terrain, pas sûr que ça soit une si bonne idée.
Pascal Chimbonda (France) – 2 minutes
Si tout le monde se souvient de sa présence dans la liste de Domenech à l’orée de la Coupe du Monde 2006, qui, honnêtement, se rappelait que le grand Pascal Chimbonda avait eu une sélection ? En mai 2006, le tube de l’été remplace en effet pour trois minutes seulement Willy Sagnol face au Danemark. Désigné comme étant le « 23e » pour la Coupe du Monde en Allemagne, il n’y jouera pas une seule seconde alors que la France s’incline en finale. Aujourd’hui, il est le coéquipier de Piquionne à Doncaster, avec qui il prie chaque jour pour avoir une deuxième chance et atteindre la barre symbolique du quart d’heure de jeu.
Franck Jurietti (France) – 5 secondes
Franck Jurietti peut se la péter. Il a été international, et pourtant il a pris plus de cartons dans sa carrière qu’il n’a joué de secondes sous le maillot bleu.
Octobre 2005, France-Chypre au Stade de France. On dispute les arrêts de jeu quand Raymond Domenech appelle Jurietti afin de remplacer Govou. Le changement paraît improbable mais le Bordelais accourt, la bave aux lèvres et l’envie de détruire du Chypriote qui lui chatouille le nez. Il n’aura même pas le temps de prendre un carton. Cinq secondes seulement après son entrée, Mr Stark siffle la fin du match et de la carrière avec l’Équipe de France de Jurietti. Il sera un international pour l’éternité, et vient de prendre cinq millions d’euros de valeur (un par seconde) dans l’esprit de Triaud. Il n’a jamais été rappelé malgré de bonnes prestations avec les Girondins, comme si Raymond voulait préserver le mythe. On peut au moins le remercier pour ça.





