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Stade Océane, MMArena, Stade des Alpes… Quel est le point commun entre ces trois stades, hormis leurs noms à la con ? Facile, ce sont trois des enceintes les plus modernes de l’hexagone, avec à chaque fois un club en situation plutôt délicate qui y évolue : le Havre, mieux loti des trois, bataille dans la 2e partie de tableau de Ligue 2 ; Grenoble, scotché en CFA, tente de revenir dans le monde des vivants ; et enfin Le Mans, descendu de deuxième div’ la saison dernière, qui devrait évoluer en DH cette saison. Trois équipes, trois stades, pour trois papiers. Voilà le premier.

Stade Océane

Océane du vide

On va se répéter : des trois concernés, Le HAC, plus vieux club de France, est sans aucun doute celui qui fait meilleure figure. Actuellement dans la deuxième partie de tableau de Ligue 2, le club évolue dans son superbe Stade Océane depuis l’été 2012, et un match amical d’inauguration face au LOSC (pour l’anecdote, c’est Pedretti qui restera à jamais gravé dans l’Histoire comme celui qui y a scoré le premier but). L’histoire a failli très mal tourner puisque les Havrais sortaient d’une saison plus que moyenne, terminée à la 15e place, cinq points devant le premier relégable (le FC Metz). Merci Ryan Mendès (13 buts alors).

Le Stade Océane (25 178 places) a succédé au mythique Stade Jules-Deschaseaux (16 382 places), trop vieux, trop petit, pas assez bien loti en places de parking. La première pierre a été posée en 2010 (en présence de Roselyne Bachelot, décidément ce stade n’a pas de bol) pour une construction terminée en 2012. Coût total pour l’enceinte ? Environ 80 millions d’euros. C’est vrai qu’il est joli ce stade, tout bleu, tout neuf, tout moderne et tout écolo. Mais qu’est-ce que ça donne en termes de fréquentation ? Comme partout en Ligue 2 (sauf Lens et éventuellement Nancy font exception), pas grand-chose. Si on se fie aux stats de la LFP, la moyenne depuis le début de saison dépasse difficilement les 7500 spectateurs, avec un pic à plus de 11000 personnes seulement contre Lens et on atteint à peine 30% de taux de remplissage (30,1%).

La faute en partie aux sympathiques horaires du vendredi soir (même si 20h c’est mieux que 18h45), mais aussi au fait, il ne faut pas se cacher, que l’équipe du Havre ne fait pas vraiment rêver les autochtones non-ultras (les KCM84 doivent d’ailleurs représenter un bon pourcentage de la fréquentation totale). Au vu du début de saison, le club aura du mal à viser mieux que le maintien malgré une jolie 6e place l’an passé, et tout ça n’est pas propice à une fréquentation élevée. On verra donc difficilement le stade Océane se remplir à plus de 50% cette saison (sauf bien sûr si le club tombe contre un gros de Ligue 1 en Coupe de France, sachant qu’il est déjà éliminé de la Coupe de Thiriez. Un président de la ligue d’ailleurs chahuté lors de l’inauguration).

La question se pose alors : pourquoi avoir dépensé plusieurs dizaines de millions d’euros dans un stade flambant neuf alors que l’équipe du Havre n’a évolué que deux saisons en première division depuis l’an 2000 ? Certes, et on l’a déjà évoqué, le stade Jules-Deschaseaux était vétuste, mais évoquer sa petitesse quand on n’atteint pas dans son nouvel écrin la capacité de l’enceinte, désormais, de sa CFA2, ça laisse perplexe.

Le HAC a beau posséder l’un des meilleurs centres de formation de France (coucou Steve Mandanda, Paul Pogba, Gueïda Fofana, Lassana Diarra, et Brice Jovial, même si il n’y a pas été formé mais c’est notre mascotte) on ne pouvait pas tabler sur le fait qu’il allait cartonner en Ligue 1 au moment où la décision de construire le stade a été prise. Même si l’affluence moyenne de la dernière saison des Havrais en Ligue 1 (2008-2009), très correcte, s’élevait à 13568 spectateurs (80% de taux de remplissage).

Bref, si le stade Océane est très joli, il sonne creux. Pour l’instant la situation du Havre n’est pas encore catastrophique, mais on n’ose pas imaginer ce que ça pourrait devenir si le club venait à tomber en National. Car même si l’équipe de France y a joué un amical (face à l’Uruguay, en Août 2012, 0-0) et le Stade Français un match de Challenge Européen, on les voit mal y prendre un abonnement à l’année. Qui pour le remplir alors, en cas de scénario catastrophe ? A part David Guetta, on ne voit pas… Du coup, reste à espérer qu’à moyen-terme le HAC revienne en Ligue 1. Il n’y a que ça pour éviter de voir ce superbe stade quasiment vide encore quelques temps, et coûter un paquet de fric à la ville.

Trois questions à Olivia Detivelle, membre depuis sa création et présidente des KCM84 (Kop Ciel et Marine 1984) depuis 1997 :

 

N’y étant jamais allé, il est si tip-top que ça ce stade ?

Oui. C’est un très beau stade, avec des tribunes très proches du terrain comme nous le souhaitions. Mais le reproche que nous lui adressons en tant que supporters est d’avoir coupé la tribune kop en deux puisqu’il est sur deux étages. Nous aurions voulu un bloc d’un seul tenant.

Est-ce qu’il était nécessaire de laisser tomber Jules-Deschaseaux pour dépenser des millions dans une nouvelle enceinte ?

Le projet de stade était dans les cartons depuis 2000. Beaucoup d’études ont été menées à propos du stade Deschaseaux et ont a priori démontré l’infaisabilité d’une lourde rénovation. C’est un stade qui a été inauguré en 1932, il y a eu évidemment de nombreux travaux au fil des années, mais dans les dernières saisons la Ville a même été forcée de fermer ponctuellement des tribunes pour cause d’infiltrations. Si on laisse parler la raison plutôt que le cœur, un nouveau stade semblait nécessaire. Mais j’ai pour ma part passé 32 ans dans les travées de Deschaseaux, ça a été un déchirement de quitter notre kop, nos tribunes, la convivialité de ce petit stade, son identité très marquée HAC, et évidemment tous les repères que nous avions. On nous a parlé de développement nécessaire à cause d’un modèle économique dépassé, ce que nous pouvons entendre. Le foot a évolué, même si je ne pense pas que ce soit d’une bonne façon. Ce n’est pas Le Havre qui l’a perverti, mais, d’après les dirigeants, il fallait suivre pour ne pas crever au niveau professionnel. Et ce stade devait  apporter les ressources nécessaires au club pour assurer sa pérennité, selon les divers rapports qu’on a pu nous présenter. Même si tout le monde n’est pas convaincu que c’était une bonne idée : les frais de gestion du stade sont forcément plus élevés qu’à Deschaseaux.

Ça n’est pas triste d’avoir un stade tout neuf quasiment vide ?

Une étude aurait démontré qu’un nouveau stade apportait un taux de fréquentation supérieur de 30 %. Mais les horaires de la première moitié de saison 2012-2013 (avec des matchs à 18h45) ont plombé les chiffres. L’affluence a baissé. Ensuite, il y a une donnée toute simple et que les clubs semblent mettre de côté : les résultats. La vie est difficile pour tout le monde, et les gens font des choix au niveau de leurs loisirs. Si le jeu ne leur plaît pas, ils ne viennent pas. Chez nous, même si le HAC produit souvent du jeu agréable à suivre, les gens attendent pour revenir après plusieurs saisons décevantes et une dégringolade du club dans la hiérarchie sportive nationale. Bien sûr que c’est triste de voir 7000 personnes dans un stade de 25000 places. C’est difficile aussi pour nous, supporters, qui sommes toujours là, et qui nous efforçons de mettre l’ambiance. Mais il y a aussi une donnée toute simple à ne pas oublier : traiter le spectateur de la meilleure des façons, et pas comme un simple consommateur, tout juste bon à se taire et à faire la queue à la buvette et à la boutique. Dans le foot actuel, et dans n’importe quel club, beaucoup de gens, passionnés par leur club, sans être forcément des supporters actifs, ont l’impression d’être délaissés complètement. Cela les éloigne du football, des stades. La plupart des clubs ont des projets de stade pour les loges, pour les entreprises, pas pour le spectateur lambda. Celui-ci compte beaucoup moins qu’avant dans le budget des clubs, il ne représente plus rien à côté des recettes des droits télé ou du sponsoring. Pourtant, c’est lui qui fait la popularité du foot, c’est lui qui remplit les stades.

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