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Il s’est tout passé et il ne s’est rien passé. La décision s’est faite là où elle devait être tributaire d’une autre décision. Il fallait un résultat d’Arsenal, il fallait une large victoire du Real Madrid, Arsenal a perdu, le Real aurait pu gagner 1-0, Lyon se serait tout de même qualifié. Lille ne dépendait de personne, ni de Moscou ni de l’Inter, seulement de son propre résultat, à domicile contre une équipe de Trabzonspor présente là où elle n’était pas censée l’être quelques mois plus tôt.

Lille était favori, de son match, favori pour la deuxième place de son groupe, favori parmi les clubs français pour se qualifier, que ce soit lors du tirage ou avant cette sixième et dernière journée. La mission était simple : gagner contre les Turcs à Villeneuve d’Ascq. Cette semaine, il fallait exclure la simplicité, se perdre dans des calculs savants et ressusciter pour vaincre. Il fallait se rendre en enfer avant de finir au paradis à la faveur d’un résultat qui s’il s’apparente à un miracle, rime avec corruption si l’on veut être mauvaise langue. Il fallait être nul avant d’être génial. À l’instar de Mathieu Valbuena, cantonné au banc depuis quelques matchs, envoyé sur la pelouse par Didier Deschamps dans une tentative désespérée de remonter encore deux buts. Il fallait cette frappe digne d’un drop de Damien Traille, moquant le passé glorieux de Valbuena sur certaines frappes de loin avant, quelques minutes plus tard, d’enchaîner un râteau et un tir en pleine lucarne. Un but qui tient à un subtil rebond, facilitant la tâche du marseillais.

Ce mardi et ce mercredi, le succès passait par l’exceptionnel, voire l’impossible tant les pourcentages condamnaient Lyon avant le match et Marseille lorsque le Borussia mena 2-0 après trente minutes. Puis au début de la rencontre Zagreb et Lyon, les pourcentages abandonnèrent leur place à la dynamique dans le rôle du messager du malheur. Réduit à 10, le Dinamo parvint à ouvrir le score. Et même si le Real allait mener 2-0 deux minutes après, Lyon devait alors marquer six buts. Une équipe qui n’avait marqué que deux buts en cinq matchs devait en marquer six en quarante-cinq minutes. Impossible.

La tâche lilloise était trop facile, trop banale. Il fallait entrer dans l’Histoire du football pour obtenir le ticket vers les huitièmes. La première période des Nordistes fut très prometteuse, les occasions se firent nombreuses et le LOSC aurait pu marquer. Il aurait dû marquer parce que Lyon était en route vers une prouesse et forçait Lille à faire de même. « Marque six buts pour te qualifier toi aussi », « Marque deux buts en trois minutes » semblait dire cette soirée marquée par la performance phocéenne de la veille et par celle en cours des Rhodaniens. Gagner 1-0 et se qualifier sans être accroché au téléphone pour se renseigner sur l’évolution de l’autre match, c’était faible et commun, tellement normal. Lille aurait peut-être dû imiter Marseille, encaisser rapidement deux buts, être inquiétant et s’offrir un final qui transcende le supporter, ou même le simple spectateur. Ou prendre modèle sur Lyon en alignant une équipe sans ses cadres. La qualification n’était pas assez improbable pour y croire. Pour reprendre Charles Delattre à propos du Antigone de Jean Anouilh, « ce n’est pas le concept de bonheur qui est dénigré, mais sa pauvre réalisation ». Cette semaine, le football refusa aux clubs français une joie sans obstacles.

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