Dimanche prochain lors de la deuxième journée de la phase des poules de la Ligue des champions de la CAF, se tiendra un duel fratricide entre deux géants du football africain, et sans contestation possible, également les deux plus grands clubs égyptiens : Al Ahly et Al Zamalek.

Rivaux depuis la nuit des temps

Les deux clubs sont opposés au début même de leur fondation et leur idéologie politique, Al Ahly est créé en 1907 par des étudiants patriotes durant l’occupation britannique, Saad Zaghloul, figure de la lutte de l’indépendance de l’Egypte en fut même le président durant une année, Al Ahly est le club du peuple comme le montre son nom qui signifie en arabe « le populaire ».

Récemment un nombre important d’ultras Ahlawy était présent lors de la révolution du 25 janvier pour occuper la place Al Tahrir.

Tandis que Al Zamalek voit le jour en 1911 sous le nom de Kasr El Nil, il est fondé par des étrangers résidant au Caire, dans les années 40 il prend même le nom de Farouk 1er, à l’époque roi d’Egypte et du Soudan, ce qui contribue à donner une imager royaliste au club. Ce n’est qu’en 1952 que le nom de Al Zamalek apparaît après le coup d’état menée par Nasser; en effet Zamalek est un quartier chique situé en plein centre du Caire.

Aujourd’hui encore le club porte un maillot blanc, symbole de son passé royaliste tout comme le Real Madrid.

Le choc de titans

C’est le match le plus chaud de l’année, celui qui divise tout un peuple durant 90 minutes, de fait lorsqu’on parle football avec un Égyptien il te demandera automatiquement « t’es pour Al Ahly ou Al Zamalek ? ».

L’ambiance des ces matchs est souvent tendue au point qu’aucun arbitre égyptien n’est désigné pour ce choc. Officiellement, la raison évoquée est celle de la popularité des deux clubs en Egypte, du coup la fédération a peur que l’home en noir ne prenne parti pour une des équipes.
Officieusement, les arbitres Égyptiens sont tellement critiqués et se font descendre après la moindre erreur en championnat, donc de peur que le match dérape à tout moment suite à une mauvaise décision, la fédération choisit des arbitres étrangers et la plupart du temps européens.

Le derby occupe une place majeure dans le paysage sportif égyptien : il oppose les deux institutions les plus hégémoniques d’Afrique, et pour cause ce sont les deux clubs qui ont été récompensés le plus grand nombre de fois en LDC, avec six titres pour les diables rouges et cinq pour les chevaliers blancs.

De même sur une échelle locale, les deux raflent tout sur leur passage, les hommes de Hossam Al Badry ont été sacré champions d’Egypte à 36 reprises, Al Zamalek vient derrière avec « seulement » 11 titres.

Depuis l’entrée en l’an 2000, un seul club en dehors des ogres cairotes a réussi à chiper un titre de champion d’Egypte, encore pire depuis la saison 2004/2005 Al Ahly s’est abonné au titre de champion d’Egypte, endiguant littéralement son seul rival capable jadis de lui tenir tête.

Les enjeux du match

Les deux rivaux seront opposés au cours d’un match comptant pour la phase des poules, pour se disputer les deux premières places qualificatives part la suite pour les demi-finales.

Le prochain match sera le premier derby pour Hassan Shehata en tant qu’entraîneur de Al Zamalek, qui vient d’encaisser une défaite contre les Ghanéens de Berekum Chelsea et se doivent de ramener un résultat positif, faute de quoi ils se compliqueront énormément la tâche pour la suite de la compétition. Surtout que les supporters attendent une victoire contre ces foutus diables rouges depuis plus de cinq ans.
Malheureusement Al Zamalek a des problèmes d’effectif dus aux suspensions dont écopent cinq joueurs, de plus Alexis Mendamo et Zaki sont incertains, ajoutez à celle là l’absence de Omar Gaber et El Shenawy présents avec l’olympique pour préparer les JO.

Tandis que du côté de Al Ahly on se prépare de la meilleure des manières avec la victoire acquise contre le TP Mazembe et la récupération de trois internationaux (Abou Treika, Emad Moateb et Ahmed Fathy) qui reviennent de leur stage avec la sélection olympique avec l’accord du sélectionneur, le temps de jouer le derby et revenir pour les JO.

Le match ne se jouera pas au Cairo Stadium et ses 80 000 places, le stade où se déroulaient les derbys habituellement, mais dans un triste stade de l’université militaire à huis-clos, suite au massacre de Port-Saïd qui a vu le championnat Égyptien s’arrêter, et tous les matchs des clubs et de la sélection à huis clos sinon sur des terrains neutres (Qatar, Soudan et Emirats Arabes Unis).

Si vous ne pouvez pas voir ce derby, place à un top 3 subjectif de cette confrontation depuis le début du 3ème millénaire.

 Al Zamalek-Al Ahly, 16 mai 2002, 22ème journée.

Le match vient à peine de commencer depuis quatre minutes, que Al Zamalek a encaissé déjà le premier but sur une frappe limpide de Reda Shehata, après avoir été servi par Hossam Ghaly. Le premier d’une longue série auquel viendront s’ajouter encore 5 buts, dont un quadruplé de Khaled Bebo, qui s’amusera face à la défense fébrile de Al Zamalek qu’il baladera à coup de feintes et de crochets.

Les diables rouges se promènent sur le terrain et les supporters sont en délire , d’autant plus que Al Zamalek vient de signer un an auparavant deux anciennes gloires de Al Ahly,les deux frères Hassan, un transfert qui a été très mal vu par les supporters Ahlawys. En fin de match l’addition est salée, le score est de 6-1 la défense de Al Zamalek est à la ramasse, ajoutez à cela la titularisation d’une passoire nommé Abdel Monsef dans les cages, vous avez l’explication de cette raclée, entre temps Hossam Hassan est allé de sont but sur un service de… Ibrahim Hassan pour sauver le peu d’honneur qu’il reste, évidemment le coach Helmi Toulan est limogé après cette défaite cinglante.

Al Ahly- Al Zamalek, 26 mai 2010, 1/8 de finale de coupe d’Egypte 

Al Zamalek connait un début d’exercice difficile en championnat : au bout de 10 journées, deux coachs sont limogés (Michel Decastel et Henri Michel), les dirigeants sont alors à la recherche d’un homme capable de remettre l’équipe sur des bons rails, ils font le pari de prendre Hossam Hassan alors encore jeune entraîneur dont les expériences à Al Masry et Etisalat ne sont franchement pas des réussites.

Pari réussi dans un premier temps, Hossam Hassan arrive à redresser la barre en championnat, après avoir longtemps flirté avec la zone de relégation Al Zamalek finira 2ème grâce à une remontada folle sous ses ordres. Seul problème il n’arrive pas à battre Al Ahly, contre lequel il connait la désillusion de la victoire lors d’un

3-3 en championnat où Mohamed Barakat inscrira le but de l’égalisation dans les derniers instants. Fou de rage après ce match, Hossam Hassan promet l’enfer aux Ahlawys et déclare   »Si vous on vous a pas battu aujourd’hui, pas grave on vous battra la prochaine fois même si vous êtes chanceux ».

L’heure de vérité est arrivée enfin, les hommes de Hossam Hassan sont gonflés à bloc et ont à cœur de mettre fin à cette série de 10 matchs sans victoire face à Al Ahly, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne fallait pas arriver en retard et c’est un ancien de Al Ahly, Hussein Yasser qui ouvre le score sur un service de Ahmed Gaafar à la 1ère minute.

On se dit alors que les chevaliers blancs vont enfin gagner et feront descendre Al Ahly de son perchoir, c’est sans compter sur un missile de Sherif Abdel Fadil à la 17ème minute, et s’ensuit alors un récital où se distingueront alors trois protagonistes, du côté de Al Ahly Mohamed Barakat et Sayed Moawad se régaleront sur le côté de Ahmed Ghanem qui se fera manger tout au long du match et sera désigné comme un vecteur principal dans la défaite de Al Zamalek.

Mohamed Fadl donne l’avantage aux diables rouges d’un plat du pied quelques minutes avant la fin de la première mi-temps, ensuite Abou Treika ajoutera son but en deuxième mi-temps suite à une frappe de Abdel Fadil qu’il a dévié de la tête et devient officiellement le meilleur buteur du derby avec une bagatelle de 10 buts inscrits dans les cages de Al Zamalek, dur.

Al Zamalek-Al Ahly, 02 juillet 2007, finale de la coupe d’Egypte

Un match fou, un match tendu, où le suspense a duré jusqu’au bout grâce aux artilleurs qui ont eu la bonne idée de faire durer le plaisir jusqu’en prolongation pour le plus grand bonheur des fans qui s’accorderont à dire que c’est probablement le plus beau derby qu’ils aient jamais vu.

La fin de la première mi-temps est finie et les filets n’ont toujours pas tremblé, le tableau d’affichage présente un timide 0-0. Quoiqu’il se passe, la partie ne peut pas se terminer sur un score de parité, encore moins par un score vierge vu les canonniers présents sur le terrain ça serait tout simplement du gâchis.

S’il y en a qui a bien compris tout ça, c’est Amr Zaki, qui ouvre le score après seulement cinq minutes de la reprise, sur une long dégagement de Abdel Monsef « le bulldozer », comme il est surnommé, devance un Emad Al Nahas hésitant et un Shady Mohamed sur la fin, bien aidé par la sortie hasardeuse de Amir Abd El Hamid il place sa tête pour le but du 1-0 et ouvre les hostilités.

Son concurrent au poste d’attaquant en équipe nationale, a besoin d’un peu plus de 5 minutes pour lui rendre l’appareil, sur une passe de Flávio, Emad Moateb s’en va fusiller Abdel Monsef avec une frappe chirurgicale du pied droit dans la lucarne opposée, nette et sans bavure.

Par la suite c’est une opposition tactique qu’aura lieu entre les deux coachs, d’abord Henri Michel qui fait entrer le fantasque Shikabala qui va lui donner raison au bout de deux minutes seulement après son entrée : l’enfant prodige dribble deux défenseurs avant d’armer une frappe pied gauche suivi d’un léger rebond qui trompe un Amir Abd El Hamid  jamais rassurant sur sa ligne.

Le temps passe et Al Ahly est toujours mené au score, les joueurs se ruent à l’attaque et lancent offensives après offensives, mais elles échouent toutes, dans de telles conditions on fait toujours appel à l’ange gardien des Ahlawys, qui endosse toujours son costume de Superman dans les moments difficiles.

Alors qu’il ne reste plus beaucoup de temps au chrono et qu’une défaite se profile, Aboutreika surgit à la 88ème à la suite d’une combinaison dans la surface entre Moateb et Shawky pour crucifier Abdel Monsef anéantir les rêves des Zamalkawys et les forcer à aller chercher au plus loin de leur ressources physiques pour une prolongation.

Les deux équipes vont en prolongation et c’est un autre match dans le match qui se joue, Gamal Hamza redonne l’avantage pour un troisième à Al Zamalek d’une frappe puissante à l’intérieur de la surface sous la barre, et fait exploser sa joie croyant être venu à bout de ces maudits Ahlawys.

Mais le coaching de Manuel José  portera enfin ses fruits lors de la prolongation, en effet Osama Hosni marquera un premier but de la tête sur une super ballon caressé de Aboutreika et récidivera une minute plus tard encore de la tête sur une passe de Ahmed Sedik entré en cours de jeu lui aussi.

Avec ce deuxième but, Al Ahly prend l’avantage pour la première fois du match et s’adjuge la coupe d’Egypte au détriment de son éternel rival qui subit là une défaite frustrante à l’image du carton rouge stupide dont écopera Amr Zaki en fin de partie.

SUR LE MÊME THÈME

Laisser un commentaire