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A l’aune du foot business, de Zlatan ou des boxers de Beckham, un village peuplé d’irréductibles militants résistent encore et toujours à l’envahisseur, qu’il soit Qatari ou Russe. Ces résistants, Gilles Pérez et Gilles Rof pour ne pas les nommer, ont réalisé un documentaire intitulé « Les Rebelles du Foot « . Eric Cantona est le narrateur de cinq histoires, qui sont tout sauf des contes de fée, retraçant la vie de cinq joueurs d’exception  : Mekloufi, Caszely, Pasic, Socrates et Drogba. Ces cinq exemples, comme les cinq doigts de la main, un comble pour le football, ont prouvé grâce à leur engagement que les joueurs peuvent gagner beaucoup d’argent tout en conservant une certaine dignité et une prise de recul par rapport aux événements prenant scène dans leurs pays respectifs. Gilles Rof a bien voulu accorder une interview en deux parties  à Amayes Brahmi, rédacteur à Sharkfoot et qui a rédigé la première partie ici, ainsi qu’à moi-même.

Cantona de braise

Est-ce que ces cinq joueurs peuvent être qualifiés d’idéalistes au sens Platonicien, c’est-à-dire vivant dans un monde d’idées ?

Clairement, Caszeli avait une culture politique à l’image du Chili de cette époque là (Dictature de Pinochet dans les années 70). C’était quelqu’un qui allait faire les moissons avec les paysans, on appelait pas cela encore les travaux d’intérêts généraux, il avait un vrai idéal dans une société d’extrême gauche. Contrairement à  Mekloufi qui avoue avec beaucoup de naïveté que lorsqu’il part avec l’équipe du FLN, sa conscience politique est proche du néant. C’est un gamin qui vient d’arriver en France, il devient une star à Saint-Etienne, il est surpris que lui, l’algérien, soit accepté parmi les bons français. Quand ses frères viennent le chercher pour créer l’équipe d’Algérie, il y va par dévouement familial et parce que, pour lui, l’Algérie est occupée par la France. Mais sa conscience politique est maigre, c’est après, durant ces quatre années à jouer pour le FLN, qu’il va devenir quelqu’un avec une véritable réflexion sur le monde qui l’entoure. Il a désormais un projet, une volonté. Selon les personnages du film, on a des exemples différents : Socrates est presque un politique qui joue au foot, Mekloufi est un footeux qui s’est mis à la politique sans le faire vraiment exprès. Drogba se méfie de la politique, c’est liée aux ethnies en Afrique. Il préfère dire qu’il est pour la paix et l’unité, mais il y a un engagement politique : il est pour la démocratie.

L’actualité du football est pathétique, corruption, dopage, et j’en passe et des meilleures, est-ce qu’il y aurait des joueurs pour reprendre le flambeau ?

Non, enfin, il ne faut pas généraliser. Tous les joueurs ne sont pas « comme ci » et tous les présidents de club ne sont pas « comme cela ». Le football est énorme, les gamins rêvent d’être des super stars, après dans chaque équipe, les joueurs vont plus ou moins s’investir. Ainsi, Kaboré va s’engager pour le Burkina Faso, il y a des gens qui partagent leur richesse, leur niveau de vie. Il n’y a pas de tout bons ou de tout mauvais. Mais il est vrai que le football cherche globalement à engranger le plus d’argent possible. Platini essaie de freiner cette évolution, mais cette dernière est très forte à l’image de la société. On va vers une omniprésence de l’argent. Nous, on voulait parler du football différemment avec ce film, c’est notre acte militant. Après, si tu veux des exemples concrets il y a Javi Poves, ancien défenseur du Sporting Gijon, qui quitte son club parce qu’il ne se reconnaît dans ce football où « tout n’est qu’argent » selon lui. Mais des gens comme cela,il en existe peu. On ne peut pas en vouloir à des gamins d’accepter de gagner des millions d’euros. Évidemment que c’est bien, profitez-en les gars. Cela n’empêche pas d’être citoyen. C’est ce que dit Canto : il crache pas sur l’argent mais il est capable de réfléchir, de s’engager sans le médiatiser. Il est sincère. Pour que le football soit sauvable, il faudrait que tout le monde joue le jeu, que la raison l’emporte : c’est l’exemple du fair-play financier.

Tu cites beaucoup Platini, alors on ne peut pas résister : pour ou contre la vidéo ?

A première vue, aucune idée. Après on voit que cela fonctionne plutôt bien dans le rugby et que cela évite des polémiques sans queues ni têtes. Mais il faut aussi accepter les erreurs dans le sport. Celles-ci deviennent des mythes. Un des faits marquants de ma jeunesse sont les poteaux carrés de Saint-Etienne ou  l’agression caractérisée sur Battiston. L’arbitre ne la siffle pas, j’adore ces histoires ! La vidéo pourrait aussi empêcher la naissance de légendes, ce serait dommage de se priver de cela.

Finalement, quelle est ta plus grande réussite concernant ce film ?

A l’avant-première à Paris, les six joueurs se sont rencontrés, tous ensembles. Et j’ai tout de suite senti une osmose entre eux, une communauté. Ils parlent le même langage, se respectent et s’admirent. De plus, ils apprécient que ce film leur rende un hommage amplement mérité. Lors de la retransmission de ce dernier à Sarajevo devant 3500 personnes, à ma plus grande surprise, ce n’est pas Pasic qui a été le plus applaudi mais Caszely. Canto a bien joué aussi son rôle de narrateur. Bref, ils ont fusionné et ça c’est génial. Je suis heureux d’avoir vécu ces moments là. Parfois Gilles et moi n’avons pas touché sur terre. On est tombés juste, on a raconté les bonnes histoires : Caszely qui a vu sa maman se faire torturer à cause de son engagement, Mekloufi qui n’a pas eu la carrière qu’il méritait. Ces joueurs sont connus pour le football mais pas pour ce qu’ils ont accompli comme citoyen. C’est désormais chose faite.

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