
Je suis Eddy Fleck, personnage de 49 ans, ultra-reconnu dans le monde du football.
Je suis là pour vous faire vivre le côté caché des clubs de football.
Sans aucune mythomanie.
Invité par mon ami Pablo à passer une petite semaine de l’autre côté des Pyrénées, j’avais sorti ma plus belle coupe mulet pour satisfaire les filles espagnoles. Il paraît qu’elles adorent ça. Tony Vairelles venait de sortir de prison, l’hommage était écrit d’avance. L’Espagne, quel beau pays. La politique du sport pour cacher la misère sociale. Idée de départ intéressante. Pablo m’avait prévenu. Ici, tu bouffes dans les poubelles mais t’as quand même cinq clubs en demi-finales des deux coupes européennes. On peut pas tout avoir. Pablo était né en face des Jardins de la Reina Victoria (la cousine à Pepe), tout proche du centre ville de Barcelona. Et dire que Messi mangeait ses crottes de nez tout proche d’ici, il y a une quinzaine d’années…
Pablo avait accès au centre d’entraînement de la Masia. Une espèce de « baby armée » qui fesserait les trois quarts de l’Europe avec un seul principe : te confisquer le ballon avec le sourire. Une sorte de taureau géant auquel même Francis Cabrel adhèrerait. A l’âge de 12 ans, chaque gosse à un quotient technique 18 fois supérieur à celui de Jimmy Briand. J’avais joué dans une école de football étant jeune. Cet enfoiré de Monsieur Serge faisait 80% de ses séances sans ballon. Jusqu’à l’âge de 16 ans, je croyais que j’étais inscrit en athlétisme.
« - C’est qui le p’tit jeune qui vient de ridiculiser la défense de Malaga, Pablo ?
- Pierrick Prophète. Un petit Argentin qu’ils ont sorti des griffes de la pauvreté en Argentine. Depuis Messi, les dirigeants ont décidé de développer leurs partenariats avec l’Amérique du Sud. On achète des petits techniciens et on s’en occupe dès le berceau »
C’est vrai que Pierrick Prophète était fort, mais il n’était pas seul. Au milieu de terrain, Chabite et Nilesta distribuaient le jeu de façon admirable. J’avais l’impression de jouer à Pro Evolution Soccer 1, avec les imitations de Roberto Larcos et compagnie. Sauf qu’ici c’était la réalité. Et contrairement à Konami, la Masia n’avait aucun souci de budget.
Sur le sujet du dopage, Pablo était beaucoup plus évasif. J’avais remarqué que les joueurs se baladaient avec une gourde accrochée à leur short, buvant son contenu toutes les quinze minutes. Sur le banc de touche, les entraineurs piquaient les ailiers à chaque montée dans le camp adverse. Le latéral Eric Abitbol avait par exemple été touché 156 fois en 45 minutes par le pistolet seringue du coach barcelonais. Tout cela ne semblait choquer personne.
« - C’est un fortifiant Eddy, rien de plus. Le travail est constant ici, même pendant le match. A la 36e minute, les joueurs doivent respecter une série de 120 pompes. A la 56e, une professeur vient leur délivrer un cours de français sur le terrain. A la 82e, séries de développé couché…
- Et le match alors ?
- Le match ? Quel match ? Ah mais ne t’inquiète pas. Pierrick Prophète fait tout le boulot »
Le souci en France, c’est qu’on avait plus Zizou, l’arabe qui cachait la forêt. Zizou aimait beaucoup la créatine, l’époque où on se dopait « utile et efficace ». C’était l’expression de Pablo, pas la mienne. Il était impossible selon lui d’avoir des résultats sans suivre une séance d’acuponcture illicite. Triste réalité, dans un monde où le sport prend de plus en plus de place.
Quarante et un. Ce n’était pas l’âge de Charles Kaboré mais bien le nombre de buts inscrits par Messi et Ronaldo en Liga. Chacun. Et quand j’ai vu le Lyon-Marseille en coupe de la Ligue hier soir, j’ai rapidement regretté mon ami Chabite. Yannick Noah, cet article est pour toi.




