Il n’y a pas que la Ligue 1 dans la vie. Dans un pays où l’on appelle derby une rencontre opposant Nice à Marseille alors que les deux villes sont éloignées de 200 kilomètres, comment pouvait-on appeler le match entre l’AS Moulins et l’AS Yzeure ? Sans aucun doute, cet ASM-ASY est LE derby de l’Allier. Mais pas que. ASM-ASY est aussi le seul véritable derby des quatre premières divisions hexagonales. Car en effet, ni la Ligue 1, ni la Ligue 2, ni le National ne peuvent se targuer d’une affiche entre deux clubs distants de seulement … 3,5 km par la route, moitié moins à vol d’oiseau. Et quand ce match fait se confronter les deux premiers du groupe B de CFA, l’attrait ne peut être qu’accru.
D’un côté, l’AS Moulins, car il n’y a pas que l’AS Monaco et l’AS Montferrand en France, se présentait en favori après deux matchs consécutifs à quatre buts, une victoire 4-3 à Lyon la Duchère puis une victoire 4-0 à Montluçon en Coupe de France. De l’autre Yzeure s’avançait en leader invaincu après cinq victoires et deux nuls en sept journées, le tout en ayant encaissé 4 buts seulement et en en ayant inscrit 13. Cette huitième journée de championnat s’annonçait belle et serrée.
Si les deux clubs ne souffrent pas d’une rivalité historique exacerbée malgré plusieurs dizaines d’années d’existence commune, force est de constater que l’odeur qui règne autour de ce match n’est pas habituelle. Pourtant, avant le match, les entraîneurs des deux formations s’efforcent de ne pas céder à l’excitation pré-derby. Ainsi, Hervé Loubat, l’entraîneur de Moulins déclare « Nous avons préparé ce match comme tous les autres » alors que Nicolas Dupuis, son homologue yzeurien, ajoute la donnée de la particularité « Nous n’avons rien changé à nos habitudes même s’il s’agit d’un adversaire et d’un contexte particulier ».
Un derby comme un autre ou non ?
Pour les supporteurs, c’est tout autre. Le match est l’attraction de la semaine. Voire du mois et de l’année. C’est pour cette raison que le stade sera plein. Plus de trente minutes avant le coup d’envoi, la tribune Dragan Miletic, la seule tribune d’honneur du stade, du nom d’un footballeur yougoslave qui a porté les couleurs du PSV Eindhoven, de Nancy et donc de Moulins, affiche complet, si bien que la billetterie est fermée. Pour assister au match, il faudra donc se contenter du placement libre autour de la pelouse. Heureusement, une petite bute borde le côté gauche du stade, ce qui permet aux spectateurs de surplomber la pelouse et d’admirer ou non le jeu déployé. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a la queue un peu partout. Au guichet pour acheter ses places contre 7 euros et à la buvette pour s’acheter une barquette de frites grasses et un gobelet de bière. On nage en plein dans le football vrai. Si l’on ajoute l’odeur enivrante de la pelouse couplée à la fraîcheur (mais pas trop) du temps, on est en plein rêve. Les minutes passent, les spectateurs prennent place. Le public est familial, jeunes, vieux, femmes, enfants, soixantenaires, adolescents se côtoient sans aucun souci. Par la proximité des deux clubs, ce public est aussi et surtout partagé. La moitié supporte l’ASM tandis que l’autre est venue encourager l’ASY. Pour certains, c’est tout simplement la première fois dans ce stade. Une sorte de dépucelage footballistique consentant au vu de l’affiche bourbonnaise. Au total, ce sont plus de 1800 spectateurs qui ont fait le (court) déplacement. Mais rentrons dans le vif du sujet, ce derby, il avait quoi d’un derby comme on en voit à la télé ?
Tout d’abord, que serait un derby sans ultras ? Côté moulinois, les Sup’s AS Moulins avaient répondu à l’appel. Au programme des chants agrémentés de djembés et de tambourins. Et à la traditionnelle annonce des joueurs, les instruments ont laissé place aux applaudissements. A l’applaudimètre, c’est Jason Berthomier, le numéro 10 de Moulins qui l’emporte. L’occasion de vous faire découvrir les deux onzes titulaires.
AS Moulins : Chaumet – Chalier, Barthomeuf, Rouchon, Diaby – Saline, Kamata, Camara, Suchet, Berthomier – Da Silva.
AS Yzeure : Colard – Sylla, L. Mbaye, Sohier, Guillou – Dady N’Goye, E. M’Baye, Ba, Ce Ougna, Franco – Mbida.
Football vrai
Après le discours du capitaine moulinois pour le petit Emile, un supporter malade, le match pouvait débuter. Comme dit précédemment, les Sup’s AS Moulins n’ont pas attendu pour chanter, vite rejoints par ceux d’Yzeure, postés juste à côté. Ainsi pouvait débuter un concours de celui qui chantera le plus fort. Sur le terrain par contre, on a tout de suite remarqué laquelle des deux équipes chanterait le plus fort à la fin du match. En effet, l’AS Yzeure s’est tout de suite mis en évidence grâce à un pressing constant, une volonté de fer et l’envie de jouer correctement à terre. C’est donc tout naturellement que l’AS Yzeure se procura la première occasion par l’intermédiaire du numéro 9, auteur d’une frappe en pivot trop molle. La première occasion qui allait en appeler bien d’autres. Car pendant que Moulins balançait de longs ballons devant, Yzeure, déployait un jeu plus plaisant. A la 14ème minute, Vincent Ce Ougna, l’expérimenté ailier passé par Clermont, Luzenac et le Red Star envoyait son centre-tir sur la barre transversale. Du beau jeu d’une part, des longs ballons devant, à l’anglaise, de l’autre, Yzeure et Moulins n’évoluait pas dans la même cour. Cela allait bientôt se faire ressentir au score. Après un beau numéro personnel, Lucas Franco envoyait une frappe tendue croisée dans les buts moulinois. 1-0 pour les visiteurs. De la joie, des cris. Et une volonté toujours intacte. Les Verts ne laissaient pas respirer leur adversaire d’un soir. Et lorsque Moulins sortait de son camp, c’était pour balancer de grandes tatanes sur la tête de Da Silva, qui, visiblement énervé, ne s’est pas fait prier au moment d’engueuler ses coéquipiers « Putain mais jouez, faites tourner ! ». Des réprimandes qui n’auront pas d’effet car c’est bien Franco qui se procurera une seconde occasion très chaude à la 23ème.
Ensuite, comme dans tous les derbys, la tension monta sensiblement. Ce Ougna sera obligé de se faire bander le visage après un coup de coude de Chalier alors que l’arbitre devra calmer les esprits à la 35ème minute suite à la deuxième échauffourée du match. L’arbitre d’ailleurs, parlons-en. Comme dans tous les derbys, l’homme en noir cède à la pression d’un tel match. Pas de pénalty sifflé injustement par l’arbitre mais un peu de précipitation au moment de donner un carton jaune à l’Yzeurien Ba, coupable d’une grosse semelle sur Suchet. En effet, ce n’est pas un carton jaune que l’arbitre distribua mais bien un carton rouge. Une erreur tout de suite réparée. Il s’était simplement trompé de poche. Mais l’ASY se fait tout de même peur en cette fin de première période. En 10 minutes, Moulins se créa plusieurs situations dangereuses, sans concrétiser.
Il était alors l’heure de se diriger vers la buvette. Et de se dégourdir les jambes. Mais c’était également l’occasion de voir les gamins s’amuser. Et tomber. Le tout dans la bonne humeur générale. Car peu importe le résultat du match, le grand gagnant sera, sans conteste, le département.
La confirmation
Le match pouvait reprendre. Avec le mal de jambe pour les joueurs et un peu d’alcool dans le sang pour les spectateurs. La machine ne sera pas difficile à remettre en route. Yzeure, dès la 47ème minute, se montrait dangereux. Toujours pas l’intermédiaire de Lucas Franco, qui venait de fêter ses 21 ans deux jours auparavant. Celui qui a signé à l’ASY cet été en provenance de Domérat, en DH, prouva une ultime fois qu’il était l’homme du match. Suite à une tête mal maîtrisée de Chalier, Franco récupérait la balle et se voyait retenu par le Moulinois dans la surface. Pénalty. Celui dont le « héros » est Mesrine a définitivement braqué les chances de gagner de l’ASM. Ba transformait dans la foulée en prenant Chaumet à contre-pied. 2-0.
Moulins était assommé. Yzeure pouvait attendre ses adversaires. Un choix pleinement assumé par l’entraîneur d’Yzeure qui n’a pas hésité à faire sortir l’ailier Cé Ougna pour faire rentrer un joueur plus défensif en la personne de Trolliet. Résultat, Moulins avait la possession, sans pouvoir faire grand chose du ballon face au bon regroupement défensif adverse. Bien qu’en face du stade se trouve un Bricomarché, la défense d’Yzeure n’était pas venue pour bricoler. Et si, en face, les attaquants se font prendre au piège du hors-jeu à chaque fois, ça facilite les choses. Ainsi, El Hajri qui était entré à la place de Da Silva quelques minutes plus tôt, vit son but refusé pour une position illicite. Décidément pas le jour de l’ASM. et lorsque l’on parle de l’ASM, le nom de Brock James n’est jamais loin. Le rugbyman de l’AS Montferrand s’était semble t-il immiscé dans le corps des footballeurs de l’AS Moulins. Et pour cause, deux frappes lointaines eurent la même finalité : des ballons qui passent bien au dessus de la barre, perdus sur le parking du centre aqualudique qui borde Hector-Rolland.
La rive droite de l’Allier l’emporte sur … la rive droite de l’Allier
Moins agréable, la deuxième période a surtout été l’occasion de tirer des enseignements. Un jeune supporter concluant même « C’est pas un très beau match, comme tous les derbys ». Un match moyen qui permet toutefois à Yzeure de rester invaincu et de conforter sa place de leader, six points devant le voisin moulinois redescendu à la troisième place supplanté par Epinal. Et pour une fois dans un derby, le club de la banlieue l’a emporté. Ce qui rend la fête encore plus belle sur le terrain. Une photo des joueurs en liesse et les footballeurs de l’ASY pouvaient regagner leur vestiaire, la tête haute. Le lendemain, les supporters des deux clubs se retrouveront au Bricomarché. Avec une belle soirée de football à se raconter encore et encore.








