Remember remember
Quatre saisons, non pas la pizza, ni même le concerto de Vivaldi. Non, je te parle de la durée depuis laquelle Harry Redknapp est aux commandes de Tottenham. Un Tottenham qui fait maintenant – en grande partie grâce à son entraineur – figure d’outsider dans un championnat anglais dominé depuis de nombreuses années par les mêmes clubs, issus du fameux Big Four. Un Big Four constitué since 1992 de Manchester United, Liverpool, Arsenal et Chelsea, qui, à eux quatre ont remporté dix-huit des dix-neuf championnats de la version moderne de la First Division. L’exception étant à mettre au crédit des Blackburn Rovers de Kenny Dalglish, qui lors de la saison 1994-1995 ont réussi à déjouer les plans du grand Manchester United pour un petit point.
Reprenant un club en difficulté après un exercice 2007-2008 quelque peu mouvementé suite au départ de Martin Jol et l’arrivée de Juande Ramos à la tête des Spurs, Harry Redknapp a pu se baser sur un effectif de qualité pour redorer le blason des Londoniens après une saison bien en dessous de leurs objectifs (11e place). Au fil des années, l’ancien manager – pour ne pas dire magicien – de Portsmouth a réussi à reconstruire une équipe en proie au doute en se séparant d’éléments indésirables et en vendant ses meilleurs joueurs au prix fort dans l’optique de redessiner sa propre équipe. Celui qui a réussi à faire monter Pompey en Premier League pour la première et unique fois de son histoire, tout en se plaçant au huitième rang du championnat cinq ans plus tard, possédait donc le profil idéal pour emballer le cœur des supporters. On peut le dire, avec ce choix, Daniel Levy a redonné aux fans l’envie d’aimer.
Pour mener au mieux cette opération reconquête, les Spurs n’ont pas hésité à se défaire de leurs deux armes offensives, Dimitar Berbatov et Robbie Keane. Une rentrée d’argent de plus de cinquante-sept millions d’euros qui permettra à Redknapp de recruter Luka Modric, Jermain Defoe, Roman Pavlyuchenko ou encore Vedran Corluka, qui, à l’heure actuelle, ont toujours une place importante dans l’effectif. A cela, il faudra ajouter David Bentley et Giovani Dos Santos qui viendront quelque peu entacher le premier mercato de Redknapp au vu de leurs performances avec le club nord-londonien. Reconstruction oblige, le club ne terminera qu’au huitième rang. Pas de panique, White Hart Lane ne s’est pas construit en un jour.
Alors que Robbie Keane est revenu sur ses pas au mercato hivernal après sept mois décevants à Liverpool, Redknapp décide tout de même d’enrôler Peter Crouch pour garnir son attaque. Niko Kranjcar, Younes Kaboul et Sébastien Bassong sont également recrutés. Le Tottenham façon Redknapp a « de la gueule », comme on dit. L’émergence du jeune Gareth Bale, conjugué à une saison pleine pour Defoe et l’affirmation d’un des milieux les plus efficace d’Albion feront de la saison 2009-2010 une étape clé pour la suite. Menant son équipe à la quatrième place du championnat, bousculant ainsi la hiérarchie « big fourienne », Harry Redknapp est élu meilleur entraineur de la saison en Angleterre. Une très belle récompense pour l’oncle de Frank Lampard.
Qualifiés pour la phase finale de la Ligue des Champions après s’être facilement défaits des Young Boys de Berne lors des barrages, les Spurs font preuve d’une rare maturité pour une équipe qui participe pour la première fois de son histoire à cette compétition. Fidèles à leur jeu habituellement pratiqué dans leurs contrés, les hommes de Redknapp s’offriront même le luxe de terminer premiers de leur groupe devant l’Inter Milan, alors tenant du titre. Il finiront par tomber en quarts de finale face au grand Real Madrid après avoir arraché leur qualification au tour précédent au nez et à la barbe de l’AC Milan. Hélas pour eux, cette implication totale dans la plus prestigieuse des compétitions européennes par clubs leur sera préjudiciable en championnat. La faute sans doute à un écart trop important entre le niveau du onze type et celui des joueurs habitués au banc. Cinquièmes du championnat au terme de l’édition 2010-2011, il doivent cette saison se contenter de l’Europa League.
Let’s get it started
Outre l’ambiance fabuleuse qui règne depuis toujours dans les tribunes de White Hart Lane, les supporters peuvent se vanter d’assister chaque week-end à l’un des footballs les plus plaisants du Royaume-Uni, si ce n’est LE plus plaisant. Actuellement troisièmes de Premier League, les Spurs possèdent un collectif finement huilé par Monsieur Redknapp, ce qui leur permet de rivaliser avec les deux grands favoris au titre, City et United. Pas de Rooney ou de Nani, pas d’Agüero ou de Touré, mais des Modric, des Van der Vaart, des Parker ou encore des Adebayor, qui, réunis, n’ont franchement rien à envier aux contingents des adversaires multimilliardaires. Attention, je ne dis pas que Tottenham est pauvre et achète ses joueurs pour le prix d’un bouton et d’une boite de fil dentaire. Non. On va dire que c’est l’armée de BMW qui parvient à mettre à mal les quelques Lamborghini adverses !
Le football est avant tout un sport collectif, et comme le Barça, Tottenham l’a bien compris. Pour preuve, lors de leur dernier match contre Wolverhampton (1-1), les Londoniens totalisaient 69% de possession de balle, le tout accompagné de 84% de réussite dans leurs transmissions de balle. Je vous vois venir avec vos « oui mais bon, c’était les Wolves et en plus ils n’ont pas été capable de gagner ». Oui, mais ! D’une, dominer n’est pas gagné, et de deux, que dis-tu de cela : contre Arsenal, les Spurs ont totalisé 37% de possession de balle mais se sont tout de même imposés 2-1. Ont-ils souffert ou se sont-ils adaptés à leur adversaire, joueur lui aussi ? La seconde option semble la plus proche de la réalité au vu du nombre de tirs tentés (18 pour Tottenham contre 13 pour les Gunners). Malgré la domination d’Arsenal, les Spurs ont, semble-t-il, toujours eu la main sur le sort du match. Et cette impression de profonde confiance collective se ressent de plus en plus avec des stats à faire tomber les derniers cheveux qu’il reste sur le crâne de Pep Guardiola, oui monsieur.
Individuellement, ce que j’appelle le « trio magique », composé de Modric, Van der Vaart et Parker, est essentiel à la construction comme à la récupération. Peu de déchets techniques, généreux dans l’effort et diablement efficaces, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier les membres du « noyau dur » de l’équation footballistico-tactique redknapienne. Et comme tout bon plat de pâtes qui se respecte, l’agrémenter de parmesan est primordial. Commençons par les cages bien gardées par l’Américain qui a participé aux deux guerres mondiales et qui connaitra la prochaine, Brad Friedel. 40 ans mais encore toutes ses dents, il est cette saison en concurrence directe pour le titre de meilleur gardien du championnat avec les « jeunots » que sont Vorm, Hart et Cech. Un peu plus loin la défense, ou le parfait alliage entre jeunesse et expérience. Le briscard Ledley King (31 ans) accompagné par le fougueux Kyle Walker (21 ans), comme un symbole d’une équipe équilibrée. Au milieu, une fois n’est pas coutume depuis la prise de fonctions de Redknapp, il y a pléthore de joueurs capables de suppléer les titulaires. Lennon, Sandro, Livermore, Huddlestone, Pienaar, Rose pour ne citer que les principaux. Des milieux qui prennent sans aucun doute du plaisir à alimenter de ballons l’un des tous meilleurs attaquants anglais, Jermain Defoe et son « acolyte de devant » Emmanuel Adebayor, qui, tel le phénix, renait peu à peu de ses cendres.
Ce changement de fond qui a lieu depuis quatre saisons sur Bill Nicholson Way est en grande partie à mettre au crédit d’Harry Redknapp, qui semble d’ailleurs en avoir inspiré plus d’un. Notamment le Chelsea d’André Villas-Boas qui a décidé de se donner le temps pour construire une vraie philosophie de jeu efficace et plaisante à regarder. Mais comme dans toute belle histoire, il y a toujours des parts d’ombres, et la menace la plus sérieuse qui plane au-dessus des Spurs semble être celle d’un possible départ de leur coach après l’Euro 2012. En fin de contrat avec l’Angleterre, Fabio Capello pourrait bel et bien laisser son trône au meilleur entraineur anglais du siècle. Se laissera-t-il attirer par les mailles du filet de la sélection ? … ta da dam, la suite au prochain épisode !






