Stade Océane, MMArena, Stade des Alpes… Quel est le point commun entre ces trois stades, hormis leurs noms à la con ? Facile, ce sont trois des enceintes les plus modernes de l’Hexagone, avec à chaque fois un club en situation plutôt délicate qui y évolue : Le Havre, mieux loti des trois, bataille dans la 2e partie de tableau de Ligue 2 ; Grenoble, scotché en CFA, tente de revenir dans le monde des vivants ; et enfin Le Mans, descendu de deuxième div’ la saison dernière, qui évolue en DH cette saison. Trois équipes, trois stades, pour trois papiers. Voilà le deuxième.
Samedi 23 novembre. Entre 2000 et 3000 supporters garnissent la tribune Nord du Stade des Alpes pour le derby face à Valence. Un faible total, compte tenu de la capacité totale du stade (20 000, extensible à 28 000), mais sans doute l’une des plus fortes affluences de la saison. Aujourd’hui, Grenoble évolue dans le groupe C en CFA, et alterne le bon et le moins bon depuis le début de la saison. La victoire est impérative pour espérer atteindre l’objectif de la saison : revenir en National
Face à la 50aine de Valentinois ayant fait le court déplacement, les groupes Ultras grenoblois (Red Kaos, DB07) donnent de la voix. On peut avoir trois tribunes vides et pourtant plus d’ambiance que la plupart des clubs de Ligue 1. Et sans forcer.
Les locaux s’imposeront assez tranquillement face à leurs rivaux. 3-0, propre, avec un but de Nassim Akrour, la légende, revenu à 39 ans donner « un coup de main » au sein d’un club pour lequel il avait déjà enquillé but sur but entre 2005 et 2010. Dans un stade bien plus garni qu’aujourd’hui.
Japan expo
À Grenoble, le Stade des Alpes n’a que quelques années mais déjà une histoire fabuleuse… En 2003-2004 déjà, des militants contre l’abattage des arbres du parc Paul Mistral, où devait se construire l’enceinte, grimpent aux branches. Il faudra 4 mois pour les faire descendre. Un bon début.
En 2005, le club est en Ligue 2, a des Japonais à sa tête et le dessinateur d’Olive et Tom qui réalise ses mascottes. Ils rêvent des sommets (la Ligue des Champions en 10 ans putain !), et voient un joli stade se construire (pour quelques 90 millions d’euros) après tout un bordel administratif autour des permis de construire. Tout va bien.
À la fin de la saison 2007-2008, le club monte même en Ligue 1 et a récupéré son nouveau stade en février. Franck Dja Djédjé et Nassim Akrour, la légende, y sont les deux premiers buteurs pour une victoire 2-0 contre Clermont devant 18000 spectateurs (qu’elle parait loin cette époque).
Triste record
La première saison dans l’élite ne se passe pas trop mal, un maintien tranquille, une place de leader éphémère (lors de la 2e journée), une victoire au Parc (but de… Nassim Akrour, la légende) et surtout une fréquentation moyenne de 17000 spectateurs dans le joli Stade des Alpes. Mais bizarrement, c’est la deuxième saison du GF38 en Ligue 1 qui restera gravée dans les mémoires. De la première à la douzième journée, le club ne fait que perdre et devrait garder ce record au chaud quelques temps (5 buts pour, 23 buts contre. 11 matchs de rang en vrai, puisque l’une des défaites a lieu lors d’un match reporté). Pire, il faut attendre la 16e journée pour voir une victoire contre Toulouse. La seule de la phase aller. Au classement, le club tombe à la dernière place dès la 4e journée, et ne la quittera plus. La déchéance sportive s’accompagne d’une lourde chute de fréquentation du stade, qui tombe à 13000 en moyenne sur la saison.
De retour en Ligue 2, les déboires continuent. Le club perd la moitié de son effectif à l’intersaison (Feghouli à Valence, Battles à l’ASSE et même Nassim Akrour part à Istres), et va faire l’exploit d’enchaîner une 20e place en Ligue 1 par une 20e place en Ligue 2. L’affluence moyenne tombe, elle, à 5000 spectateurs. Mais le GF38 ne continuera pas en National. Lâché par les Japonais (la boîte, Index, a depuis fait faillite), le club est accablé par les dettes et finit par déposer le bilan pour atterrir en CFA2.
Allumer le feu
Depuis, même s’il est remonté à l’échelon supérieur, il ne remplit pas (doux euphémisme) un stade qui représente un gouffre financier pour la ville et la Métro (la communauté d’agglomération, à qui le stade appartient). Et même le parking, construit à l’arrache sous le stade, est un motif de brouille lors des repas de famille.
Si l’on atteint toujours les 2000 spectateurs en moyenne (pas si mal pour de la CFA-CFA2) cela ne suffit pas à couvrir les dépenses d’une enceinte qui a coûté un bras au contribuable. Et on ne rentrera pas dans les détails de l’emprunt réalisé pour la financer (indexé sur le Franc Suisse. Le taux d’intérêt est monté à 18%). Alors du coup, on le remplit comme on peut. Mais le gag continue puisque le FC Grenoble Rugby préfère rester au stade Lesdiguières, sauf pour quelques gros matchs. Les hockeyeurs du coin y joueront également le 22 décembre, à ciel ouvert (Grenoble-Briançon). Bon courage s’il flotte. L’équipe de France, comme pour le Stade Océane, y a disputé une rencontre (face à l’Equateur en 2008, victoire 2-0) mais c’est bien Johnny Hallyday qui a le meilleur score d’affluence avec près de 26000 supporters. On a les records que l’on mérite. David Guetta y est passé, aussi.
Bref, aujourd’hui les recettes du GF38 ne couvrent pas les frais de fonctionnement du Stade, la Metro a fait péter sa dette, le stade est vide malgré la bonne volonté des Ultras, et coûte du fric à tout le monde au lieu d’en rapporter. Le rêve de voir Grenoble se maintenir pour longtemps dans l’élite a fait long feu. En attendant, en CFA, face à Valence ou la B de Monaco, les Grenoblois jouent sans doute dans une des plus belles enceintes (vide) de France.









