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À 21 ans seulement, Kervens Belfort a déjà le CV d’un vieux briscard. Né et formé à Haïti, présent sur place au moment du séisme en 2010, élu meilleur joueur du championnat local à tout juste 17 ans, il a affronté Sergio Ramos et David Luiz, connu la faillite du Mans, joué le premier match de l’Histoire du Kosovo… Aujourd’hui à la lutte avec Grenoble pour monter en National, il revient sur les nombreuses étapes qui ont déjà marqué sa carrière.

Kervens 3

Tu viens d’Haïti, où tu es né, et formé là-bas ?..

Je suis né à Petit-Goâve, une ville en province. Je suis passé par une école de football dans ma ville et puis j’ai été repéré par des entraineurs pour la sélection des U20 puis j’ai intégré la sélection A très tôt. Ça a tout déclenché.

À Haïti tu jouais dans quel club ?

Le FC Tempête. J’ai joué 3 saisons avec eux, j’ai remporté le championnat 3 fois, j’ai fini meilleur espoir, meilleur joueur…

C’en est où le foot là-bas ? Au niveau des clubs, des structures ?

Globalement, le niveau est proche du CFA. Mais je ne parle pas des joueurs, plutôt des infrastructures et de l’organisation des clubs. Il y a des joueurs très forts, très talentueux. On le voit en France avec Jeff Louis à Nancy par exemple. En gros il y a beaucoup de talents, mais pas de structures au niveau.

Ça ne s’est pas arrangé en 2010, avec le séisme (en Janvier 2010, un séisme de magnitude 7 frappe Haïti et ravage le pays pour un bilan humain de plus de 200 000 morts et 300 000 blessés)…

Oui… Mais ça se reconstruit peu à peu, avec le nouveau président élu depuis (Michel Martelly, élu en 2011), et les aides que l’on reçoit.

Il y a des investissements dans le foot ?

Non, pas trop. C’est la FIFA qui donne un peu de moyens, mais pas assez.

Tu y étais, à Haïti, toi, au moment du séisme ?

Oui. J’étais là où évoluait mon club de l’époque, le Tempête FC (à Saint-Marc). J’étais sur le terrain au moment du séisme. D’un coup tout a commencé à trembler…  Je ne savais pas ce qu’il se passait. Après on a entendu à la radio qu’il y avait beaucoup de dégâts à Port-Au-Prince, dans ma ville à Petit-Goâve aussi. J’ai perdu des amis. Mais j’aime pas trop parler de ça.

Tu as joué un peu plus d’une dizaine de matchs avec la sélection haïtienne…

En tout j’ai fait 12 matchs et marqué 6 buts. J’ai été sélectionné très jeune en A. Pour moi c’est que du bonus.

Tu as joué contre l’Espagne aussi.

Oui, à Miami (le 8 juin 2013, victoire 2-1 de l’Espagne). C’est là que je me suis gravement blessé au bras. Ça a cassé ma progression pendant trois mois. J’ai accompagné l’équipe quand même à la Gold Cup après. Mais j’étais là juste pour supporter.

Alors Sergio Ramos ?

Il est fort. Il met un impact physique terrible.

Tu as aussi vécu un autre match particulier il y a quelques semaines, au Kosovo (qui disputait le premier match de son Histoire le 5 mars dernier face à Haïti, 0-0). En tant que titulaire en plus…

Pour moi c’était plus qu’un match. C’était vraiment impressionnant. Un match historique. Je l’ai ressenti, avec le public incroyable et tout ce qu’il y avait autour… J’ai vu l’Intérieur Sport sur Canal+, peu après, ça a confirmé ma première impression.

Kosovo-Haití

Tu as trouvé ça bien retranscrit justement ?

Oui, très bien. On voit dans la vidéo le coach, les joueurs, et j’ai compris. C’était vraiment plus qu’un match. C’était l’Histoire.

Tu as discuté avec les joueurs du Kosovo ?

Ouais un peu. Sur le terrain, ils faisaient tout pour gagner. On a défendu.

Quels sont les prochains objectifs pour Haïti ? (Un coéquipier : « LA COUPE DU MONDE ! »)

(rires) Non, celle-là c’est fini pour nous. On a un match contre la Serbie à New-York en mai. Après on a les éliminatoires pour la Gold Cup en octobre. L’objectif est de la remporter.

Jouer à Haïti aujourd’hui, c’est quelque chose de possible ? Car tu nous parles de matchs délocalisés…

On délocalise aux États-Unis par exemple car il y a une forte communauté haïtienne là-bas. Les éliminatoires on les joue en Haïti mais les matchs de préparation, non. Beaucoup de joueurs jouent en Europe, les faire venir à Haïti ça coûte trop cher à la fédération.

Et en France ? Parce qu’il y a du monde ici, toi, Jeff Louis, Jean-Eudes Maurice…

J’en ai parlé avec le coach (Marc Collat) qui est Français. Il m’a dit qu’ils allaient trouver un match contre une équipe africaine ou même l’équipe de France. C’est dans les tuyaux. Après il y a les binationaux ici. Tu as beaucoup de jeunes, au PSG, au Havre… De quoi renforcer l’équipe d’Haïti.

Belfort

Dans l’ambiance actuelle, vous y pensez déjà un peu à la Coupe du Monde 2018 ? Ou c’est trop loin ?

2018… Je ne vais pas dire à 100% que c’est possible mais… On a le talent qui peut faire la différence. Beaucoup de joueurs jouent en Europe, connaissent le haut niveau… Johny Placide à Reims, Jean-Jacques Pierre à Caen, Jean-Eudes Maurice au PSG, Jeff Louis à Nancy… Il y a quelque chose à faire.

Après le FC Tempête, tu es parti deux semaines à Lisbonne, au Benfica. Comment ça s’est passé ?

C’était après un match en Argentine avec Haïti. Un recruteur m’a vu jouer et m’a proposé un stage là-bas. Mais je me suis blessé.

Tu as pu te frotter aux joueurs qui y étaient à l’époque ?

J’étais avec la deuxième équipe, mais j’ai joué contre les pros. David Luiz, Cardozo, Coentrão étaient là, j’ai joué avec eux.

Pourquoi avoir choisi le Mans après ? Ça n’a pas collé avec le Benfica ?

Non c’était moi. J’étais blessé, et mon ami Jeff Louis était là-bas, il m’a dit que l’entraineur du Mans voulait bien que je vienne pour me soigner. Du coup je suis parti au Mans pour retrouver mon compatriote. J’ai fait un mois pour me soigner, ils m’ont laissé deux semaines de stage, j’étais vraiment bien et on m’a proposé un contrat direct.

Tu as quand même beaucoup joué au Mans…

Oui, 45 matchs, dont une vingtaine comme titulaire. J’ai marqué cinq buts.

Tu en gardes quel souvenir ? Parce que c’est le club qui t’a lancé, mais ça c’est mal terminé…

C’est le club qui m’a lancé en Europe, qui m’a mis dans le bain en 2011 contre Arles-Avignon, mon premier match en pro. J’ai beaucoup de souvenirs avec le club, ça me fait mal de voir qu’ils sont comme ça, comment ça s’est terminé.

Finalement tu as rejoint un club, Grenoble, qui connait une évolution comparable…

Oui. Ce sont des clubs qui ont construits des beaux stades et qui se sont retrouvés en CFA2, en DH…

Le fait que Fernander Kassaï et Frédéric Thomas, deux coéquipiers au Mans, signaient à Grenoble, ça t’a poussé à venir ?

Ça, et mon agent qui m’a beaucoup parlé de Grenoble, de leur projet. Donc j’ai accepté.

Kervens

Mais en vérité tu es sous contrat avec Sion, qui t’a prêté…

Oui, j’ai signé trois ans avec Sion (qui a dépassé le quota de joueurs extra-communautaires, d’où le prêt à Grenoble). Mais ce n’est pas sûr que je retourne là-bas à la fin de mon prêt. Je n’aime pas trop… J’ai envie de continuer en France, peut-être à Grenoble, si on monte en National. Il faut voir avec les autres clubs aussi. Pour l’instant il faut se focaliser sur la montée en National, on verra après.

Tu as toujours des contacts avec Jeff Louis je suppose. Il cartonne en ce moment…

Ouais, j’suis très content pour lui. Il a du talent, c’est un bon joueur.

Il parait que tu as mis un but pas mal toi récemment (sur une frappe du milieu du terrain, face à Marseille-Consolat). Il parait, parce qu’il n’a pas été filmé…

(rires) C’est un beau but ouais. Mais on ne peut pas le voir. C’est un but de 45m, un lob du milieu de terrain, le gardien était avancé.

En National, télévisé, il faisait le tour du Monde non ?..

(rires) Ouais… Mais je ne sais pas si je serai là en National.

Tu as déjà des contacts ?

Ouais, j’ai des cibles mais c’est mon agent qui gère. Pour moi l’important c’est Grenoble, le terrain, de m’entrainer…

Ça se passe bien ici ? Tu te sens bien ?

Oui, je me sens bien, avec tous les joueurs. Je me suis vite familiarisé avec eux, c’est un bon groupe. Ils m’ont beaucoup aidé à m’intégrer. Je suis heureux.

À Sion tu as « croisé » Gattuso, tu arrivais un peu après son départ. Tu l’as vu là-bas ?

Non il était déjà parti (aujourd’hui l’entraineur est Laurent Roussey). Je suis allé visiter le club, ils m’ont montré des maillots de Gattuso, une chaise aussi on aurait dit que c’était pour un roi, avec le numéro, le nom de Gattuso…

C’est quoi ton meilleur poste ?

Ailier gauche. Parce que j’aime dribbler, je vais vite… Je suis droitier mais j’ai un bon pied gauche.

À 21 ans, qu’est-ce que tu espères pour la suite de ta carrière ?

J’aimerais bien jouer un jour dans le championnat anglais. Je suis un joueur qui aime aller au duel. Après j’aimerais jouer la Ligue des Champions… Ça me fait rêver, ça pousse à travailler. C’est que du travail de toute façon.

Paul Arrivé et Martial Debeaux

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