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Dimanche, Saint-Étienne infligeait sa première défaite dans un derby à Rémi Garde. Pour la deuxième fois de suite, la première à Gerland, le match se disputait sans supporter de l’équipe visiteuse. Une décision (néo-première) ministérielle qui a aseptisé l’ambiance en tribunes et fait perdre de sa valeur à un incomparable duel français.

Derby

On joue la 74e minute du derby. Max-Alain Gradel vient de donner l’avantage aux Stéphanois. Du gauche. En haut du bloc J du Virage Sud de Gerland, un homme serre le poing. Discrètement. Il n’est pas le seul, mais pas loin. Ils ne fanfaronnent pas. À sa droite, le parcage visiteur est vide pour la première fois. Comme l’était celui de Geoffroy-Guichard à l’aller. Le plus beau duel du championnat a perdu de sa saveur.

La faute, entre autres, à deux arrêtés : le premier, préfectoral, qui interdit les supporters stéphanois d’occuper Gerland, sera qualifié de « farfelu » par Jean-Michel Aulas. Le président lyonnais aurait même « fait une demande pour que l’arrêté ne soit pas appliqué ». « Il est dans la pure communication, réagit Pierre Barthélemy, avocat connu pour défendre les intérêts des ultras. S’il avait eu des billes contre l’arrêté, il aurait pris des avocats ».

Quelques jours plus tard, un arrêté ministériel interdit à son tour « le déplacement individuel ou collectif de toute personne se prévalant de la qualité de supporter de l’ASSE ou se comportant comme tel » depuis huit départements autour du Rhône et de la Loire, vers Lyon.  Des décisions liberticides, « à la limite de la légalité » selon Pierre Barthélemy. « Mais elles sont impossible à faire tomber. Grosso modo, le juge ne peut annuler l’arrêté que s’il est trop manifestement illégal. S’il est « un peu » illégal, il considère que c’est le pouvoir discrétionnaire de l’administration en matière de police administrative qui s’applique. Le juge exerce un contrôle de proportionnalité entre l’importance des risques de trouble à l’ordre public et l’importance des atteintes aux libertés individuelles. Et il donne toujours raison à l’administration ». Vu ?

Sur la route du stade pourtant, peu de contrôles. « Dans les faits, on n’empêche pas les mecs de se déplacer, explique Pierre Barthélemy. On limite les déplacements massifs en bus et on profite de cet arrêté pour filtrer ceux que l’on connaît comme potentiels fauteurs de troubles. Mais si tu y vas avec un pote sans couleur et sans chanter, tu ne crains rien ». Résultat, personne aux couleurs de Sainté autour et dans le stade. « On a dû forcer un gamin à enlever son t-shirt vert. On exécute les ordres », confie un stadier.

FOOTBALL - FRENCH CHAMP - L1 - LYON v SAINT ETIENNE

Aseptiser le duel

À deux heures du coup d’envoi, une certaine tension est pourtant palpable autour du stade. Fumis, pétards, bombes agricoles… Même sans supps’ stéphanois, le derby est un match très particulier. On le comprend vite. Des matchs de cette saveur, ancrés dans l’Histoire d’une région (géographique, sociale et culturelle) qui dépassent le simple cadre du sport, il n’y en a pas d’autres au plus haut niveau footballistique français. Bordeaux-Nantes, Nice-Bastia, ou la rivalité OM-PSG montée de toute pièce… Incomparable. On l’a vu dimanche, les joueurs l’ont bien compris. Qu’ils soient formés au club ou non.

De fait si les Bad Gones et le Virage Sud ont donné de la voix (et un superbe tifo), on sent bien qu’il manquait quelque chose. « C’est un derby sans saveur », peste même Stéphane, supporter Lyonnais. Surtout, même s’il a historiquement été émaillé d’affrontements plus ou moins violents dans et hors du stade, il n’a jamais tourné au drame. Si le principe de précaution mis en avant pour ce genre de rencontres « à risque » peut donc se défendre (les Stéphanois souffrent également médiatiquement de leur récent déplacement à Nice, alors qu’ils avaient mis des années à se construire une image positive), il tend à aseptiser la rivalité entre les deux clubs et à abattre les ultras, qui font partie intégrante du duel. Les centaines de Stéphanois au départ et au retour du bus (après 1h du mat’ tout de même) en témoignent.

Pourtant, c’est vers ce genre de stades et de rencontres que l’on se dirige aujourd’hui. Des stades où le sens du mot « spectateur » prendra tout son sens. Des stades sans âme. Des stades où il faudra savoir se faire discret.

Peu avant le coup de sifflet final, un homme se lève, comme des pans de tribunes de Gerland avant lui. Il s’accoude à une barrière. Il reste quelques secondes à jouer. L’arbitre siffle. Sourire aux lèvres, il s’en va. Discrètement.

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