Une vague verte. C’est ce qui déferle sur le football français depuis le début de saison. À l’opposé du Paris Saint-Germain, l’AS Saint-Étienne crée la surprise en Ligue 1 au point de concurrencer les plus grosses écuries françaises. Et si l’ASSE connaissait une deuxième période faste après celle des années 70 ?
Les Stéphanois d’aujourd’hui peuvent construire une nouvelle épopée.
Curkovic, Rocheteau, Platini, Larqué, Herbin? Des has-been. Désormais la hype des footballeurs stéphanois se nomme Ruffier, Hamouma, Perrin et Aubameyang. Les profils sont bien différents mais le talent est là. Et même s’ils ne sont pas tous des internationaux en puissance comme à l’époque, les joueurs clefs de l’ASSE ne manquent pas d’arguments. Les Verts sont aujourd’hui un mélange de joueurs habitués aux joutes de la Ligue 1 ( Jean-Pascal Mignot, Renaud Cohade), de revanchards comme Jérémy Clément scotché sur le banc du PSG auparavant, de Bayal Sall placardé toute la saison dernière dans ce club, et comme Alejandro Alonso et Fabien Lemoine brillants milieux de terrain longtemps blessés respectivement au genou et au rein.
Mais Christophe Galtier compose aussi son groupe avec de jeunes joueurs promis à un avenir radieux. Il s’agit du défenseur aux allures de colosse Kurt Zouma (né en 1994 putain), déjà approché par les plus grands clubs anglais, et de Faouzi Ghoulam, le rapide latéral gauche âgé de 21 ans. Pour chaperonner tous ces joueurs, l’entraîneur stéphanois compte sur Loïc Perrin, véritable emblème du club qui y évolue depuis 2003. Natif de la ville, le tout récent défenseur central renaît après une saison passé à l’infirmerie. L’ASSE connaît une deuxième vie en même temps que son capitaine emblématique, comme un symbole. Mais la véritable locomotive du club cette saison, c’est son attaque composée des rapides et très techniques Max-Alain Gradel et Romain Hamouma mais aussi de Pierre-Emerick Aubameyang, l’un des meilleurs joueurs du championnat, d’Afrique et bientôt du monde (non, on ne fait jamais dans l’exagération ici). Auteur de 8 buts, l’ancien du Milan AC est aussi candidat au titre de meilleur buteur de Ligue 1.
L’effectif stéphanois est hétéroclite, talentueux, complémentaire et soudé. L’environnement est sein et la pression n’est pas la même qu’à Marseille ou à Paris, ce qui peut être un avantage non-négligeable pour la suite de la compétition.
La compétition justement a été entamé de la plus belle des manières. Troisième au classement à seulement deux points de son rival historique l’Olympique Lyonnais qu’il affrontera dimanche soir, l’ASSE tient le rythme imposé par les grosses écuries. Mieux, il les battent. Ce fut le cas à deux reprises contre le PSG, ce qui fait de l’AS Saint-Étienne la seule équipe à avoir réalisée cette performance cette saison.
Mais le PSG n’est pas la seule victime de la machine de guerre stéphanoise. Effectivement, les verts restent sur treize matchs consécutifs sans défaites. Ainsi, leur attaque est la troisième meilleure de Ligue 1 avec 24 buts inscrits alors que la défense fait mieux puisqu’elle n’a encaissé que 10 buts, c’est à dire moins que n’importe quelle équipe des trois premières divisions de l’hexagone. Cet exploit est à mettre à l’actif de toute l’équipe mais surtout au gardien Stéphane Ruffier, souvent infranchissable.
Cependant, la Ligue 1 n’est pas la seule compétition dans laquelle les Verts excellent. C’est aussi le cas en Coupe de La Ligue.
Avec leur talisman brésilien Brandao qui a gagné cette compétition les trois dernières saisons avec l’OM, l’ASSE est en bonne posture pour aller jusqu’en finale et pourquoi pas obtenir une qualification en coupe d’Europe.
En demie-finale, les hommes de Christophe Galtier recevront Lille. Avant cela, Saint-Étienne aura peut-être été sacré champion d’automne au soir de la 19ème journée après le choc contre Marseille. Anthony, supporter stéphanois depuis toujours, est bien conscient qu’un premier bilan ne pourra être tiré qu’à la trêve « on en reparlera a la fin des matchs aller, car le calendrier qui nous arrive (le derby, Bordeaux, Lorient au Moustoir et l’OM) nous permettra d’y voir plus clair dans les objectifs ».
Le terrain n’est toutefois pas le seul élément important de la bonne forme du club. Cette saison est aussi synonyme de travaux en profondeur. En effet, le mythique stade Geoffroy-Guichard connaît d’importants travaux en vue de l’Euro 2016. Longtemps inaccessible, la tribune Charles Paret est terminée mais le stade ne sera véritablement finalisé qu’en juin 2014. L’ASSE et son stade, c’est une longue histoire d’amour, voir les deux renaître de leurs cendres en même temps serait magique pour le football forézien et français. L’hypothèse est en tout cas très probable.
Stade, joueur, public, résultats, tout semble réunit pour que l’ASSE s’immisce de nouveau au firmament du football français. Pourtant, il reste bien du chemin pour arriver jusqu’aux exploits des anciennes légendes du club.
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« Non, ce sont deux époques différentes et puis il faut arrêter de ressasser sans arrêt le passé. Le football n’est plus le même, l’argent est désormais omniprésent. Retrouver une équipe comme celle des années 70, c’est simplement impossible. »
Lorsque l’on demande aux supporters stéphanois si l’équipe d’aujourd’hui peut être mise en parallèle avec l’équipe des années 70, les réponses sont cinglantes : « on ne peut pas comparer deux équipes avec autant de distance dans le temps, il y a eu beaucoup de transformations et de modifications dans le monde du foot, notamment économiquement » nous explique Anthony. Du côté d’En Vert et Contre Tous, site dédié à Sainté, on avance les mêmes arguments : « non, ce sont deux époques différentes et puis il faut arrêter de ressasser sans arrêt le passé. Le football n’est plus le même, l’argent est désormais omniprésent. Retrouver une équipe comme celle des années 70, c’est simplement impossible ». Roland Gromerdier va lui aussi dans ce sens : « non rien à voir. On ne compare pas une équipe qui se construit et qui n’a rien gagné avec la machine de guerre qu’était l’ASSE à l’époque. Cette époque ne sera sans doute jamais égalée ».
Aucun lien n’est possible entre les deux équipes tout comme aucun lien n’est possible entre le championnat de l’époque et le championnat d’aujourd’hui. Effectivement, dans les années 1970, une équipe se démarquait vraiment : Saint-Etienne. En 2012, ce n’est plus vrai, d’autres équipes ont immergé comme Lyon ou Lille. À cette époque, il n’y en avait que pour Saint-Étienne dans la presse et dans les tribunes, aujourd’hui, les médias se focalisent sur le PSG, les supporters ont changé et se sont morcelés. Maintenant, beaucoup supportent Marseille, Lyon, Paris, Bordeaux ou même Montpellier. L’ASSE n’est plus en haut de l’affiche, elle n’attire plus de stars confirmées, le budget est réduit. Le marketing aussi a pris un coup derrière la tête. « Il n’y a pas d’engouement particulier pour les maillots de Saint-Étienne même si en début de saison on a eu pas mal de demandes pour des maillots d’Aubameyang », c’est ce qu’affirme un vendeur d’Adidas. L’époque des maillots Manufrance, des disques « Allez les Verts » est révolue, la société est entré dans un nouveau système, le club aussi.
La conjoncture ne joue pas en faveur des Verts qui évoluent dans un championnat homogène, où tout le monde peut battre n’importe qui et où il n’y a plus une seule tête de série comme auparavant. Sur le plan européen, la donne est la même. Finalistes malheureux de la Coupe des Clubs champions en 1976, les Stéphanois ne peuvent pas rêver d’un tel parcours aujourd’hui. La faute aux grands clubs européens richissimes qui concentrent à eux seuls tous les meilleurs joueurs du globe.
Impossible en Europe, les supporters sont aussi sceptiques sur les possibilités de leur club à réaliser de bonnes saisons en Ligue 1 bien qu’ils se prennent à rêver. Anthony ose même le comparatif « Retrouver la place qu’avait Saint-Etienne dans ces années-là, c’est a dire n°1 français et dans le Top 5 européen, on signe tout de suite ». Pour EVECT, l’espoir est bien présent « cette équipe 2012/2013 peut écrire son histoire, une belle histoire, elle en a les moyens ! » alors que Roland se « contenterait volontiers d’un titre cette année, peu importe lequel : Coupe de la Ligue, Coupe de France ou, soyons fous, Championnat ».
Pour beaucoup, revivre la même épopée que durant les années 1970 est impossible. Cependant, les espoirs donnés par ce bon début de saison ravissent les supporters qui songent ouvertement à un titre majeur attendu depuis 1981. Rome ne s’est pas faite en un jour, alors pourquoi l’ASSE se referait-elle un jour ?








