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A quelques semaines du coup d’envoi de l’Euro 2012 en Ukraine et en Pologne, La Madjer vous propose de revisiter l’histoire du football est-européen avec la compétition à travers quatre épopées. Premier volet de notre rétrospective : l’URSS des années 1960, joyau du régime soviétique pendant la Guerre froide.

Dans un monde bipolaire profondément marqué par la lutte culturelle et idéologique que se livrent Américains et Soviétiques, le sport apparaît comme étant l’un des vecteurs les plus symboliques. Il symbolise la vitalité et le dynamisme de la jeunesse. Le football n’échappera bien évidemment pas à cette règle. Médaillée d’or olympique à Melbourne en 1956 (1-0 devant la Yougoslavie), l’URSS s’affirme en tant que nation majeure du football mondial. Bien loin des facéties brésiliennes qui feront longtemps la gloire de Pelé et Garrincha, le football soviétique se caractérise par un travail physique et mental impressionnant. La maîtrise de son corps en toute circonstance est une composante essentielle de ce football qui fermera ses portes aux plus fantasques des techniciens (Eduard Streltsov, dont le Roi Pelé aurait dit selon la légende qu’il était son plus grand rival, paiera très cher les conséquences de son supposé alcoolisme). De fait, le football pratiqué par l’équipe soviétique se rapproche de la vieille école britannique, celle du on-balance-devant-sur-l’attaquant- qui-remise-de-la-tête-sur-un-coéquipier. Il est évidemment réducteur de résumer le football soviétique à cela, d’autant plus que la génération victorieuse de l’Euro 1960 était performante dans tous les compartiments du jeu, mais il révèle à quel point le dogme communiste se répercute sur l’ensemble de la société. L’URSS des sixties, c’est le culte de la maîtrise des évènements, de l’efficacité sans la folie.

Le sacre de la philosophie soviétique

Côté joueurs, l’idole absolue est un gardien habillé en noir et possédant des réflexes qui rappellent, en fonction les situations, une araignée ou une panthère. Il s’appelle Lev Yachine et il est le premier joueur soviétique de l’Histoire à acquérir une véritable renommée internationale. Côté terrain, l’URSS aborde la première édition de l’Euro forte d’un titre olympique et d’un quart de finale de Coupe du Monde en 1958, balayée par l’hôte suédois (6-0) après être sortie d’un groupe composé du Brésil du jeune Pelé et de l’Angleterre de Bobby Charlton. Son parcours éliminatoire est plutôt atypique : après avoir éparpillé les cendres du « onze d’or » hongrois (3-1 ; 1-0), l’URSS profite du forfait de l’Espagne (dirigée à cette époque par le général Franco, pas franchement un ami du régime soviétique…) pour s’inviter au tournoi final en compagnie de la France (pays hôte), de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie, son adversaire en ½ finales.

Dans un Stade Vélodrome en folie, l’affiche est alléchante: elle confronte deux futurs Ballons d’Or (Lev Yachine, sacré en 1963 à Josef Masopust, sacré en 1962) et deux équipes aux styles radicalement différents, les Tchécoslovaques opposant aux Soviétiques leurs manieurs de ballons. Le jeu physique et direct des partenaires de l’Araignée noire éreinte l’arrière-garde adverse qui dépose les armes à trois reprises (doublé de Valentin Ivanov suivi d’un dernier but de la grande figure offensive de la sélection, Viktor Ponedelnik – 3-0).

La finale, qui se déroule au Parc des Princes, oppose l’élégante Yougoslavie, sortie victorieuse d’un bras de fer magnifique avec la France de Fontaine et Kopa (5-4), à la rude URSS. Sur un terrain glissant, les protégés de Tito prennent l’avantage juste avant la pause sur une réalisation controversée de Milan Galic (il aurait mis la mimine, dit-on). Sereins, les Soviétiques égalisent au retour des vestiaires par l’intermédiaire de Slava Metreveli et font le dos rond autour des cages de Lev Yachine qui sort le grand jeu en repoussant magistralement tous les coups francs du Juninho de l’époque, Bora Kostic. Contraints aux prolongations, les Yougoslaves, asphyxiés par le jeu dur  soviétique, finissent par céder à la 113ème minute de jeu sur un coup de tête de Ponedelnik, meilleur joueur de la compétition. L’Euro 1960 sacre non seulement l’URSS mais également une philosophie, un dogme.

Finale à « pile ou face »

Équipe européenne la plus régulière des sixties, l’URSS s’invite sans difficulté aux trois phases finales suivantes (2 défaites seulement en 20 matchs qualificatifs) mais échoue à chaque fois de peu. En fait, l’URSS ne cèdera pendant toute cette période que devant les organisateurs du tournoi final jusqu’à l’émergence d’une génération exceptionnelle. En 1964, les Soviétiques (qui ont conservé les joueurs-clés du sacre de 1960) ne s’inclineront en finale devant l’Espagne, hôte de la compétition, qu’à la 84ème minute de jeu.

En 1968, c’est littéralement à pile ou face (!) que les Soviétiques se font éliminer de l’Euro italien, là encore par le pays hôte. Au terme des prolongations, les deux formations n’arrivant toujours pas à se départager (0-0) et les tirs au but n’existant pas encore, un tirage au sort est organisé pour déterminer l’adversaire de la Yougoslavie en finale. Hasard ou non, l’Italie accèdera à la finale et sera sacrée à la maison. Il s’agit aujourd’hui encore d’un cas unique dans l’histoire de la compétition.

En 1972, l’URSS subit de plein fouet l’éclosion d’une génération qui emporte tout sur son passage: celle de la RFA de Gerd Müller et Franz Beckenbauer. A Bruxelles, les Allemands de l’Ouest remportent leur premier trophée continental en balayant l’Armée rouge en finale (3-0, dont un doublé de Der Bomber). Cette finale constitue le dernier fait d’arme d’une sélection qui déclinera progressivement jusqu’au milieu des années 1980.

A découvrir prochainement
– La Tchécoslovaquie d’Antonin Panenka (1976-1980) paru le 23.05.12
– Le Dynamo de Russie (1988)
– R.Tchèque : génération dorée, jamais sacrée (1996-2004)

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