Mais qui ose parler de tactique en 2012 ? Cette époque est révolue. Jette moi ce feutre qui marche une fois sur deux, ce paperboard où tu essayes d’expliquer vingt-cinq fois à Aly Cissokho que « oui, y’a une putain de ligne blanche mais qu’il peut s’en éloigner et parfois repiquer dans l’axe ». Ces schémas tout droit sortis de Football Manager n’ont plus lieu d’être. Jette moi toutes ces émissions où on décortique le jeu en entourant chaque joueur, en mesurant la distance qui le sépare du ballon, sa vitesse, son nombre de foulées, ce qu’il a bouffé ce midi. Jette moi tout ça.
Nous sommes au siècle du style, de l’image, de la décadence, du touché visuel. Le ballon n’est plus le seul intérêt, l’attention se porte aussi sur l’apparence des protagonistes. Les joueurs d’abord. Dernière coupe de cheveux à la mode, tribal d’Annie Cordy dessiné sur crâne à moitié dégarni, fond de teint pour cacher les relances acnéiques post-pubères, gel fixation titane bétonné, petit parfum Jean-Paul Gauthier au cas où une Vénus déboulerait dans les vestiaires en fin de match. Tout y est.
Et du côté du banc de touche. Oui le banc de touche. Le vrai messie s’y trouve, celui qui contrôle son équipe certes, mais surtout son allure. De plus en plus précis dans ses choix vestimentaires, il doit montrer la voie, inspirer ses joueurs, envoûter son équipe lorsque sa cravate accompagne ses grands gestes. Je t’emmène faire un petit tour, façon Karl Lagerferd, dans l’univers de la mode. Bons ou mauvais exemples, tout y passe (liste non exhaustive of course)
Le camp du style
A coup sûr les maîtres du style. Fini le temps du survêtement Kappa pour paraître sobre et proche de son équipe. Le style les accompagne naturellement, la mode n’a aucun secret pour eux. Gueuler comme un porc contre le quatrième arbitre s’apparente dans leur état au déhanché de Charlize Theron dans la réclame Dior. J’abuse à peine mais on adore.

Pep Guardiola : chemise, costard crevette, gilet parfois, un brin visionnaire. Le Pep ne fait jamais d’erreurs. Niveau coaching aussi, tout roule puisque le Barça est sur le toit du monde depuis plusieurs années. Reste à savoir si l’habit qatari lui ira tout aussi bien.
André Villas-Boas : potentiel indéniable pour la contrefaçon du Special One. AVB porte parfaitement la cravate bleue clair alors qu’elle ne schtroumpfs pas à tout le monde. Imperméable classe en temps de pluie avec le costard adapté. Au moins, il fera bonne impression lors de son entretien au Pôle emploi.
Roberto Mancini : pas facile de réussir quand on a la tronche d’un avatar et la coiffure de Dugarry. Mancini réussit le pari. La mèche est maîtrisée, la chemise cravate et le col en V sont complémentaires. Attention parfois au K-Way Manchester City de ma grand-mère. Cela reste un détail.
Le camp hybride
Le cul entre deux chaises d’un point de vue vestimentaire. Parfois classe, parfois dégueulasse, parfois les deux en même temps, l’hybride hésite entre plusieurs modèles. Il se cherche. On pourra lui reconnaître cette volonté de proposer autre chose, de tenter le diable… pour au final s’aplatir très souvent comme une grosse merde. Que crois-tu, le style est un sujet trop sensible pour être pris à la légère.

José Mourinho : et oui ! Le Mou aurait pu se trouver dans le camp du dessus mais sa récente tendance à laisser au placard son costume pour une doudoune sans manche de chez Tati lui vaut un rétrogradage stylistique. La Liga est une femme qui a besoin d’être draguée chaque jour José. Même quand elle est presque acquise.
Didier Deschamps : costard pour grands évènements, vieux survêtement contre Dijon, Valenciennes et Evian. Dédé applique une méthode simple mais peu efficace : faire le turnover dans sa garde robe et laisser au repos son habit de lumière dans les matchs bouseux. La définition même de l’hybride. Note positive, la coupe poivre et sel est mieux maîtrisée qu’auparavant.
Kenny Dalglish : les english n’ont pas tous le swag de Darren Tulett (j’n’ai pas dit swag). Même si Kenny pourrait très bien s’en sortir, l’utilisation du K-Way Mamie Nova par dessus un style maîtrisé gâche l’ensemble. Ok, nous sommes en Angleterre mais cela n’excuse pas tout (c.f Mancini et AVB). Le manager des Reds mélange donc « classe » et « négligé », reconnaissons lui cette particularité.
Le camp du négligé
Les mauvais élèves sont là. Rien à foutre du style, l’entraîneur n’est pas là pour faire un défilé de mode. Erreur d’appréciation majeure quand on sait que, dans un même match, douze caméras font cinquante-six fois un gros plan sur ton corps de lâche. Heureusement pour nos yeux, c’est une espèce en voie de disparition. Faîtes entrer les vachettes !

Guy Roux : comment ne pas citer Guy La Brocante ? L’éternel manager d’Auxerre a démocratisé le combo « bonnet / veste de survêtement », tout naturellement. Sa fin de carrière, stylistiquement parlant, fût plus intéressante il est vrai. Cristina Cordula aurait certainement fait une syncope face à la garde-robe paysanne du professeur Roux. Au fait, c’est qui Cristina Cordula ?
Jürgen Klopp : l’Allemagne dans toute sa rusticité. Jürgen Klopp enfume à lui tout seul le style. Le jaune ne va pas à tout le monde OK, le physique n’est à la base pas avantageux OK, mais dans ce cas là SAUVE LES MEUBLES JURGEN ! Lunettes de 1924, coupe longue sans volume, barbe de 76 jours, casquette fluo parfois. Enlevez-moi ça de la vue !
Martin O’Neill : j’aurais pu dire « c.f. Jürgen Klopp » mais cela aurait été trop dur pour Martin (prononce le à la française, c’est plus marrant). Le manager nord-irlandais aime mettre en avant le sponsor de son équipe. Non non, pas UNICEF, loin de là. « Tombola ». Le lot n’est pas vraiment gagnant, la calvitie naissante aggravant cette affirmation. Allez Martin, un petit effort.






