Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison avec les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.
Mike Godwin
Josep Guardiola. Plus simplement, Pep Guardiola, tout court. « Le Pep » serait de mauvais goût, comme un objet banal, une personne familière, une lâche comparaison à Mourinho. Et malgré que son nom apparaisse sans cesse dans les journaux, à la radio et à la télé, Guardiola est inaccessible. Aucune interview personnelle depuis sa prise de fonction en tant que coach de son Barça, en 2008. Une vie privée protégée par un épais filtre opaque. Seulement du jeu. En long, en large, mais du jeu.
L’incroyable machine à vaincre
L’identité du jeu catalan passe par le collectif. Véritable coupeur de tête, Pep se débarrasse des melons et égos gonflés sur la dette colossale du club, dès sa prise de fonction. Il fait passer par-dessus bord Ronaldinho et Deco, Eto’o obtenant une saison de sursis. Très strict sur les horaires d’entraînement et le train de vie de ses joueurs, notamment l’aspect diététique, il redéfinit le système de Rijkaard, beaucoup trop laxiste. Les 4 fantastiques n’ont plus lieu d’être. Après le départ de Ronnie et celui du désormais Joueur-Le-Mieux-Payé-Du-Monde, reste notre Titi national qui s’envole en 2010 pour les Etats-Unis, grillé. Messi se retrouve désormais épaulé par Pedro et David Villa.
Les mutations s’opèrent et prennent très vite. La raison : Guardiola, ancien capitaine emblématique du club, entraîna le Barça B pendant une seule saison, 2007-2008, trouvant dans ce vivier des certains Busquets, Pedro et autres Thiago Alcantara. C’est aussi durant sa toute première année sur le banc qu’il permet au Barcelona Atletic de passer de la troisième division à la seconde. Et de taper dans l’oeil de Laporta, président de l’époque.
Le football total se refait une jeunesse. Après s’être longuement inspiré de ses mentors (parmi lesquels on retrouve Bielsa, La Volpe, Van Gaal, Cruyff), il écrit et suit scrupuleusement son unique maxime : ne jamais être conditionné par son adversaire. C’est justement cet entêtement qui lui valu trophées et critiques, notamment contre l’Inter, en demi-finale de Ligue des Champions en 2010. Jugé trop naïf face au malin Mourinho, Pep s’est bien gardé de répondre aux très légères remises en question de son équipe, remportant cette année là le championnat avec 99 points… et humiliant la saison suivante le Real du Mou.
Pour se faire, il aligne un milieu intelligent, avaleur d’espace et visionnaire. Un duo magique déjà existant, Xavi et Iniesta, suppléé derrière lui par Sergio Busquets, et deux latéraux qui prennent leur couloir, Alves et Abidal/Maxwell/Adriano. Il ne lésine pas sur les passes en retrait, insiste sur le relance cruciale de ses défenseurs, conserve un espace suffisant entre ses lignes afin qu’elles communiquent sans interférence et pour qu’elles puissent ainsi tourner le ballon sans déchet. Avec des cerveaux habiles dans l’entrejeu, son 4-3-3 à tendance 4-6-0 rend fou les équipes qu’il affronte, à tel point qu’il les écoeure avant de les écraser. A tel point qu’on a du mal à comprendre comment les joueurs du Barça peuvent être aussi nombreux devant la défense adverse, jouant sans véritable numéro 9.
L’énorme impact médiatique
La première saison de Guardiola s’est conclue par un triplé Coupe du Roi – Liga – Ligue des Champions. En 2009, il marque l’histoire avec six titres, world premiere (Coupe du Roi – Liga – Ligue des Champions + Supercoupe d’Europe – Supercoupe d’Espagne – Coupe du Monde des Clubs). Aujourd’hui, Pep a déjà raflé 12 trophées. Le Barça était engagé sur un total de 16 compétitions en 3 saisons. La dream team catalane a 75% de chance de remporter la victoire finale dans une compétition dans laquelle elle est engagée depuis l’arrivée de son homme providentiel, qui n’a jamais caché qu’il ne comptait pas rester longtemps au club.
La mémoire collective est à jamais marquée au fer blaugrana. La machine médiatique s’emballe et fantasme sur ce Barça, devenu standard du « beau jeu ». Qui ne joue pas comme les Catalans est alors désagréable, dérangeant, has-been. Qui joue plutôt bien est alors systématiquement comparé au Barça, comme l’ont été les kids d’Arsenal. Bref, un point de non-retour s’est créé avec la sur-médiatisation de cette équipe. Mieux, les Clasicos ne sont désormais plus des matchs opposants la capitale économique à la capitale culturelle d’Espagne, mais un combat entre le Bien et le Mal. Entre ceux qui veulent bien jouer et ceux qui veulent gagner.
Devenu mythe et proclamé meilleure équipe de tous les temps, le Barça fait perdre le peu de crédit qui restait aux commentateurs français. Objectivité zéro, obnubilation totale des plateaux de télé. Le débat télévisuel est un non-lieu, n’aboutit à rien de concret et bloque même le processus de réflexion des téléspectateurs, zombifiés par le seul nom de Barcelone.
A chaque match du Barça, ce sont des dizaines voire des centaines de millions d’aficionados derrière leur écran. Tout est tourné pour faire des joueurs du Barça des héros modestes (produits dérivés, cartoons, statuettes caricaturales…) et pour faire rêver petits et grands. Ainsi, on oublie le crachat de Messi sur un joueur de Malaga, en 2008, la réaction de mauvais perdant de tout le staff et du Nou Camp de suite après l’élimination en demi-finale de C1 face à l’Inter, en 2010, des mauvais gestes récurrents de Busquets et Puyol.
Mes que un club, un symbole régional, national, européen et mondial. La Coupe du Monde 2010 et la victoire finale espagnole se sont faites grâce à 7 joueurs catalans… dont 6 provenant de la Masia. Comment oublier une équipe qui martyrise chacun de ses adversaires, qui possède une aura de bienfaisance qui s’étend à travers les frontières et un coach qui sait comment utiliser ses joueurs, comment leur parler, comment vivre avec. De ce constat en découle la loi Guardiola :
Plus une discussion footballistique dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison avec le FC Barcelone ou Pep Guardiola s’approche de 1.








