Je suis Eddy Fleck, personnage de 49 ans, ultra-reconnu dans le monde du football.
Je suis là pour vous faire vivre le côté caché des clubs de football.
Sans aucune mythomanie.

Au réveil j’hésite. Entre un talentueux Steven Spielberg ou un cocaïné façon Jean-Luc Delarue, j’hésite. Je fais mon propre diagnostic mental et j’hésite encore. La raison : un rêve. Celui de la nuit dernière. J’ai toujours la main dans le slip, il est midi mais je n’arrive pas à m’en remettre. J’étais pourtant en bonne forme hier soir. Une sortie en boîte sans Tony Vairelles ne pouvait que bien se passer. Seulement, ce matin, la fusillade se passe dans mon crâne.

Il fait sombre. Je suis dans ma Merco-Benz comme dirait Didier Morville. Mon rêve commence. Assis sur les sièges passagers, Sylvie Vartan et Joey Barton discutent de l’écologie d’Eva Joly. Nous nous rendons en direction de Disneyland Dunkerque, comme l’indique le panneau sur ma droite. Je mange un kebab sauce samouraï tout en faisant des appels de phare à la calèche devant nous.

« Les papiers du véhicule Monsieur Fleck »

Le policier avait la voix d’Eddy Murphy. A côté de moi, Brandão apparût et se mit à crier  « J’ai pas touchéo, nan nan, c’est pas nourmal ». Calme toi Brandade, c’est juste un contrôle de routine. Je me retrouve alors projeté dans un froid polaire. Une lumière aveuglante m’empêche de contrôler ma voiture. Je tombe dans un ravin et Sylvie Vartan commence à chanter « Comme un garçon ». Je propose à Joey Barton de l’assommer d’un coup de crampon mais il me répond que l’accident lui a certainement fait perdre ses deux jambes. Malgré l’étroitesse de la voiture, abîmée et retournée par le choc, Brandão parvient à passer sa main par la fenêtre pour violer une jeune passante.

Je m’extirpe finalement du véhicule et marche tout droit vers cette lumière. Guy Roux me prend en chasse avec des bouteilles de Cristalline à la main.

« Je suis venu éteindre le feu à l’Abbé Deschamps. Eddy ! Aide moi à éteindre le feu »

Il finit par me retenir par la veste et nous nous retrouvons projeté chez moi. Dans mon rêve, Guy a une crotte de nez et je lui fais remarquer. Il m’invite à m’asseoir sur mon canapé et me propose un thé. Guy me demande si je veux deux ou trois grammes de produits qui font rigoler dans la tasse. Je répond « trois », de façon tout à fait naturelle.

« Eddy, j’ai en main quelque chose de dingue. Fais en bon usage »

Il pose un radiocassette sur la table du salon et commence à se déshabiller. Je me réveille en sursaut.

Alors oui, ce matin j’hésite. Entre un talentueux Steven Spielberg ou un cocaïné façon Jean-Luc Delarue, j’hésite. Je ne veux pas me rendre au salon. Le radio-cassette pourrait être posé sur la table. Je décide de me lever et traverse le couloir. Le couloir de la mort. Des objets jonchent le sol, un bonnet de l’AJ Auxerre et trois bouteilles de Cristalline entre autres. Je me mets une droite entre les deux yeux pour me réveiller.

Sur la table, oui, le radiocassette me fixe. Je l’enclenche. C’est la conversation entre les arbitres Tony Chapron et Johann Perruaux lors du Brest-Auxerre du 17 décembre. Morceaux (inutiles) choisis.

« 2’ : – Bon Tony. Qu’est-ce qu’on peut foutre comme bordel ce soir ?
- Faudrait savoir déjà si ce match de merde est diffusé.

13’ : – Tony j’ai demandé à un mec dans les tribunes. Apparemment c’est diffusé.
- Attends merde, y avait hors-jeu sur l’action là Johann ?
- J’sais pas. Je lève le drapeau on sait jamais.

26’ : – Il a vraiment des oreilles bizarres Chafni. A chaque fois qu’il passe à côté de moi en courant j’éternue.

34’ : – Un but sur penalty de Grougi au Stade Francis Le Blé. Non franchement j’suis content d’arbitrer en Ligue 1.
- Tu penses que le nom du stade peut attirer des mecs à oseille Tony ?
- Pas compris ta blague.

55’ : – (la conversation se brouille) Pourquoi il s’excite comme ça… Chafni ?… Monsieur Chafni, pouvez-vous rabattre immédiatement ces oreilles ?! Tony met lui un rouge, il est incontrôlable.

90’ : – Eh dis donc Tony. Dégage l’arabe, c’est une insulte ? »

Le radiocassette se bloque. J’en avais assez entendu. Perdu entre mes souvenirs évaporés de la nuit dernière et l’envie de diffuser cet enregistrement, je décide d’aller noyer mes pensées sous une bonne douche.

Guy était là hier soir. Et je ne lui ai même pas demandé un autographe.

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