À chaque début et fin de championnat, Canal+ se fait un plaisir de proposer un multiplex, depuis la saison dernière renommé multifoot et dont seule l’appellation a changé. De la musique qui se déclenche en cas de but à Eric Besnard, en passant par les irrémédiables problèmes techniques, la formule est restée identique. Toujours aussi vomitive et ennuyeuse.
Avant d’expliquer pourquoi, résumons déjà comment se présente le multiplex par Canal. En studio, un journaliste est chargé de donner du rythme au programme. Il interpelle les commentateurs présents dans chaque stade (parfois accompagnés de consultant lorsque la rencontre est jugée importante) , leur demande de faire un petit point sur les dernières minutes et décide de passer à un autre match régulièrement, tout en évitant de faire rater des évènements intéressants au téléspectateur. Le journaliste en studio n’est pas seul, un consultant dont les analyses n’apportent jamais rien l’assiste. À sa décharge, suivre deux matches simultanément est déjà compliqué, alors quand c’est sept ou encore plus…
Canal-
Généralement, un match fait office de fil rouge. Souvent, c’est celui du leader du classement ou un choc entre deux équipes qui luttent pour le titre ou l’Europe. Début de championnat oblige (on y reviendra), impossible de choisir selon les enjeux. Mais au vu de l’été extrêmement médiatisé du PSG, le déplacement de Lorient dans le 75 semblait offrir un fil rouge sympathique, l’équipe bretonne n’étant pas mauvaise pour animer les rencontres. Et on pensa d’abord que le Parc des Princes serait bien le choix de la Quatre. Malheureusement, ce ne le fut pas. Tout simplement parce qu’il n’y eut aucun fil rouge. Déjà la saison passée, la chaîne cryptée avait montré son appétit pour la tournante. Toutes les trois minutes, le téléspectateur est téléporté dans un autre stade, invité à regarder trois minutes d’un autre match dont il n’a pas vu la dernière demi-heure.
Dans ce changement permanent est probablement cherché le rythme par Canal. Le dynamisme, l’intensité, l’abolition des phases de jeu préparatrices et du risque de voir une purge. Une sortie de but à Ajaccio ? Vite, retournons à Caen. Le championnat reprend, il faut marquer le coup, promouvoir cette Ligue 1 si souvent décriée et éviter de relancer la saison footballistique par un Rennes – Bordeaux. Faire du sensationnel. De l’exceptionnel, du spectacle. La présentation du multiplex raconte toujours la même histoire, rappelle toujours le jingle synonyme de but. Tout est là. Des buts, des buts, le plus possible, comme une compilation. Ces soirs là, on attend Jour de Foot pour voir les résumés des matches qu’on vient de regarder. Oui, c’est exceptionnel.
C’est là que Canal se trompe. Passer de stade en stade n’est pas un délice pour le téléspectateur. Sachant que trois minutes plus tard un autre match sera à l’antenne, on se désintéresse vite de celui qui passe en ce moment, qu’on tente de regarder, là, maintenant. Chercher le rythme dans un switch de rencontres incessant sera toujours vain. Quitter un stade où il se passe peu de choses pour un autre où il s’en passe encore moins forme une grande partie d’un multiplex. D’un multiplex sans fil rouge. Dans un monde idéal, le multiplex en début de saison aurait un fil rouge. Ou le multiplex en début de saison n’existerait pas. Ou le multiplex en football n’existerait pas.
Enjeux et jeu
L’intérêt du fil rouge, c’est de se concentrer sur un match, de pouvoir observer sa physionomie, son déroulement, l’opposition qu’il propose. Bref, de voir du football, et de n’être dérangé que par un évènement à peu près intéressant : un but, un carton rouge, un penalty. Un élément qui pousse les équipes à changer de stratégie ou qui modifie le classement. Ainsi, le fil rouge évite le changement régulier et bête.
Si le rythme est impossible à trouver, voire à créer dans un multiplex, l’adrénaline en est évidemment une partie majeure. Mais où trouver l’adrénaline dans un multiplex consacré à la 1ère journée du championnat ? Où trouver l’adrénaline sans enjeux, sans tension, sans motivations et espoirs particuliers ? Un tel dispositif est légitime pour une fin de championnat. Et les ligues ne s’y trompent pas, dans beaucoup de pays, les matches des deux dernières journées sont tous joués aux mêmes horaires. Faire jouer tous les clubs simultanément les forcent à réagir rapidement face au déroulement des autres rencontres. Moins de calcul, plus de risques, forcément le nombre de buts explose et les audiences télé avec. Le multiplex de début de saison n’offre rien de tout ça.
Plus qu’une question de calendrier, l’intérêt du multiplex repose aussi sur le sport diffusé. Différent du basket – pour comparer avec un sport collectif – , de ses temps morts et de ses quart-temps courts, du tennis et de son score par jeux et sets, ou encore du golf et de sa progression par trou, le football est sûrement une des disciplines qui se prête le moins au format. Passer d’un golfeur à un autre ne pose pas de problème. Diffuser un autre court après la fin d’un jeu ou d’un set est parfaitement télégénique. Si le multiplex n’existe pas (à ma connaissance) au basket et que son application serait plus difficile qu’aux deux sports précités, la faible durée des quart-temps (10 minutes en France et lors des compétitions internationales, 12 minutes en NBA) conviendrait plus que les 45 minutes par mi-temps en football. Le foot est un jeu qui s’apprécie sur la durée, même s’il faut s’ennuyer pendant une heure avant d’exulter.
Comme l’ont si bien dit les cahiers du foot ; « le Multiplex, c’est l’art de tout montrer pour ne rien voir ».





