Un remake de Big Bisou franco-hollandais
L’Emirates, autel de la vengeance londonienne
«Pas la même histoire» résonnait comme un leitmotiv pour la troupe à Wenger au cours de ces dernières semaines. Ne pas retomber dans les affres des quarts de la saison passée. Être plus fort, se montrer plus autoritaire, avoir du caractère. En un mot, être plus mature. Job is done. Non pas qu’Arsenal sombra dans la facilité, loin de là, mais l’équipe a su faire preuve d’intelligence lors des phases offensives et défensives. Du moins, dans un premier temps.
Avec un bloc-équipe incroyablement dense dans l’axe et laissant très peu d’espace entre les lignes, les Gunners ont su prendre de court les Blaugranas. Impossible pour eux alors d’appliquer leur tiki taka préféré. Peu de passes dans le dos des défenseurs, les passes ne traversent pas la zone médiane. Reste les ailes, et avec Dani Alves très en jambe, Barcelone a su peu à peu imposer son rythme, au prix de (très) rapides contre-attaques londoniennes. A force de patience (ou d’impatience des Gooners), Villa et Mesi arrivent à faire craquer la charnière Djourou-Koscielny, donnant l’occasion au premier d’ouvrir le score tout en vitesse.
La débauche d’énergie est énorme, l’intensité à son comble. Attaque-contre-attaque-contre-contre-attaque. Bref, du handball où Eric Abidal serait un Didier Dinard en puissance. Sur ses nombreux contres, Arsenal bute sur une défense espagnole solide et haute, faisant presque oublier l’absence de Carles Puyol Jagger. Et Van Persie y va de son imprécision. Heureusement, elle fut moins en vue que celle du Pichichi, de Léo Messi. Le soir sans pour le neo Ballon d’Or, pas assez lucide lors du dernier geste et pourtant en jambe lorsqu’il fallait prendre de vitesse les arrières anglais. Assurément, il n’y aurait pas eu cette malédiction, ce sort lancé par d’étranges mages d’Albion, empêchant Messi de marquer outre-Manche, la donne aurait été différente. Pourtant, même sans le meilleur joueur du monde, le Barça à la main mise à la mi-temps sur le jeu, faisant ce qu’elle veut de ses adversaires. Alors, le bras de fer anglais ne s’est-il limité qu’à un bloc à la robe solide mais si friable avec le temps ?
De la hargne, mais une courte victoire
Logiquement, l’intensité du match perd de sa force au fil du temps, la fatigue et la lassitude des hôtes aidant. Louchant toujours, Messi vendangera sur une frappe pas assez croisée à la 68ème, loupant le break tant espéré. Avec moins de 40% de la possession du ballon, Arsenal est un sous-Barça, dominé par l’envahisseur sur ses propres terres dans tous les compartiments du jeu… Sauf un. Les choix du coach.
Pep sort Villa et le remplace par Keita. Malheur ! Les Barcelonais se recroquevillent sur eux-mêmes et commencent à laisser un peu plus d’espace. Ni une, ni deux, les Gunners se jettent dessus, et même si Nasri recule aux côtés du très-en-vue Wilshere, Wenger fait sortir Walcott et Song (aka. l’éjaculateur précoce du football, dixit Daniel Riolo) au profit du vif Archavine et de, euh, Bendtner. Probablement pour sa taille et son jeu de tête, même si à ce moment-là du match, les ailiers étaient assez grillés. Toujours est-il que c’est du couloir gauche que part le but de l’égalisation, avec un jeu entre le tsar russe puis Clichy qui enverra un long ballon dans le dos de Piqué, en destination de RVP qui bénéficiera d’un très mauvais placement de Valdes pour placer le cuir dans un angle fermé.
D’un coup, le match tourne au vinaigre pour les visiteurs, ne faisant plus aucune preuve de maîtrise et pliant sous l’énorme pression de l’Emirates. Nasri, plus patron que jamais, offre un caviar pour Archavine sur une énième contre-attaque allumée par Fabregas d’une superbe passe en profondeur, scindant tout une défense en un seul geste.
Dominés mais jamais emportés, les Gunners vieillis d’un an sont d’une terrible rancœur. Et avec la tête sur les épaules, ils ont serré les dents et réussis à arracher la victoire sur leur jardin. Auteurs d’une très bonne copie, Wilshere, Koscielny, Nasri et Szczesny ont su garder le cap lorsque leur équipe était au plus mal de la domination espagnole. Les caractériels ont émergé.
La performance est de taille, l’occupation catalane ne faisant quasiment aucun rescapé à chaque match. Arsenal peut donc fièrement lever ses voiles sur le chemin qui le mènera à Nou Camp, mais l’avenir proche nous dira si, réellement, les Gunners ont mûri. Seuls Hercules et Bilbao ont réussi à ne pas encaisser de buts dans l’antre des Blaugranas. Jamais deux sans trois dit-on.




