Clarence Seedorf a marqué ce week-end. Inutile de dire pour qui. Lorsque l’on dit Seedorf, on entend Milan. Lorsque l’on dit Milan, on entend Seedorf.
« Pour qui jouais-tu ? ». Est-ce qu’un footballeur se pose cette question à la fin de sa carrière ? Utilise-t-il l’imparfait et non pas le passé simple ? Quand il en a fini de sa vie de joueur, regarde-t-il derrière, cherche-t-il où il pourra se trouver ?
Les joueurs viennent, partent, le club reste. Les tendances mercenaires des joueurs du 21ème siècle sont souvent notées, quand elles ne sont pas décriées. La flexibilité des contrats provoquée par l’arrêt Bosman a facilité les flux de footballeurs. Mercato estival, mercato hivernal, clubs et joueurs ont de nombreuses occasions de se séparer. Mettant fin à leur histoire avant qu’elle n’ait commencée. Pour piocher à nouveau dans Paul Yonnet, « le champion est un voyageur de l’identité ». Qui peut citer toutes les équipes honorées par la présence de Kaba Diawara, que ce soit pendant six mois ou deux ans (six mois étant plus fréquent) ? Kaba Diawara en est-il seulement capable ?
L’objectif n’est pas de critiquer le footballeur actuel, qui bénéficie autant de la situation qu’il en pâtit. Les entraineurs ne sont pas les seules victimes de l’impératif de résultat. Le temps laissé au joueur pour réussir est de plus en plus court. S’il ne répond pas aux attentes, un autre club sera ravi de l’accueillir. Il n’est pas surprenant de constater un nombre de footballeurs au chômage en augmentation. Les clubs et les joueurs participent à cette politique de l’instant, sans pardon, sans considération. Certains pointent du doigt l’explosion du nombre de divorces dans nos sociétés et déplorent l’extrême fragilité des couples. La comparaison peut sembler bancale mais elle est une belle illustration de la phrase – parfois fausse – « le football est un reflet de la société ». Que ce soit dans les tribunes ou dans les vestiaires. La deuxième chance se raréfie. S’accroche-t-on, s’accrochent-ils moins qu’avant ?

Que voit le footballeur globe-trotter quand il se retourne aujourd’hui ? Un enchainement de villes et de pays ? Repense-t-il aux clubs où il a été, à ceux où il était ? Qu’il soit talentueux ou moyen, de quoi se souvient-il ? Et qui se souvient de lui ? Thierry Henry s’est récemment rendu à Londres pour une cérémonie célébrant les 125 ans d’Arsenal. Celui qui fut un Gunner pendant huit saisons ne put retenir ses larmes devant la statue en son honneur. Les supporters présents ont alors chanté son nom. Zlatan Ibrahimovic reproche dans sa biographie au Barça d’être exagérément aux ordres de Lionel Messi. Cette légitimité n’est pas fortuite, elle vient de l’ancienneté de l’Argentin dans l’effectif catalan. À la fin de sa carrière, il ne sera probablement que le génie de Barcelone. Messi sera Barcelone et Barcelone sera Messi. Oui, Zlatan Ibrahimovic sera l’Ajax, sera la Juventus Turin, sera l’Inter Milan, sera Barcelone, sera le Milan AC et peut-être un autre club. Mais qui sera Zlatan Ibrahimovic ? Qui construira une statue à sa gloire ? Où Zlatan ira pleurer ? La postérité ne laisse pas ses portes grandes ouvertes. Pour vaincre le temps, il faut le vivre.







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