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Il y a une semaine, l’équipe de France de rugby s’inclinait d’un seul petit point face aux Blacks, à Auckland. Le moment opportun pour les (plus ou moins) amoureux du rugby de nous faire la leçon. Oui, nous autres, êtres cupides qui aimons un sport décadent dirigé par le fric.

Le football n’a pas de valeur. Du moins, c’est dans cette posture que l’Ovalie se positionne : fierté du patrimoine, convivialité après les matchs, esprit d’équipe et de terroir, petite famille du rubgy, et j’en passe des termes aussi gros que mensongers. La propagande du rugby s’oppose au football mainstream, qui n’a même plus besoin de mettre en avant ses atouts tant il est devenu le sport le plus joué de la planète. Les partisans du ballon rond poussent le maul encore plus loin en considérant le football uniquement tel qu’il apparaît sur leurs télévisons : pompe à fric, machines à buts et simulateurs beaux-gosses tout maigre. Le dernier argument étant particulièrement abject mais proche de la triste réalité, nous en déplaise.

Cependant, quid de la fourchette ? L’esprit de bonne bagarre s’envole-t-il à chaque doigt fourré dans l’œil ou c’est justement ce sentiment de bien faire, dans les bonnes traditions, qui justifie ce geste des plus violents et dangereux du sport ? Pourquoi les échauffourées du football ne valent-elles pas celle du rugby ? Au nom de l’esprit de la petite famille de l’Ovalie ? Foutaises. Les piliers et les avants se retrouvent après le match autour d’une bonne bière. Les joueurs de foot, non ? Mais quelle connerie cette 3ème mi-temps.

L’enrobage de cette « folie Ovalie » pendant les Coupes du Monde résulte avant tout des médias qui présentent le rugby comme autre alternative de sport national (éditions spéciales, plateaux aux couleurs de la Coupe, bref, la totale, comme au foot). A ce moment-là, on se retrouve dans une configuration révoltante et stupide : mon rugby vaut mieux que ton foot. Une opposition des plus basses, agrémentée par la même occasion de parallèle douteux quant au bus de Knysna, aux joueurs débiles sous l’aile de Laurent Blanc. C’est aussi à ce moment-là que les rugbyx émergent, l’équivalent du footix. « Le football c’est de la merde, quand ils se tapent, les mecs se relèvent et pleurent pas ». En bref, tous les arguments cités plus haut nous sont vomis dessus, nous, malfrats et immondes admiratifs du ballon rond.

Pour prendre la défense de notre sport orphelin de ses mérites et vertus, car c’est bien une attaque que nous subissons depuis trop longtemps, répondons qu’il existe l’équivalent de la petite famille ovale, mais en bien plus grand. Des centres de formation aux différentes écuries, les footeux rencontrent un paquet de personnalités différentes et se lient d’amitié. Jusque là, logique, mais apparemment ça échappe à l’esprit de certains. L’émergence des réseaux sociaux est une aubaine. Véritable fenêtre sur ce qui naguère était exclusivement aux journalistes, et le plus souvent en off, n’importe quel quidam peut retrouver la page Twitter ou Facebook de ses joueurs préférés et suivre leur actualité. D’ailleurs, ces derniers saucent beaucoup à coup de photos et de vidéos, faites maison, de quoi créer un climat cosy et très intrusif.

Avec ou sans ces réseaux, il n’est guère compliqué de remarquer que certains clubs ressemblent plus à de grandes fratries qu’un melting pot d’individualités. Le Barça en est le parfait exemple. Tellement qu’il en prend une dimension politique et culturelle. Le football est un vaste ensemble de groupes qui se font et se défont, dans des contextes qui favorisent ou non la naissance de champions, le tout se basant sur le caractère de chaque individu. Oui, il y a des sacrés connards, oui, peut-être plus qu’au rugby, mais le brassage qu’est le football est le reflet de notre société, sur différentes échelles. Et bien même, l’attrait de l’argent en quantité astronomique change bien des joueurs. Ce sont ces mêmes hommes qui font les choux gras de la télé ou la presse à scandale. Alors pourquoi se fixer dessus comme un idiot et en persistant que le football est une arène où se battent jusqu’à la mort les égos de chacun alors que la réalité est toute autre ?

Oui, pourquoi l’Ovalie tu t’obstines et, coûte que coûte, tu cherches cette opposition puérile en te fixant uniquement sur les images qui défilent à toute vitesse de ton écran ? Quel est l’intérêt de ces gémissements plaintifs loin de toute argumentation rationnelle ? Et si c’était finalement un caractère héréditaire, qui se transmet de père en fils depuis que William Webb Ellis a décidé de stopper une partie de foot et de prendre le cuir à la main ? Quoi qu’il en soit, ce syndrome du petit frère pleurnichard et jaloux de son fraternel tient plus de la rancoeur que du réel conflit d’intérêt. Comme s’il tirait la couverture sur lui dans un lit trop grand pour tenir à deux dedans. Le petit frère fera tout pour faire son intéressant. Le grand frère s’en fiche, le benjamin essaye tant bien que mal de faire son beurre dans son dos. Ridicule.

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