« Les deux carburants du sport-spectacle sont l’incertitude et l’identification » selon P.Yonnet, dans Huit leçons sur le sport. Première information, le sport est un spectacle, n’en déplaise à P.Correa, ex-gourou du non-jeu à l’ASNL et actuel entraîneur de l’ETG. Le plaisir est donc essentiel. Le Français ne baise pas, il fait l’amour c’est bien connu. La seconde information concerne le diptyque incertitude et identification. Or, comment parler d’incertitude en Ligue 1 vu l’effectif pléthorique du PSG ?
Soyons clairs, il ne s’agit pas d’emblée de condamner le recrutement du PSG grâce à l’argent de QSI. Comme le disait si bien Jean-Paul, pilier de comptoir de son état, le monde n’est ni tout noir, ni tout blanc, mais gris. C’est pour cela que le racisme c’est mal. D’un côté, une partie de notre façon d’être, plutôt conservatrice, est tentée de dénoncer le recrutement façon dépense à outrance. Mal vu parce que pratiqué par des étrangers en France, sur la Mère Patrie, mais aussi à cause du contexte économique que nous connaissons : la crise. D’un autre côté, il est plaisant, voire jouissif, de retrouver des joueurs du standing d’Ibra en Ligue 1. Remarquons que nous ne parlons pas, in facto, de sport. Or, cela reste le problème majeur. En effet, comment instaurer une incertitude alors que le PSG, que dis-je, le rouleau compresseur parisien va tout écraser sur son passage dans l’hexagone. Même les gones justement, ou Lille, voire Montpellier ne feront illusion qu’un temps. Ne rêvons pas. La magie du sport, du résultat improbable ne fonctionnera qu’un temps.
Le seul danger, pour cette saison, concernera l’Ibra dépendance. En clair, le seul ennemi du PSG sera lui-même. Il est souhaitable que d’autres fonds qataris, ou de n’importe quelle nationalité, viennent investir dans nos clubs si nous désirons une vraie concurrence, un vrai suspens et une vraie bagarre pour le titre. Et encore, lorsqu’on voit la domination sans partage du Real et du Barça en Liga… Les exemples sont nombreux : le duel opposant le Borussia face au Bayern en Bundesliga, la suprématie de la Vieille Dame en Série A. En France, avant la plus que probable ère parisienne, c’était les Lyonnais qui régnaient sans partage sur la Ligue 1. Aulas, lorsqu’on l’attaquait sur cette suprématie, répondait par deux arguments : il recrutait dans notre championnat et représentait celui-ci en LDC. Le premier est juste, contrairement au PSG, les Lyonnais investissaient dans d’autres clubs de l’hexagone. Ceux-ci profitaient de l’aura de Lyon. C’est d’ailleurs le propos de C.Hutteau, agent de M.Valbuena. Concernant la représentation de la France par un club unique en LDC, celle-ci est à double tranchant. Certes, Lyon brillait, toutefois sans gagner la coupe aux grandes oreilles, mais n’avoir qu’un seul représentant à ce niveau de la compétition, c’est aussi reconnaître la faiblesse du championnat. Du moins, son manque de diversité. Et l’argument du « mieux que rien » contient intrinsèquement sa faiblesse.
Franchement, à moins d’être supporters de l’un des clubs, l’intérêt est moindre. Et encore, même ceux-ci peuvent se lasser à force. Comme les joueurs. D’où l’importance des challenges personnels type « meilleur joueur du mois » ou des records à battre. Pensons au nouveau titre de « meilleur joueur d’Europe » crée par M. Platini en 2011. C’est à celui qui restera le plus longtemps invaincu, qui va cumuler, voire accumuler le plus de titres.P.Yonnet appelle cela les « sportifs hypertéliques », ceux qui accumulent au-delà de l’utile. Vous le voyez venir, ô lecteur intelligent, la comparaison avec notre société de consommation. Coucou le « toujours plus ». Et comme le brave citoyen infantilisé par celle-ci, le sportif adopte un comportement d’enfant, voire d’autiste profond pour les cas les plus extrêmes, de moins en moins rares, hélas.
C’est l’exemple d’Ibrahimovic. En tant que joueur, pas de problèmes, c’est un attaquant magnifique, plus doué que la moyenne. Son but récent, la reprise de volée pour être précis, face à la France l’atteste. Mais en tant qu’être humain, c’est un autre débat. Pensons à la tentative d’assassinat sur un journaliste. Ibra a essayé de rouler, avec sa voiture, sur celui-ci. Le suédois lisait déjà la Madjer et a pris à son compte le concept de « rouleau compresseur ». Pour l’identification liée à la star, nous repasserons. Même si l’argument de l’exemplarité pour les jeunes est largement éculé, il faut bien reconnaître que celui-ci compte dans une société où le footeux n’a pas d’égal aux yeux du jeune.
Ainsi, le foot reste un spectacle malgré quelques mauvaises volontés comme P.Correa. Cependant, le spectacle n’est pas que lié à la beauté du geste, du jeu ou du stade. C’est aussi un lieu de rassemblement, un moment de suspens. Or, de ce côté là, l’incertitude de résultat n’en est plus une. Les sociétés de paris en ligne doivent s’en mordre les doigts. Finalement, « le sport-spectacle est moins un culte de la performance et de la victoire qu’un culte de la tension » selon P.Yonnet. En ce sens, cette tension peut, voire doit, s’incarner dans des réalités concrètes et non montées de toutes pièces comme le dégoulinant Classico qui n’a de classique que le nom.






